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1.8   En sjenerøs fortelling?

1.8.8   Overgangsritualets betydning

Certes, l’insertion désigne la « catégorie emblématique des politiques sociales transversales mises en œuvre à partir des années 1980 »66, avec des déploiements législatifs divers, mais elle ne se limite pas à

cela. L’insertion renvoie aussi aux traductions concrètes de ces mêmes dispositifs dans des processus  

61 PROGRAMMES D’INTEGRATION CANTONAUX – PIC, [En ligne], URL : https://ww.kip-pic.ch/fr/, consulté le 07 avril 2020. 62 PROGRAMMES D’INTEGRATION CANTONAUX – PIC, « Agenda Intégration Suisse », URL : https://www.kip-pic.ch/fr/pic/agenda-

integration/, consulté 07 avril 2020.

63 SEM, « Rapport sur la migration 2018 » in SEM/DFJP, 2019, Editorial.

64 KELLER V., Manuel critique de travail social, Genève et Lausanne, IES & EESP, 2016.

65 DUVOUX N., « L'expérience vécue par les publics des politiques d'insertion » in Informations sociales, n°169, 2012. 66 ASTIER I., op. cit., p.23.

plus ou moins lisibles et plus ou moins complexes, faisant appel à des mesures et à des orientations diverses. Parmi celles-ci, l’articulation entre les dimensions sociale et professionnelle est à considérer dans la mise en œuvre des parcours d’insertion devant aboutir, au final, à une insertion effective des publics concernés, eux aussi pluriels. Dispositifs, processus versus situation donnée, visée sociale versus professionnelle, sont autant de dimensions qui rendent la définition de l’insertion plus équivoque qu’il n’y paraît de prime abord.

Première dimension : l’insertion en tant que dispositif ou, selon Marc Loriol, en tant que « notion administrative qui sert de qualificatif à différents dispositifs de politique sociale »67. Il est à noter que la

notion de « dispositif » se développe dans les politiques sociales en même temps que celle « d’insertion ». Les deux seront vite repris par le travail social qui s’en fera le « promoteur », jusqu’à transformer ses propres repères et modes d’action. Nous y reviendrons ultérieurement dans la présentation du travail social et de ses récentes évolutions. Pour en revenir au dispositif, plusieurs auteurs montrent qu’il est à comprendre dans un contexte de transformations plus ou moins profondes des institutions. C’est le cas de François Dubet, pour qui l’institution connaît un « déclin irréversible », entraînant à la fois des difficultés à gérer et de nouvelles opportunités à saisir. En effet, « le déclin du programme institutionnel ou, pour parler plus simplement, des institutions, est un processus historique lourd sur lequel il n’y a ni à rire ni à pleurer. Ni à pleurer car on ne peut pas ignorer les violences et les illusions des institutions, ni à rire car on ne peut méconnaître les drames et les difficultés engendrées par ce déclin »68. Toujours est-il qu’un tel mouvement de fond entraîne avec lui un changement de

perspective exigeant « une réduction d’échelle de l’action institutionnelle »69 et misant entre autres sur

davantage de démocratie, de reconnaissance et de proximité. La métaphore musicale développée par l’auteur au terme de sa réflexion, comparant les représentations de la vie sociale à des styles musicaux, illustre parfaitement ces changements de perspective et d’échelle. Le programme institutionnel procéderait davantage « d’une conception symphonique de la vie sociale », obéissant à une « division précise du travail musical » et dans laquelle les individualités s’effacent au profit « d’un ordre supérieur » qui les dépasse. « Le programme institutionnel fonctionne comme cet orchestre symphonique, dans lequel chacun n’est que l’atome » de cet ordre complexe et rigoureux. À l’autre extrémité, il y aurait la sonate qui ne serait que « la manifestation de l’individu qui l’interprète », du soliste que chacun chercherait à être dans notre société, sans égards particuliers pour ceux qui l’écoutent. Poussée à l’extrême, une telle forme musicale ne peut aboutir qu’à « une cacophonie » et à « une juxtaposition de narcissismes». Il faut dès lors se tourner vers d’autres configurations dans lesquelles la consolidation du tout n’écrase pas l’existence et l’expression des parties, l’inverse étant aussi valable.

 

67 LORIOL M. (s/s la dir. de), Qu'est-ce que l'insertion ? Entre pratiques institutionnelles et représentations sociales, Paris, L'Harmattan, 2013,

p.7.

