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VAN SJØ

In document Vassdrag og kystomrader o (sider 55-71)

Les historiens se basèrent sur cette pauvre documentation pour conclure à la fondation tardive de l’évêché de Sisteron. La nomenclature épiscopale du Livre vert, malgré les multiples erreurs et les amalgames faits par le rédacteur de Laurent Bureau, demeura la source privilégiée pour éclairer le début de la christianisation sisteronaise. Le chanoine Albanès, d’ailleurs, l’explique fort bien dans la préface à l’évêché de Sisteron de la Gallia Christiana

Novissima : « Nous ne saurions garantir que tout ce qui est dans cette chronique soit

parfaitement exact ; mais il n’y a rien d’aussi ancien, et un écrit qui date de quatre siècles est quelque chose »535. Noël Didier, en revanche, qui n’avait pourtant pas directement abordé la question des premiers évêques de Sisteron, sa recherche ne remontant pas au-delà du XIe siècle, rejette entièrement cette composition « des plus médiocres »536. Jean-Pierre Poly, à raison, propose de nuancer ces opinions lorsqu’il invite à essayer de dégager dans l’œuvre du compilateur les sources originelles que ce dernier utilisa. En particulier, un ancien catalogue épiscopal comportant uniquement les noms des évêques et la durée de leur épiscopat, à l’instar du catalogue arlésien ou de celui des évêques de Riez, aurait été le document de base de la nomenclature, auquel furent ajoutées des chartes mal comprises ou mal datées par le compilateur537. C’est par conséquent en essayant d’extraire le catalogue d’origine de la compilation du XVIe siècle que quelques éléments concrets peuvent être mis en lumière538.

535 J.-J.-M. Albanès, GCN, Aix, col. 661-662.

536

N. Didier, Les églises de Sisteron et de Forcalquier, p. IX.

537 J.-P. Poly, Listes épiscopales des diocèses du Royaume de Provence, p. 55-56.

538 J.-P. Poly analyse la partie comportant les premiers évêques mentionnés et faisant vraisemblablement partie d’un catalogue d’origine. Sa démarche est celle de partir du dernier et remonter, de manière régressive, jusqu’au premier.

Les copies de la nomenclature s’ouvrent en déclarant que le propos de la composition est l’énumération des évêques de Sisteron à partir de l’époque carolingienne539

. En réalité, dès le départ, la chronique révèle ses limites. La notice consacrée au premier nom de la liste, l’évêque Jean, mentionne plusieurs évènements liés à trois évêques homonymes qui sont à rattacher à trois époques différentes et que le rédacteur de Laurent Bureau avait maladroitement réunis540. Le plus ancien des trois évêques, Jean, dont la notice apparaît en deuxième position, est généralement considéré comme le fondateur de l’évêché. De famille sénatoriale, c’est sur ses nombreuses propriétés qu’il aurait fondé, ennobli et enrichi son Église à travers l’établissement de douze églises et de deux monastères réguliers541. La nomenclature continue en rapportant que Jean appela à ses côtés, pour « bâtir » la nouvelle Église, deux viros religiosos de la ville d’Orléans542, Marius et Donat. L’évêque fonda pour Marius un monastère régulier qu’il dota de ses biens propres et à la tête duquel il consacra le même Marius543. Cette dernière mention conduit J.-H. Albanès à l'hypothèse que la construction de cet établissement fut faite directement par l'évêque Jean Ier au moment où les trois hommes fondèrent l’évêché544

, une hypothèse que, selon P. A. Février, « l'on peut retenir »545.

539 G 514. Haec sunt nomina Sistaricensium Episcoporum à tempore Caroli Regis et filii eius Clotarii Sistaricensem ecclesiam pontificaliter regentium.

540

J. Columbi, De rebus gestis episcoporum Sistaricensium, p. 104 ; H. Bouche a distingué deux évêques sur trois et il les a placés, sans indication de dates, à l’époque du troisième (H. Bouche, La Chorographie ou description de la Provence, t. I, p. 235). Denis de Sainte-Marthe, quant à lui, a reconnu comme H. Bouche deux évêques mais dont il reconnut l’époque (D. de Sainte-Marthe, Gallia Christiana, col. 474-477). J.-J.-M. Albanès, GCN, Aix, col. 659-660 et 665. Dans la même notice, quelques actes plus tardifs avaient été intégrés dans la nomenclature.

