1.9 En annerledes fortelling
1.9.3 Sosial overenskomst og communitas
Dès les années 1980 l’insertion fait donc peu à peu son entrée dans l’horizon du travail social. L’approche est d’abord discrète, faite de tentatives plus ou moins timides et de rendez-vous plus ou moins manqués. Toujours est-il que la rencontre finit par se concrétiser et se consolider dans des liens toujours plus étroits. Le travail social ne sort cependant pas indemne d’une telle rencontre. L’insertion « devient le problème central » du travail social au point de « transformer en profondeur la nature et les formes de l’intervention », selon la formule déjà citée de Marc-Henry Soulet102. Autrement dit,
l’insertion définit de nouveaux objets d’action, confie de nouvelles missions et de nouveaux mandats, et esquisse de nouvelles modalités d’intervention pour le travail social. Avant de développer ces "nouveautés" et d’en juger du caractère réellement nouveau ou pas, il nous faut rappeler brièvement les fondements du travail social dit « classique » situés à l’apogée de l’État-providence, soit au milieu des années 1970. Robert Castel définit ces fondements en ces termes :
« Le travail social a à faire avec ce que l’on appelle communément des « populations à problème ». Entendons par là des individus ou des groupes qui souffrent d’un déficit
101 SOULET M.-H. « Une solidarité de responsabilisation? » in ION J. (s/s la dir. de), Le Travail social en débat[s], Paris, La Découverte,
2005.
d’intégration, qui ne s’inscrivent pas ou s’inscrivent mal dans le système réglé des échanges sociaux, qui n’arrivent pas à trouver une place ni à tenir leur place dans la société. […]. Le travail social classique qui s’impose dans la phase d’expansion de la société salariale est centré sur la réduction de déficits qui sont (ou paraissent) principalement imputables à la personne de ses bénéficiaires […].
Le travail social que l’on appellera classique représente la version moderne, technicisée, professionnalisée, de la vieille assistance »103.
Au cœur des préoccupations du travail social se trouve alors la question du vivre ensemble dans une société donnée, des interactions et des possibilités de participation de l’ensemble de ses membres. Ce sont donc l’intégration et la cohésion sociale qui sont en jeu dans le projet de « réalisation du progrès social que porte l’État social »104, et dont le travail social est un acteur de premier plan. Pour paraphraser
Michel Autès, « le travail social est le moyen, l’outil de l’action sociale », elle-même garante « de cohésion sociale comme objet de l’action publique » 105. Une telle réalisation, particulièrement
ambitieuse, ne peut se faire sans le recours à des repères empiriques et scientifiques formalisés et attestés, repérables dans les qualificatifs utilisés par Robert Castel : « version moderne, technicisée,
professionnalisée » de l’ancienne assistance faite de charité et de morale chrétienne. À noter que ce
souci empirique et théorique reste une composante centrale de la définition actuelle du travail social, donnée par les Fédérations internationales des écoles du travail social (IASSW) et des travailleuses et travailleurs sociaux (IFSW) :
« Le travail social est une pratique professionnelle et une discipline. Il promeut le changement et le développement social, la cohésion sociale, le pouvoir d’agir et la libération des personnes. Les principes de justice sociale, de droit de la personne, de responsabilité sociale collective et de respect des diversités, sont au cœur du travail social. Étayé par les théories du travail social, des sciences humaines et des connaissances autochtones, le travail social encourage les personnes et les structures à relever les défis de la vie et agit pour améliorer le bien-être de tous »106.
Discutée et discutable107, cette définition du travail social parvient cependant à obtenir un certain
consensus qui dépasse les frontières nationales, sur les plans des objectifs visés, des principes généraux
103 CASTEL R., « Du travail social à la gestion du non-travail » in Esprit, 1998 (Mars-Avril), pp.28-29. 104 CASTEL R., La Montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l’individu, op. cit., p.224. 105 AUTÈS M., op.cit., pp.20-21.