68 DUBET F., Le Déclin de l'institution, Paris, Seuil, 2002, p.371. 69 Ibid., pp.400-402.

« Cette forme musicale existe, c’est celle de la musique de chambre, qui, du trio au quintette, réalise le miracle consistant à donner à chacun sa pleine expressivité tout en construisant un ordre collectif. […] Par la grâce des petites formations de jazz, l’improvisation de chacun produit ce résultat paradoxal : la personnalité singulière de chaque musicien tisse un monde musical homogène, un style, une conversation identifiable entre toutes. […].

Il ne s’agit plus de construire des ordres totaux dans lesquels […] la liberté des uns se paie par la soumission du plus grand nombre, mais des ordres plus limités, plus autonomes, plus ajustés à la nature des problèmes traités. C’est à ce niveau intermédiaire que doivent se reconstruire les institutions, quand elles ne peuvent plus être de grands orchestres, aucun dieu n’écrivant la partition, aucun chef n’en étant l’interprète »70.

La dispositif s’inscrit parfaitement dans ces recalibrages de l’intervention pour être au plus près « des problèmes traités ». C’est ce que montrent également Jacques Ion et Bertrand Ravon, dans une conception moins radicale des transformations qui touchent l’institution. Pour eux, le dispositif doit être envisagé « à partir de son inscription dans un contexte d’étayage et de recomposition d’institutions en « crise » », notamment dans tout le spectre du « travail sur autrui » assuré, par exemple, par l’école, l’hôpital ou encore le travail social. Dès lors, il est davantage à considérer comme une « continuelle adaptation de l’institution »71 que comme son remplacement. Dans ce contexte, « le dispositif

correspond bien à un processus de descente en singularité de l’action publique » dont la souplesse et la « forte dimension réflexive », « permettent de se rapprocher du sujet de l’action dans toute sa transversalité, c’est-à-dire en tenant compte des contextes relationnels et situationnels »72. Autrement

dit, le dispositif fait appel à de nouvelles logiques d’action en misant sur des approches locales, de proximité, qui font la part belle à l’activation et à l’individualisation de la prise en charge. L’insertion socioprofessionnelle s’inscrit parfaitement dans ces nouvelles logiques d’action.

En effet, dans un contexte de « fin du paradigme de l’État social des Trente Glorieuses » au profit d’un « État social actif »73, mobilisant à la fois les politiques elles-mêmes et les acteurs concernés -

bénéficiaires et professionnels - les dispositifs d’insertion deviennent de plus en plus ciblés et individualisants. Or qui dit activation, ciblage et individualisation, dit aussi la nécessité de promouvoir des parcours d’insertion chaque fois renouvelés et modifiables en cours de route. C’est précisément la deuxième dimension à retenir après celle du dispositif, soit l’insertion conçue comme un processus

 

70 DUBET F., op. cit., pp.401-402.

71 ION J., RAVON B., «Institutions et dispositifs» in ION J. (s/s la dir. de), Le Travail social en débat[s], Paris, La Découverte, 2005, p.76. 72 Ibid., pp.71-72.

dynamique et spécifique aux situations accompagnées et non pas comme un état figé et généralisable. Denis Castra décrit une telle conception en ces termes :

« Le processus évoque un passage, une transition d’un état à un autre, qui ne concernent pas seulement le temps séparant la sortie du système scolaire de l’entrée dans la vie professionnelle, mais plus généralement toutes les occurrences d’accès ou de retour à cette vie professionnelle : insertion des jeunes, des handicapés, réinsertion des chômeurs de longue durée, des prisonniers ou des malades mentaux tendent donc à constituer, en pratique, une catégorie unifiée […] »74.

Considérer l’insertion comme un passage et une transition, revient à mettre en mouvement les individus impliqués dans un tel processus. C’est précisément la philosophie d’une protection sociale dite active dans laquelle « la logique d’indemnisation sans contrepartie a été remplacée par des prestations conditionnelles »75, inspirées par le paradigme du workfare. Les mécanismes de contreprestation

prennent alors une place centrale en articulant le droit aux prestations à l’obligation de donner quelque chose en retour : tout citoyen, fût-il vulnérable, a certes des droits, mais il a aussi et surtout des devoirs76.

