4 Case studies results and discussions
4.1 Case 1: Parametric sensitivity of pH and steady-state multiplicity in CSTBR
4.1.6 Results
5.1.1. Les précurseurs et le « mouvement liturgique »
La participation active de toute l’assemblée a été la notion clé du mouvement liturgique qui a précédé et préparé la Constitution sur la liturgie. En effet, la liturgie était devenue l’affaire des seuls clercs dans le chœur181 ; des voix se sont fait entendre pour que l’assemblée n’assistât plus de loin à une liturgie inaudible, à laquelle elle n’avait que peu de part182.
La première mesure dans ce sens a été de mettre à disposition des fidèles les textes de la messe, par des missels donnant la traduction des textes latins. En ce sens, le mouvement liturgique doit beaucoup aux travaux de Dom Prosper Guéranger183 et à de nombreuses personnalités du XIXe siècle qui ont œuvré pour que toute l’assemblée puisse suivre le déroulement de la messe, chanter le commun et y participer ainsi plus pleinement184.
181 Cf. G. D
ANNEELS, Comment entrons-nous dans la liturgie ?, p. 172 : « La liturgie était caractérisée par une rupture complète entre le chœur et la nef, le presbyterium et les fidèles. C’était comme deux liturgies parallèles, celle du peuple se faisant ‘à l’occasion’ de celle du prêtre. Deux barrières symbolisaient cette rupture : le banc de communion et le latin ».
182 P. J
OUNEL, Les premières étapes de la réforme liturgique, p. 14.
183 Dom Prosper Guéranger (1805-1875) a refondé l’abbaye de Solesmes et restauré l’Ordre des bénédictins
supprimé en France par la Révolution (en 1790). Il a milité pour le rétablissement de la liturgie romaine en France (et l’abandon des liturgies françaises appelées « néo-gallicanes »), en œuvrant pour mieux la faire connaître et aimer. À cette fin, Dom Guéranger entreprit notamment la restauration du chant grégorien médiéval et donna avec la publication de l’Année liturgique un commentaire des textes de la liturgie. Ayant accompli un grand travail pour restituer la liturgie au peuple chrétien, il est considéré comme l’un des inspirateurs du mouvement liturgique. Cf. A. HAQUIN, L’évolution de la liturgie catholique. (Du XIXe au XXIe siècle), p. 3-4.
184 Comme Mgr Parisis (1795-1866), évêque de Langres, Mgr de Ségur (1820-1881), le musicologue Félix
Clément (1822-1885) et les auteurs des « livres notés » à l’intention des fidèles pour qu’ils puissent chanter. Cf. J.-Y. HAMELINE, L’intérêt pour le chant des fidèles dans le catholicisme français d’Ancien Régime et le premier
mouvement liturgique en France. Il faudrait aussi citer les travaux de nombreuses abbayes, comme celles de
Dans ce même élan, le pape Pie X entreprend de grandes réformes et un travail de restauration de la liturgie185. En 1903, l’année de son élection, il publie le Motu proprio Tra le
sollecitudini sur la musique religieuse, qui remettait en honneur le chant grégorien, et dans
lequel il souhaite une participatio actuosa des fidèles à la célébration186 :
Notre plus vif désir étant, en effet, que le véritable esprit chrétien refleurisse de toute façon et se maintienne chez tous les fidèles, il est nécessaire de pourvoir avant tout à la sainteté et à la dignité du temple où les fidèles se réunissent précisément pour puiser cet esprit à sa source première et indispensable : la participation active aux mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l’Église187.
Ce concept de participation active va devenir le maître-mot de l’ensemble du Mouvement liturgique188. Il sera cité par Dom Lambert Beauduin dans sa mémorable conférence au Congrès de Malines en 1909189, qui marque le début de la « phase classique du mouvement liturgique190 » à la suite des précurseurs du siècle précédent.