106 International Association of Schools of Social Workers (IASSW) & International Federation of Social Workers (IFSW), “Définition globale
du travail social”, [En ligne], URL : https://www.ifsw.org/, mis en ligne en juillet 2014, consulté le 09 avril 2020.
107 Parmi les points sujets à discussion, la question du statut disciplinaire du travail social se pose de manière récurrente. Comme le note Véréna
Keller, entre autres, « la question fait l’objet de controverses, en Suisse comme ailleurs » (KELLER V., op.cit., p.163), notamment autour de l’articulation entre « savoirs pratiques » et « théories abstraites », sur fond de quête d’une reconnaissance qu’il faut sans cesse renouveler. Nous y reviendrons un peu plus loin, lorsqu’il sera question de professionnels et de professionnalités du travail social.
et des repères (notamment théoriques) qui fondent son action, ou encore des cibles qui en sont l’objet. Comme le constate Julien Boyé, « outre l’éthique, pilier incontournable du travail social à travers le monde, les témoignages des professionnels à l’échelle mondiale permettent d’entrevoir d’autres récurrences » 108. C’est le cas, par exemple du « caractère transdisciplinaire des savoirs en travail social »
(certains diraient interdisciplinaires, d’autres encore, pluridisciplinaires), des niveaux d’action envisagés et traduits ensuite en trois principales méthodes d’intervention – individuelle, de groupe et communautaire -, ou encore le changement constant qui caractérise ce « secteur dynamique et en mouvement ». Mais c’est aussi le cas, et peut-être surtout des missions poursuivies, dans lesquelles la cohésion sociale, disions-nous, occupe une place centrale. Cela dit, une telle conception du travail social est le fruit de débats, d’évolutions et d’ajustements constants, passés, présents et futurs109. C’est une
construction sociale résultant de rapports de forces et, par définition, inscrite dans une histoire.
Sans entrer dans une approche historique fouillée, rappelons simplement que la consolidation et l’institutionnalisation du travail social ont lieu durant les Trente Glorieuses, parallèlement au développement de l’État-providence. Ce nouvel âge du travail social fait suite à une longue période portée essentiellement par des mouvements de philanthropie et de charité. L’après 2e Guerre mondiale
est caractérisé par de grands progrès technologiques et économiques, ainsi que par l’espoir du plein emploi. Comme le montrent Isabelle Astier et Arezki Medini110, les États profitent de cette croissance
pour investir dans le développement de leurs systèmes respectifs de sécurité sociale, vus, à leur tour, comme un levier indispensable du progrès en marche. L’idée d’un « cercle vertueux » entre progrès économique et progrès social semble acquise, comme le constate Jean-Michel Bonvin. En effet, portée par les théories keynésiennes, la protection sociale, dont le travail social est un acteur important, est définie « comme un investissement dans la mesure où les prestations financières redistribuées retournent dans le circuit économique sous forme de dépenses de consommation. Les relations entre l’activité économique et l’État social peuvent dès lors être interprétées sous l’angle positif d’un cercle vertueux »111. La Suisse n’échappe pas à cette tendance, comme le rappelle Véréna Keller : « durant
cette période, l’État social et avec lui le travail social, ont connu un formidable essor. En Suisse, de nombreuses institutions, services et associations voient le jour et on entreprend d’engager un grand nombre de travailleuses et de travailleurs sociaux. Le travail social commence à se professionnaliser […]. Il se conçoit comme un outil de progrès, une béquille pour les laissés-pour-compte de la prospérité » 112.
108 BOYÉ J., « Des références communes en travail social ? Le détour par l'international » in Empan, n°109, 2018, pp.43-48. 109 KARSZ S., Pourquoi le travail social ?, Paris, Dunod, 2004.
110 ASTIER I. et MEDIDINI A., Sociologie de l'intervention sociale, Malakoff, Armand Colin, 2019.
111 BONVIN J.-M., « La sécurité sociale : notions clés, spécificités et évolutions récentes » in Bonvin J.-M., GOBET P., ROSSINI S., TABIN
J.-P., Manuel de politique sociale, op. cit., p.38.