L’inscription dans un processus d’insertion ciblé et individualisé, participe clairement de cette conditionnalité en imposant de multiples contreparties possibles : formations, stages, emplois temporaires subventionnés, mais aussi démarches thérapeutiques, développement personnel et autres formes de soutiens psychosociaux. Quel que soit le levier choisi, en tenant compte des caractéristiques individuelles, l’essentiel réside dans la mise en mouvement, censée empêcher la fixation des individus dans l’immobilisme et la passivité. Les processus d’insertion les rendent alors responsables, du moins en partie, de leur situation actuelle et future.

Ainsi, la mise en œuvre du référentiel de l’État social actif, soutenu par les dispositifs et les processus d’insertion, se centre non seulement sur l’implication et l’activation de l’individu, mais aussi sur l’individualisation, la territorialisation et la contractualisation des interventions menées77.

L’individualisation traduit la focalisation de l’action publique sur l’individu et sa singularité78. Dès lors,

les prestations standardisées, basées sur des risques sociaux identifiés et prédéfinis, tendent à être remplacés par des « approches taillées sur mesure »79. La territorialisation découle des mécanismes

d’activation et d’individualisation. Il s’agit d’inscrire dans le territoire local et dans la proximité, l’action publique et les processus qui en découlent. Une telle inscription passe aussi par une plus grande marge

 

74 CASTRA D., L'Insertion professionnelle des publics précaires, Paris, PUF, 2003, p.10. 75 KUHENI M., op. cit., p.131.

76 PINHO J., et ANTONIN-TATTINI V., « Rôles et défis pour l’intervention en Service Social : le cas des entreprises sociales en Suisse » in

SANTOS C. C., ALBUQUERQUE C. P. et Almeida H. N. (s/s la dir. de), Serviço Social : mutações e desafios, Coimbra, Imprensa da Universidade de Coimbra, 2013.

77 BADAN P., BONVIN J.-M. et MOACHON E., « Le rôle des acteurs locaux dans nouvelles politiques de l'emploi » in Swiss Journal of

Sociology, n°30, 2004.

78 CANTELLI F. et GENARD J.-L. (s/s la dir. de), Action publique et subjectivité, Paris, LGDG, 2007. 79 BADAN P., BONVIN J.-M., et MOACHON E., loc. cit.

de manœuvre laissée aux acteurs locaux. Quant à la contractualisation, elle opère non seulement dans les relations entre l’État et les organismes chargés de mettre en œuvre les dispositifs, mais concerne aussi les prestations octroyées aux bénéficiaires. Au final, tout processus d’insertion et le passage qu’il induit doivent être mobilisateurs, individualisés, territorialisés et contractualisés, responsabilisants en somme. De telles exigences paraissent alors inévitables pour répondre à la « crise de l’État Providence »80 en modernisant la gestion de l’action publique. C’est précisément l’ambition de la

nouvelle gestion publique (NGP), comme le montrent Céline Bellot, Maryse Bresson, et Christian Jetté81 :

« C’est dans ce contexte de crise de l’État providence et de nouvelle « gouverne » néolibérale que s’inscrit la nouvelle gestion publique (NGP) […]. La NGP influence profondément les politiques sociales et tend à se diffuser sur tous les continents […]. Dans les pays développés, le tournant néolibéral des politiques sociales engendre ainsi une mutation du travail social qui contribue à diffuser et appliquer un discours gestionnaire, soulignant la responsabilité des individus. Ainsi, les mots d’ordre de « l’individualisation » et de la « responsabilisation » structurent désormais les dispositifs et « parcours d’insertion », d’accompagnement « individualisé » ».

Ces transformations de fond ne sont donc pas sans conséquences sur les pratiques du travail social qui finit lui-même par subir un certain nombre de mutations et par participer activement au développement de l’insertion socioprofessionnelle. Il en sera question un peu plus loin. Pour revenir au caractère processuel de l’insertion, celui-ci n’a de sens que dans l’aboutissement dudit processus et des résultats qu’il est censé atteindre. Autrement dit, partant d’un état A le processus enclenché doit aboutir, tôt ou tard, à un nouvel état B, en principe davantage « inséré ». Dans ce cas, l’insertion se définit comme un « état final [évoquant] une participation « normale » à la vie de la cité, et tout particulièrement au plan des rôles économiques (production et consommation) et sociaux, voire médico-sociaux (habitat, santé, citoyenneté) »82. L’objectif de tout processus d’insertion est donc une insertion professionnelle, gage de

" normalité " dans une société organisée autour de l’emploi. Toutefois, la réalisation de cet objectif ne va pas de soi, peut prendre du temps, voire même être compromis pour certaines personnes. Comme tout processus, l’issue de celui d’insertion n’est jamais connue à l’avance. Dès lors, l’insertion n’est pas que professionnelle, elle peut aussi être sociale, soit précisément la troisième et dernière dimension développée ci-après : insertion sociale versus insertion professionnelle.