En 1928, Pie XI, dans la Constitution apostolique Divini cultus « en vue de promouvoir la pratique de la liturgie, du chant grégorien et de la musique sacrée », insiste sur le soin que l’on doit apporter à la dignité et à la beauté de la liturgie, ainsi qu’à la qualité des chants sacrés, afin de favoriser la piété des fidèles qui participent actuose, « effectivement », « activement », aux rites191 :
del movimento di rinnovazione liturgica et O. ROUSSEAU, Histoire du mouvement liturgique, Paris, Cerf, 1953. Voir aussi R. CAMPOS, Continuités et discontinuités dans les pratiques liturgiques au XIXe siècle, qui insiste sur
la continuité avec les siècles précédents : « L’idée qu’il faut comprendre la messe pour en recueillir les fruits, loin d’être une spécificité du XXe siècle, serait plutôt le point commun aux diverses conceptions des pratiques s’étant succédées à l’époque moderne, c’est-à-dire depuis le XVIe siècle » (p. 51). Voir également A. JOIN- LAMBERT, Du Livre d’Heures médiéval au Paroissien du XXe siècle, sur les ouvrages édités pour que les
paroissiens puissent suivre la messe et les vêpres dominicales.
185
Sur les réformes accomplies par Pie X, voir la bonne synthèse de B. PONSARD, Réforme et liturgie sous Pie X
(1903-1914), p. 592-605.
186 Pour une étude approfondie de la notion de participation active dans les documents pontificaux, voir S.
SCHMID-KEISER,Aktive Teilnahme. Concernant le Motu proprio et sa réception : Das Motu Proprio vom 22. November 1903 – Ausgangspunkt für die Bestimmung des Begriffes der ‘aktiven Teilnahme’ in den kirchlichen Dokumenten, t. 1, p. 10-29.
187 P
IE X, Motu proprio Tra le sollecitudini, Introduction.
188 Cf. M. K
LÖCKENER, La dynamique du Mouvement liturgique et de la réforme liturgique, p. 78.
189 Le 23 septembre 1909, à la demande du cardinal Mercier, le moine bénédictin Lambert Beauduin donna une
conférence au Congrès des œuvres catholiques de Malines (Belgique) intitulée : « La vraie prière de l’Église ». Les auditeurs furent peu nombreux, cette conférence aurait pu être qualifiée de « non-événement », mais elle eut un grand retentissement par la suite. Dom Beauduin constatait avec regret que le peuple chrétien ne se nourrissait plus de la célébration qui est pourtant « l’expression authentique de son adoration et de sa prière ». Les prières de la messe contiennent un grand enseignement, mais il importe qu’elles soient comprises et expliquées, comme le demandait déjà le concile de Trente (Session XXII) (cf. A. HAQUIN, Le centenaire du Mouvement liturgique
contemporain (1909-2009), p. 10-13). Voir aussi : F. WERNERT, Dom Lambert Beauduin et sa vision de la
« Pastorale liturgique » et J. LAMBERTS, L’évolution de la notion de « participation active » dans le mouvement
liturgique du vingtième siècle.
190 Expression de B. N
EUNHEUSER, Mouvement liturgique, p. 50, qui rappelle cependant les multiples
« préludes » de ce renouveau ecclésial.
191 « Les fidèles, en effet, se réunissent dans le lieu saint pour y puiser la piété comme à sa source principale, par
une participation effective aux saints mystères et aux prières publiques et solennelles de l’Église »(PIE XI,
Quant aux fidèles, et en vue de les faire participer d’une façon plus active au culte divin, que le chant grégorien soit remis en usage parmi eux, pour les parties du moins qui les concernent. De fait, il est absolument nécessaire que les fidèles n’assistent pas aux offices en étrangers ou en spectateurs muets (non tamquam extranei vel muti spectatores) ; mais que, pénétrés de la beauté des choses liturgiques, ils prennent part aux cérémonies sacrées [...] Il n’adviendra plus, dès lors, que le peuple ne réponde pas, ou réponde à peine, par une sorte de léger et faible murmure, aux prières communes récitées en langue liturgique ou en langue vulgaire192.