541 G 514 : Presul Joannes ex senatoria stirpe progenitus quam pluribus rebus et prediis ecclesiam Sistaricensem nobilitavit atque ditavit construxit namque duodecim ecclesias et duo regularia monasteria. La copie de Peiresc (BIC, ms. 1857, fol. 309v) rapporte « … et duo regalia * monasteria… » (en marge : * regularia).

542

L’abbé Maurel rejette Orléans comme lieu de naissance du saint Marius et le fait naître à Arles, à son tour lieu de naissance du patrice Dynamius, auteur de la vie du saint (V.-P. Maurel, Ancien monastère de Saint Mari, p. 4), cf. infra.

543 G 514 ; J.-J.-M. Albanès, GCN, Aix, col. 665-667.

544

Ibidem, col. 665.

545 P.-A. Février, « Notes sur les monastères provençaux », p. 288. L’avis de P.-A. Février pourrait toutefois être faussé par le fait que, n’ayant pas eu la documentation sous les yeux, il a, lui aussi, confondu l’évêque Jean I, fondateur de l’évêché, avec Jean II, vivant au début de l’époque carolingienne et qui fonda le monastère de Baulis.

Cette phase de la vie de l’évêché tirée de la nomenclature doit être mise en parallèle avec les informations issues des vies des deux saints qui, selon la nomenclature, fondèrent l’évêché à côté de Jean.

Saint Marius. Les détails de l'histoire du saint Marius sont connus exclusivement par sa vie rédigée par le patrice Dynamius, gouverneur de la province de Marseille, puis questeur de l'Église romaine en Gaule nommé par Grégoire le Grand546. Aux informations sur le saint Marius qui se dégagent de cette vie, s’ajoutent quelques éléments que la nomenclature du Livre vert rappelle à son sujet. Natif d’Orléans, Marius semble descendre d’une famille noble et très riche qu’il abandonna pour prendre les habits monastiques547. Dynamius souligne que parmi les nombreux moines des abbayes proches de sa ville natale, Marius se distingua pour la valeur de ses vertus. Les moments les plus importants de la vie de Marius recèlent des informations majeures sur les premières phases de la constitution du territoire épiscopal sisteronais. Cependant, les deux documents se prêtent à des interprétations quelque peu divergentes, notamment en ce qui concerne la relation directe entre le saint, l’évêque de Sisteron et le pouvoir royal. En effet, les deux documents situent l’élection de Marius en tant qu’abbé du Val Bodon au temps du roi Gondebaud. Ce dernier, roi des Burgondes, fut sollicité par les moines installés dans le monastère afin qu’il approuve l’élection de Marius comme abbé. L'évêque de Sisteron, Jean Ier, confirma de son autorité l'élection du nouvel abbé et l'installa dans sa dignité. L'élection dût avoir lieu dans les dernières années du Ve siècle, ou, au plus tard, au tout début du VIe siècle, Gondebaud étant mort dans le premier

546

Dynamius naquit à Arles de famille gauloise vers le milieu du VIe siècle. Il obtint assez jeune des charges politiques et administratives mais fut connu également pour ses capacités littéraires, louées par ses contemporains, dont Grégoire de Tours. À la fin de sa vie, vers 590, il entreprit de rédiger la vie de saint Marius, son contemporain, ainsi que celle de saint Maxime, évêque de Riez. Il mourut retiré dans un monastère au tout début du VIIe siècle. La vie de saint Marius composée par Dynamius n’est connue que par quelques fragments imprimés dans les Acta de Bollandus, au 27 janvier (J. Bollandus, Acta Sanctorum, janvier, t. II, p. 774-776) transmis à Jean Bollandus par Peiresc. Ce dernier, en contact épistolaire avec l’évêque de Sisteron Toussaint de Glandevès, obtint de nombreuses informations sur l’abbaye dépendante de Sisteron au Val Bodon. L’extrait de la vie de saint Marius formait neuf leçons, dont les six premières remontent, selon Mabillon, au Xe ou au XIe siècle. C’est cet extrait qui se trouve dans : L. d’Achéry, J. Mabillon, Acta Sanctorum Ordinis Sancti Benedicti, t. I, p. 105. L’extrait passa des mains de Peiresc au P. Sirmond à Bollandus (Abbé Isnard, « Étude historique sur l'abbaye de Bodon, Saint-May », p. 153, n. 2). Des extraits de la même biographie sont également conservés dans un manuscrit de 1736 conservé à la Bibliothèque Méjanes d’Aix : BMA, Fonds patrimoniaux, 814 (782-R.930). É. de Laplane, Histoire de Sisteron, t. I, pièce justificative n° II, p. 444-445 ; L. G. Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, t. XII, p. 188 ; J.-P. Migne, Patrologie Latine, t. LXXX, p. 27 ; V.-P. Maurel, Ancien monastère de Saint Mari ; M.-P. Estienne, Les réseaux castraux et l'évolution de l'architecture castrale dans les baronnies de Mévouillon et de Montauban, t. I, p. 34