 

80 ROSANVALLON P., La Crise de l'État-Providence, Paris, Seuil, 1981.

81 BELLOT C., BRESSON M. et JETTÉ C. (s/s la dir. de), Le Travail social et la nouvelle gestion publique, Québec, Presses de L'Université

du Québec, 2013, pp.2-3.

Comment comprendre et interpréter la distinction entre insertion sociale et insertion professionnelle ? Une telle distinction laisse entendre que le concept d’insertion se subdivise en deux dimensions principales, elles-mêmes caractérisées par des indicateurs spécifiques. Dans une conception de l’insertion en tant qu’état stabilisé et " normalisé ", ce dernier serait attesté une fois l’insertion sociale et professionnelle avérées. L’une et l’autre sont alors les deux faces d’une seule et même médaille. Une telle lecture participe d’une perception dynamique de l’insertion vue comme un processus qui comporterait au moins deux phases : sociale et professionnelle. Reste à savoir si l’une doit précéder l’autre ou si elles doivent advenir simultanément dans la poursuite des objectifs visés.

La nécessité de procéder à une telle distinction doit sans doute être placée dans le contexte décrit plus haut de dérégulations du marché du travail et de mutations plus ou moins profondes de l’emploi. Dans un tel contexte, marqué par des crises multiples, la capacité intégrative de l’emploi est fortement fragilisée. Chômage de masse, précarisation, « effritement de la société salariale », exclusion sociale, etc., charrient leur lot d’effets indésirables, notamment psychologiques et sociaux. Un régime d’action social, voire psychosocial, apparaît dès lors non seulement comme indispensable mais aussi comme complémentaire à une intervention focalisée uniquement sur l’axe professionnel de l’accompagnement. En effet, « produire de l’insertion n’est pas une action simple puisqu’elle relève simultanément des dimensions professionnelle et sociale », dimensions qui « ne sont pas disjointes et entretiennent des relations complexes et changeantes », comme le prétendent Saïd Adjerad et Jérôme Ballet83. La

qualification professionnelle est certes nécessaire mais insuffisante à une telle production. Selon les auteurs, celle-ci passe aussi, « qu’il s’agisse de jeunes n’ayant jamais travaillé ou de personnes plus âgées au chômage depuis longtemps », par une qualification sociale, une action sociale « en complément d’une action économique ».

« Face à cette nouvelle problématique, le pendant de la qualification professionnelle apparaît sous le qualificatif de qualification sociale. L’insertion sociale vise précisément à qualifier ou requalifier socialement les individus afin qu’ils puissent s’insérer professionnellement. Bien plus encore, la qualification professionnelle ne résulterait plus seulement d’un savoir technique ou du caractère productif du travail mais aussi d’une capacité globale à comprendre son environnement et à s’intégrer dans les relations de travail »84.

Dans cette perspective, alors que la qualification professionnelle vise le développement de savoir-faire techniques, la qualification sociale prétend agir sur les savoir-être qui font défaut, ce qui constitue un véritable handicap à l’entrée en formation et/ou en emploi. Il s’agit dès lors, si ce n’est d’éliminer, du

 

83 ADJERAD S. et BALLET J. (s/s la dir. de), L'Insertion dans tous ses états, Paris, L'Harmattan, 2004, p.13. 84 Ibid., p.14.

moins de compenser autant que possible les obstacles induits par un tel handicap. Plus concrètement, suivant la logique d’activation et de ses dérivés – individualisation, contractualisation et contreprestation notamment – les individus sont tenus de s’engager dans l’acquisition de codes et de comportements jugés opérants sur le plan professionnel. Ces codes et ces comportements concernent à la fois leur relation à l’emploi – par exemple la motivation, la ponctualité, l’initiative, l’autonomie, etc. – et les interactions interpersonnelles dans un contexte de travail – le respect de la hiérarchie, la collaboration, la capacité à travailler en équipe, entre autres. En définitive, l’insertion est « un ensemble d’interactions et d’allers-retours entre la construction d’une identité sociale et d’une identité professionnelle »85. C’est

une affaire d’articulations multiples entre ces deux pôles, économique et social, que les dispositifs d’insertion tenteront, dès le départ, d’agencer. Une partie du succès de l’insertion par l’économique (IE) ou par l’activité économique (IAE) trouve, dès les années 1980, sans doute là son origine.