Que les fidèles n’assistent pas à la liturgie « comme des étrangers ou des spectateurs muets » ! Cette formule restera dans les mémoires ; elle sera reprise par le concile Vatican II193. Pie XI renforce donc cette idée d’une participation plus active des fidèles, devenue « absolument nécessaire194 », mais sans la développer ni apporter des mesures concrètes dans ce sens195.
Dans son Encyclique Mediator Dei sur la liturgie publiée en 1947, le pape Pie XII va promouvoir plus intensément encore la participation active des fidèles en insistant sur une participation « intérieure » à la liturgie, afin de ne pas tomber dans un « formalisme inconsistant et vide » :
Il est donc nécessaire, Vénérables Frères, que tous les chrétiens considèrent comme un devoir principal et un honneur suprême de participer au sacrifice eucharistique, et cela, non d’une manière passive et négligente et en pensant à autre chose, mais avec une attention et une ferveur qui les unissent étroitement au Souverain Prêtre, selon la parole de l’Apôtre : « Ayez en vous les sentiments qui étaient dans le Christ-Jésus » (Ph 2,5) offrant avec lui et par lui, se sanctifiant en lui196.
Pie XII développe ce qu’il entend par participation active. Il ne s’agit certes pas d’exercer le « pouvoir sacerdotal » des prêtres qui ont le rôle particulier d’offrir le sacrifice au nom de tout le peuple. Mais les fidèles participent activement parce qu’ils « offrent, eux aussi la divine Victime, mais d’une manière différente ». Cela est attesté dans les rites eux-mêmes, puisque le prêtre prie à la première personne du pluriel en y associant les fidèles197. Ils sont
192
PIE XI, Constitution Apostolique Divini cultus, norme 9.
193
SC 48 : « Aussi l’Église se soucie-t-elle d’obtenir que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent de façon consciente, pieuse et active à l’action sacrée ». La formule sera reprise également par l’Instruction
Musicam Sacram (1967), n° 17.
194
« Dans ces paroles, comme l’observe le regretté Dom Oppenheim, le souhait du Bienheureux Pie X est devenu un ordre : ‘Il est absolument nécessaire !’ » (J. LERCARO, La participation active : principe fondamental
de la réforme pastorale et liturgique de Pie X, p. 21).
195 Cf. S. S
CHMID-KEISER, Aktive Teilnahme, p. 36: „Der Apostolischen Konstitution ‚Divini Cultus’ kommt gewiss das Verdienst zu, dass sie – wenn auch nur in einem ausdrücklichen Hinweis – die Akzentuierung des Postulates nach aktiver Teilnahme des Volkes an der Liturgiefeier weitergeführt hat. Sie ging dabei im wesentlichen nicht über die Schau Pius X. hinaus, da sie die Verarbeitung und Konfrontation mit der angebrochenen Liturgischen Bewegung noch nicht vollzog. Das sollte erst Pius XII. vorbehalten sein“.
196
PIE XII, Encyclique Mediator Dei, II, II.
197 Notamment quand le prêtre dit : « Priez, mes frères, pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre, trouve accès
près de Dieu, le Père tout-puissant », ainsi que dans la suite de la prière eucharistique : « Nous, vos serviteurs, ainsi que votre peuple saint, nous offrons à votre glorieuse Majesté ce que vous-même nous avez donné… ». Pie XII fait remarquer que les fidèles apportent et offrent le pain et le vin, ou du moins leur aumône faite pendant ce geste d’offertoire (cf. Encyclique Mediator Dei, II, 1, b).
donc associés à l’offrande que le prêtre présente au nom du Christ. Plus encore, les fidèles sont invités à s’offrir eux-mêmes198.
Pie XII demande d’encourager cette participation active des fidèles, en mettant « entre les mains du peuple le Missel romain199 » ou en veillant à ce que tous puissent prendre part à l’action sainte par des répons, des chants et des prières.