quart du VIe siècle548. Quoi qu’il en soit, la consécration du saint Marius en tant qu’abbé par le roi Gondebaud fixe, selon certains, une date assez significative à laquelle accrocher l’épiscopat de l’évêque Jean Ier. Cependant, d’après les documents et selon les historiens qui s’occupèrent du saint orléanais, rien ne permet de confirmer l’information selon laquelle Marius arriva en Provence pour seconder Jean dans la fondation de l’évêché. Au contraire, à son arrivée en Provence, il pourrait avoir gagné directement l’abbaye drômoise dont il devint abbé et le demeura pendant cinquante ans. La date de sa mort n'est pas connue avec précision mais elle doit être placée vers l'an 550549. Si l’on se fie au père Columbi, Lucrèce destina à Marius un tombeau dans le caveau du monastère de Saint-May550.

Donat, natif d'Orléans comme saint Marius, il vécut à la fin du Ve et au début du VIe siècles551. D'après l'étude d'un document rédigé au XIIe siècle qui en retraçait la vie552, et sur la base des différentes sources hagiographies553, le saint se serait retiré « au pied de la montagne de Lure, en un lieu aride et désolé »554. Mais J.-H. Albanès ajoute que Donat, avec Marius, avait été appelé à Sisteron par le premier évêque de la ville, Jean, pour qu'ils construisent avec lui la communauté chrétienne du nouvel évêché. Si Marius devint abbé du monastère du Val-Benoît, Donat préféra plutôt adopter la vie érémitique en se retirant sur la montagne de Lure et en s'installant sur le site où actuellement deux églises romanes rappellent son passage555. Cependant, É. De Laplane considère seulement comme une « coïncidence digne de remarque » le fait qu’en même temps que Marius bâtissait son monastère au pied de la montagne de Lure, vers l'an 500, un autre natif

548 Pour certains, Gondebaud mourut vers 509 : J.-J.-M. Féraud, Souvenirs religieux des églises de la Haute Provence, p. 12 ; C. Bernard, Essai historique sur la ville de Forcalquier, p. 34. Pour d’autres, vers 516 : J.-J.-M. Albanès, GCN, Aix, col. 665 et n. 1.

549 V.-P. Maurel, Ancien monastère de Saint Mari, p. 4. Maurel proposa de fixer la mort de Marius en 555 ; J.-J.-M. Féraud, Souvenirs religieux des églises de la Haute Provence, p. 13. La date de la mort du saint Marius est fixée par rapport à l'évêché de Lucrèce, devenu évêque en 541. Le jour de sa mort est le 27 novembre (V. Saxer, « Le chiese rurali prima che fossero parrocchiali », p. 34).

550 J. Columbi, De rebus gestis episcoporum Sistaricensium, p. 112.

551 G. Barruol, Provence romane, La Haute-Provence, p. 36 ; R. Fixot, A. Hartmann-Virnich, C. Michel d’Annoville, « L’église Saint-Donat-le-Bas », p. 364 et 367.

552

Il s’agit d’une Vita sancti Donati.

553 R. Fixot, A. Hartmann-Virnich, C. Michel d’Annoville, « L’église Saint-Donat-le-Bas », p. 367.

554 J. Thirion, « L'ancienne église de Saint-Donat », p. 271 ; G. Barruol, Provence romane, La Haute-Provence, p. 36 ; CAG-04, p. 304.

d'Orléans vint se vouer à la solitude dans la vallée désormais appelée Combe de

saint Donat556. Sur la base de la Vita sancti Donati du XIIe siècle557, tous les chercheurs s’accordent sur l'idée que Donat, arrivé en ce lieu appelé Agion558

, se serait d'abord installé sur l'éminence de la chapelle de Saint-Donat-les-Bas et y plaça une cella et un oratoire dédiés à Saint-Martin. Après avoir vécu plusieurs années sur ce site, Donat se rendit à Sisteron. De retour, il aurait cherché un refuge caché et plus sûr, le trouvant dans une petite spelunca, qui correspond à l’éminence actuelle de Saint-Donat-le-Haut où il aurait vécu jusqu'à sa mort. À cette occasion, Marius, natif comme lui d'Orléans, vint à son chevet pour l’assister559

. À la mort de Donat, une petite communauté religieuse pourrait s’être installée autour des reliques du saint, comme le montrerait le mot locus utilisé souvent au XIe siècle pour désigner des monastères ou des lieux d'ascèse560. Selon la tradition, les reliques de saint Donat auraient été transférées d'abord à Sisteron561 et ensuite à Avignon et à Jovinzieu, dans la Drôme562 à l’occasion des « invasions sarrasines » en Provence.