Au terme de cette phase de consolidation située au milieu des années 1970, le travail social inscrit son activité dans ce que Erving Goffman appelle « le schéma de réparation » 113. Un tel schéma met en scène
un professionnel reconnu compétent – en l’occurrence, le travailleur social – et un individu, ou un groupe d’individus, qu’il s’agit de soutenir dans la « réparation » des problèmes et des dysfonctionnements qu’il rencontre. Reposant sur « une logique de la dette sociale », le travail social incarne dès lors la responsabilité sociale que chaque société doit assumer vis-à-vis de ses membres au nom de ce qui les unit. Comme le postule Michel Autès, « c’est au nom de la commune appartenance à un ensemble social, au nom de la communauté des citoyens qui nous unissent que le droit au secours est établi 114». En
d’autres termes, le travail social « vient au secours de tous ceux qui du fait des circonstances ou de leurs handicaps se trouvent dans le besoin », au nom notamment de « l’égalité, de la solidarité, de la communauté des citoyens ». Au final, le travail social finit par se poser, ni plus ni moins, comme le garant de l’intégration sociale, elle-même socle d’une société « stable, en mouvement sans doute mais sous-tendue par une dynamique de progrès économique et social continue ». Et Robert Castel d’ajouter :
« À l’arrière-plan du travail social, formant son idée régulatrice, il y a ainsi un modèle d’intégration sociale que l’on pourrait qualifier de durkheimien. Une société est intégrée si elle est constituée de groupes stables dont les membres entretiennent des relations d’interdépendance. À l’inverse, le mal social, c’est ce que Durkheim appelle l’ « anomie », l’existence d’individus détachés de leurs groupes d’appartenance ou incapables de s’y inscrire. Le travail social est un « travail sur autrui » (c’est pourquoi la relation est centrale dans ce travail) afin d’aider des individus « anomiques », pour des raisons diverses, à combler leur déficit d’intégration […]. [Le] travail social [est] une entreprise de réhabilitation des individus en vue de leur intégration à la société » 115.
Au final, le portrait du travail social « classique », au-delà des biais réducteurs de toute définition, est relativement clair et précis. L’intégration sociale est son cœur de métier et sa mission principale, soutenus par une logique d’action réparatrice des déficits individuels. Incarnant une forme de responsabilité sociale, la réparation concerne d’abord des catégories de populations dites « à risques » et qui ne parviennent pas à prendre le train du progrès en marche. Autrement dit, « le travail social fonctionne d’emblée à la discrimination positive », sous l’impulsion de politiques sociales qui « découpent un certain nombre de catégories caractérisées sur la base d’un manque, c’est-à-dire d’un déficit par rapport au régime commun : vieillards sans ressources, familles déstructurées, enfants en danger ou à problèmes, délinquants ou prédélinquants, handicapés psychiques ou physiques… La tâche du travail social est de mobiliser à leur égard des ressources supplémentaires pour compenser cette
113 GOFFMAN E., Asiles, Paris, Editions de Minuit, 1968.
114 AUTÈS M., « Travail social et principe de justice » in ION J. (s/s la dir. de), Le Travail social en débats, op. cit., pp.55-58. 115 CASTEL R., La Montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l’individu, op. cit., p.230.
différence : en somme, de faire plus pour ceux qui sont dans le moins 116». Mais contrairement au modèle
assistanciel philanthropique et charitable, la « réparation » repose d’abord sur la protection de risques identifiés et réglés par le droit, ou un ensemble de droits sociaux qui ciblent des groupes prédéfinis. Elle repose ensuite sur des pratiques qui se veulent expertes et consolidées par les apports des multiples disciplines des sciences sociales. Autrement dit, le travail social « classique » développe une professionnalité – voire trois professionnalités en référence aux trois professions historiques que sont le service social, l’éducation spécialisée et l’animation socioculturelle – attestée par des qualifications, articulant savoirs théoriques et empiriques. Dans une telle conception, le travail social et les activités qui en dépendent, sont réservés à certains acteurs, regroupés ici en deux catégories distinctes : ses "producteurs" et ses destinataires. Le travail social « officiel » opère donc une double sélection, à la fois de ceux qui ont le droit de "produire" et de mener les activités en question – les professionnels du travail social - et de ceux qui ont le droit de les recevoir, qui en sont éligibles – les bénéficiaires du travail social. « Telle est la représentation approximative de la configuration du travail social au début des années soixante-dix »117, avant sa rencontre avec l’insertion.