Cette Encyclique marque le coup d’envoi de la réforme liturgique. L’année suivante, le 28 mai 1948, Pie XII créera une Commission pour la réforme liturgique, dont le P. Annibale Bugnini sera nommé secrétaire200. Cette Commission fonctionnera jusqu’à l’annonce du Concile et la création, à la Pentecôte 1960, de la Commission de liturgie préparatoire au Concile. Elle comptera à son actif la restauration de la Vigile pascale (1951) et de la Semaine sainte (1955) que nous présenterons plus loin201.
5.1.2. La participation active dans Sacrosanctum Concilium
La notion de participation active a suscité une nouvelle manière de regarder la liturgie et a posé les principes de la réforme liturgique202 :
La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle- même et qui, en vertu de son baptême, est un droit et un devoir pour le peuple chrétien, « race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté » (1P 2,9 ; cf. 1P 2,4-5) (SC 14).
« Ce passage, écrit Patrick Prétot, est certainement le texte majeur de la Constitution
Sacrosanctum Concilium au sujet de la participation active : il traite explicitement la question
et constitue une sorte de condensé de la pensée conciliaire203 ». La participation active des fidèles est donc partie intégrante et constitutive de l’action liturgique ; elle est réclamée par la nature même de la liturgie, qui est une action du corps entier de l’Eglise. Elle est fondée sur le baptême, par lequel on devient membre du peuple sacerdotal ; elle ne se base donc pas sur une
198
Cf. Rm 12,1 : « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous l’adoration véritable » et 1 P 2,5 : « Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus ».
199
« Ceux-là, par conséquent, sont dignes de louanges qui, en vue de rendre plus facile et plus fructueuse pour le peuple chrétien la participation au sacrifice eucharistique, s’efforcent opportunément de mettre entre les mains du peuple le Missel romain, de manière que les fidèles, unis au prêtre, prient avec lui à l’aide des mêmes paroles et avec les sentiments mêmes de l’Église » (PIE XII, Encyclique Mediator Dei, II, 3).
200
Prêtre lazariste et professeur de liturgie, Annibale Bugnini (1912-1982) sera un grand acteur de la réforme liturgique. Après avoir œuvré comme secrétaire de cette Commission pour la réforme liturgique, puis de la Commission de liturgie préparatoire au Concile, il sera l’un des rédacteurs du schéma pour la Constitution sur la liturgie, que l’on appellera même « schéma Bugnini ».
201
Cf. A.-G. MARTIMORT, L’histoire de la réforme liturgique, p. 129-130. Voir aussi C. BRAGA, Per la storia
della riforma liturgica. La Commissione di Pio XII e di Giovanni XXIII, p. 401-404 et l’ouvrage de référence sur
ce sujet : A. BUGNINI, La riforma liturgica (1948-1975).
202
Sur la participation active comme principe directeur de la Constitution, voir G. BARAÚNA, La partecipazione
attiva principio e direttivo della Costituzione, p. 135-199.
203 P. P
législation ecclésiastique encore moins grâce à un permis spécial ou une concession204. Elle n’est pas une faveur faite aux fidèles, mais « un droit et un devoir ». La mise en œuvre vers une « participation pleine, consciente et active » de tous les fidèles n’est pas une option, mais une grande priorité « qu’on doit viser de toutes ses forces » et rechercher « avec ardeur » (cf. SC 14).
Pour favoriser la participation active de tous, les Pères du Concile demandent une « restauration générale de la liturgie » afin que « les textes et les rites expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire » (SC 21). Les livres liturgiques devront donc être révisés (SC 25), et « on veillera attentivement à ce que les rubriques prévoient aussi le rôle des fidèles » (SC 31). Enfin, et ce n’est pas le moindre des changements, pour favoriser cette participation active, la messe pourra être célébrée dans la langue du pays (cf. SC 36, 54, 63). La liturgie pourra être adaptée, dans une certaine mesure, aux réalités locales205 (SC 37-40).