En effet, constatant à la fois les dérégulations de l’emploi déjà évoquées et la difficulté de certains publics, souvent fragilisés et en manque de repères, à y accéder, les promoteurs de l’IAE ont pour ambition de développer de nouvelles réponses qui allient accompagnement social et mise au travail. Portée notamment par les travailleurs sociaux, l’IAE se développe à la croisée des chemins entre politiques publiques et initiatives de la société civile. Elle participe alors du « traitement social du chômage » et de l’exclusion en général, comme le montre Michel Autès :

« Ce qu’on appelle « l’insertion par l’économique » recouvre aujourd’hui une série d’initiatives au croisement de la société civile et des politiques publiques. […]. Il y a une définition étroite de l’insertion par l’économique, c’est celle qui se limite stricto sensu aux dispositifs qui se donnent pour fonction de fournir, pour une durée limitée, du travail à des personnes durablement éloignées de l’emploi dans le but de leur permettre de réaccéder à l’issue de ce passage à un emploi normal. Emploi normal s’entend le plus souvent comme emploi à durée indéterminée dans une entreprise opérant sur le marché. […]

Mais au-delà de ce noyau de l’insertion par l’économique, il existe toute une panoplie d’initiatives et de mesures qui appartiennent aux mêmes logiques de traitement social du chômage. […] Non seulement les politiques de l’emploi, mais aussi les politiques sociales, les politiques de formation professionnelle, et encore plus récemment, les politiques de la ville, concourent à la formation de ce nouveau paysage 86».

L’insertion par l’activité économique devient elle-même une sorte de passage au sein d’un passage qui le surplombe, celui de l’insertion à proprement parler. Il s’agit en effet, dans ce passage et en référence

 

85 ADJERAD S. et BALLET J., op. cit. 86 AUTÈS M., op. cit., pp.165-166.

aux principes de l’économie sociale et solidaire87, de maintenir le lien, aussi distendu soit-il, entre deux

pôles à priori opposés dans leurs fonctionnements et leurs exigences : les pôles psychosocial et économique. Cela passe par le développement d’un périmètre aussi vaste qu’hétéroclite, allant d’activités essentiellement thérapeutiques et occupationnelles – donc fortement ancrées dans le pôle psychosocial – jusqu’à des mesures directement inscrites dans le premier marché. La Suisse en général et la Suisse romande en particulier, connaît le même type de développement sous l’impulsion des entreprises sociales d’insertion88. Au-delà de leurs spécificités propres – par exemple en termes de public

cible, de cadre légal, de types d’activités proposées et de niveau d’autofinancement – « les entreprises sociales se rejoignent sur la combinaison d’objectifs économiques et sociaux à ce type d’initiatives, dont l’outil économique est au service du social », combien même « l’équilibre entre ces deux dimensions n’est pas toujours facile à réaliser »89. Cette même combinaison, parfois complexe, est également

revendiquée par Insertion Suisse, l’association faîtière nationale de l’insertion socioprofessionnelle. Selon l’association, toute entreprise sociale d’insertion par l’économique (ESIE) est tenue de proposer principalement les trois types de prestations suivantes :

« - Un travail à durée indéterminée ou déterminée centré sur la production de biens et services ;

- Des formations de base et/ou professionnalisantes ;

- Un accompagnement spécifique vers l’emploi, ainsi que des activités de placement actif/job coaching.

[…]. La diversité des ESIE est nécessaire pour répondre aux différents besoins sociaux et économiques, qui sont très spécifiques d’une région à l’autre. […] »90.

La distinction et l’articulation entre insertion sociale et insertion professionnelle est donc au cœur de la définition de l’insertion et de ses multiples traductions pratiques. Cela dit, dès le départ, cette distinction