En effet, dans le prolongement du point de rupture que connaît l’État-providence, l’arrivée de l’insertion marque également un point de rupture par rapport à cette configuration classique du travail social. De providentiel, l’État social devient actif et incitateur, poussant le travail social à privilégier l’insertion individuelle à l’intégration sociale. Les crises « financière », « de légitimité » et « des modes de l’action publique » qui frappent l’État social déploient leurs conséquences jusqu’au quotidien des professionnels chargés de la mise en œuvre des politiques sociales. Le tout dans un contexte de fort ralentissement économique qui se prolonge, tarissant grandement les ressources publiques allouées à la prise en charge des problématiques sociales. Longtemps tenues à l’écart, les logiques économiques font alors une entrée fracassante - à la fois avec fracas et en disloquant le système en place – dans la sphère de l’action sociale. Le travail social lui-même est, si ce n’est disloqué, du moins fragilisé dans ses repères classiques, comme le note Jean-Noël Chopart :
« Jusqu’alors les représentations collectives conduisaient à positionner le travail social en extériorité au monde économique et à ses logiques. En imposant une réévaluation des rapports entre le marché et l’État, la crise de l’État-providence atteint aussi la légitimité du travail social, ses financements et les modalités de son action. Cette triple crise aura des conséquences décisives sur le travail social, auxquelles s’ajoutent les effets des nouvelles logiques économiques, marquées par la tertiarisation de l’économie et l’irruption de la logique de service, phénomènes qui auront un impact direct sur les professions et les qualifications des métiers de l’intervention sociale »118.
116 CASTEL R., « Du travail social à la gestion du non-travail », op. cit., p.31. 117 Ibid., p.33.
Tout, ou presque, change : les objets, les missions, les publics, les logiques d’action, les outils d’intervention, les professionnalités, etc. Nous reviendrons plus loin sur les changements qui affectent les logiques d’action et les professionnalités du travail social. S’agissant des objets, des missions et des publics, le monde du travail productif et de l’emploi ne fait pas partie des cibles prioritaires du travail social « classique ». En effet, ses populations se situent pour l’essentiel en dehors de l’emploi (le malade, la personne en situation de handicap, l’enfant en danger, le déviant, etc.). Logiquement, ses missions s’intéressent peu ou pas aux conditions de travail ou aux relations inscrites dans le marché de l’emploi, d’autant plus que celui-ci est plutôt robuste. Dès lors, et comme déjà évoqué, l’objet du travail social vise essentiellement la compensation de déficits individuels dans une logique d’intégration sociale, et non pas la régulation des dysfonctionnements du marché de l’emploi qui mettent à mal l’insertion des travailleurs. Comme si dans un contexte socioéconomique favorable l’insertion n’était pas une catégorie d’analyse pertinente. Elle est comme anesthésiée par une foi inébranlable dans un progrès social et économique continu, au point de représenter « un impensé du travail social », selon la formule de Jean- Noël Chopart. Avec la crise, l’anesthésie fait long feu et le réveil n’est que plus douloureux. En effet, la crise fait entrer de plain-pied le chômage et ses chômeurs, la précarité de l’emploi et ses précaires, l’exclusion du monde du travail et ses exclus, la pauvreté et ses pauvres, etc., dans le giron du travail social. « L’extension en nombre et en durée du chômage ou du non-accès à l’emploi est désormais au cœur des politiques sociales. C’est autour de cette question centrale que s’organisent les nouvelles politiques publiques »119.
Cependant, ces nouvelles problématiques et ces nouveaux publics ne remplacent pas les anciens, mais viennent s’ajouter aux objets et aux missions traditionnelles du travail social, qui voit ainsi son périmètre augmenter de manière significative. Autrement dit, face à tant de transformations et de nouveautés (problématiques, publics, périmètres notamment), la question sociale se métamorphose, pour paraphraser le titre de l’ouvrage de Robert Castel. Et avec elle les modalités de son traitement, dans lesquelles l’insertion socioprofessionnelle prend une place de choix. La « nouvelle question sociale » prend alors les contours suivants :
« Le travail […] est plus que le travail, et donc le non-travail est plus que chômage, ce qui n’est pas peu dire. Aussi la caractéristique la plus troublante de la situation actuelle est-elle sans doute la réapparition d’un profil de « travailleurs sans travail » qu’évoquait Hannah Arendt120, lesquels occupent littéralement dans la société une place de surnuméraires,
d’ « inutiles au monde ». […].
119 CHOPART J.-N., « Le travail social face aux mutations économiques » in RECHERCHES ET PREVISIONS, n°44, 1996., p.28. 120 ARENDT H., La Condition de l'homme moderne, Paris, Pocket Agora, 1994, p.38.
« Le problème actuel n’est donc pas seulement celui que pose la constitution d’une « périphérie précaire », mais aussi celui de la « déstabilisation des stables 121». […].
Les politiques d’insertion vont se mouvoir dans cette zone incertaine où un emploi n’est pas assuré, […] et où le caractère erratique de certaines trajectoires de vie ne tient pas seulement à des facteurs individuels d’inadaptation. Pour ces nouvelles populations, les politiques d’insertion vont devoir inventer de nouvelles technologies d’intervention. Elles vont se situer en deçà des ambitions des politiques intégratives universalistes, mais elles sont aussi distinctes des actions particularistes à visée réparative, corrective et assistancielle, de l’aide sociale classique »122.
Les politiques sociales et le travail social, ne peuvent plus ignorer la question de l’emploi et du non- travail. Jacques Donzelot fait le même constat : « la nouvelle question sociale repose à présent sur le couple travail/manque de travail », et sur le risque de ce que Robert Castel appelle « désaffiliation » pour signifier « l’absence d’inscription de l’individu dans la société du travail »123. Dans le
prolongement, l’insertion socioprofessionnelle fait de ce nouveau couple travail-manque de travail le point nodal de l’action du travail social, en lui confiant de nouveaux mandats et de nouvelles populations. L’entrée progressive de la notion « d’employabilité »124 dans le périmètre des politiques
sociales en général, et dans celui du travail social en particulier, ne fait que confirmer cette évolution. Comme le montre Serge Ebersold, « la création des dispositifs d’insertion […] transforme l’absence d’emploi en une période d’apprentissage durant laquelle » il convient de soutenir, via des mesures ciblées, « l’acteur stratège, auteur ou coauteur de son « employabilité » »125. Et comme le chômage et
ses conséquences telles que la précarité, la désocialisation ou encore la pauvreté, concernent potentiellement tout le monde et non pas uniquement certains groupes à risque, le travail social ne peut plus se contenter de gérer uniquement les marges. Dès lors, l’approche réparatrice du travail social « classique » ne répond pas aux besoins de cette nouvelle population. De fait, il n’y a rien de particulier à réparer, ni à compenser du côté des individus, l’essentiel du problème se trouvant ailleurs. Avec ce « déplacement de la question sociale », la normalisation des «anormaux » potentiellement dangereux pour le bon fonctionnement de la société, perd de sa pertinence. En d’autres termes, avec ces nouveaux publics on demande au travail social de faire autre chose que de « normaliser » via l’assistance, l’éducation ou l’animation. Il s’agit désormais d’insérer comme le note Jacques Donzelot :
« […] le thème de l’insertion s’est déployé en lieu et place des techniques de normalisation des individus et de correction des déviances. […] Ce travail de normalisation perd son sens