Accepter Jean I comme fondateur de l’église sisteronaise reviendrait, par conséquent, à accepter une fondation tardive de l’évêché, au moins au début du VIe

siècle. Ce décalage ne fit pas l’unanimité chez les historiens qui, sur la base des comparaisons avec les fondations des autres sièges épiscopaux, voyaient dans cette date une anomalie qui était plus le fruit du manque de documents qu’un fait réel. Par conséquent, la liste des premiers évêques donnée par la nomenclature du Livre vert fut accompagnée par une recherche presque acharnée des noms des souscripteurs des premiers conciles et des documents les plus anciens. Ces derniers

556

É. de Laplane, Histoire de Sisteron, t. I, p. 41-42, n. 1.

557 R. Fixot, A. Hartmann-Virnich, C. Michel d’Annoville, « L’église Saint-Donat-le-Bas », p. 364-365. Cette Vie, plus longue et descriptive par rapport aux précédentes, est attribuée au scriptorium de l'abbaye de Saint-André et datée du XIIe siècle.

558 G. Barruol, Provence romane, La Haute-Provence, p. 37 Ce toponyme, donné par la Vie, bien qu'en grec il signifiât « saint », dans ce cas-là est naturellement rapprochable à Augès (Augentum au XIIIe siècle), village médiéval abandonné situé pas loin de Saint-Donat.

559 J. Thirion, « L'ancienne église de Saint-Donat », p. 271 ; G. Barruol, Provence romane, La Haute-Provence, p. 36 ; CAG-04, p. 304 ; R. Fixot, A. Hartmann-Virnich, C. Michel d’Annoville, « L’église Saint-Donat-le-Bas », p. 365

560 G. Barruol, Provence romane, La Haute-Provence, p. 37 (en tous cas au milieu du IXe siècle le culte de Saint-Donat est enregistré dans les martyrologes) ; Idem, « L’abbaye Saint-André en Haute-Provence », p. 290-291 ; R. Fixot, A. Hartmann-Virnich, C. Michel d’Annoville, « L’église Saint-Donat-le-Bas », p. 365 (les moines édifièrent sur ce locus "un ensemble monumental impressionnant"). Cf. supra, I.4.5.

561 N. Didier, Les églises de Sisteron et de Forcalquier, p. 55 qui reprend É. de Laplane.

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G. Barruol, Provence romane, La Haute-Provence, p. 37 Actuellement Saint-Donat-de-l'Herbasse (R. Fixot, A. Hartmann-Virnich, C. Michel d’Annoville, « L’église Saint-Donat-le-Bas », p. 364 et bibl.).

furent le plus souvent vainement interrogés afin d’y trouver des noms qui, n’étant pas suivi de l’indication de leur siège, pouvaient être attribués au siège de Sisteron.

Fig. n° 23. Les évêchés provençaux entre le IIIe et le VIIIe siècle (conception : M. Varano d'après É. Baratier, G. Duby, E. Hildescheimer, Atlas historique ; D.A.O. : C. Boutterin).

Sur la base de l’attribution des souscriptions conciliaires, une certaine tradition historiographique place avant Jean un évêque Chrysaphius. Columbi, qui avoue ne pas savoir qui siégeait à Sisteron avant Jean, rappelle néanmoins que Polycarpe de la Rivière avait vu un manuscrit, possédé au XVIIe siècle par (Jean) Savaron, qui confirmait cette attribution563. Ce document, égaré déjà au milieu du XVIIe siècle, comportait le nom de l’évêque Chrisaphius suivi du nom de son diocèse d’appartenance, celui de Sisteron. Pour l’auteur de la Gallia

Christiana et pour le chanoine Albanès l’existence de cet évêque Chrysaphius au milieu du Ve

siècle ne semble faire aucun doute. Albanès le considère comme « très authentique, dont rien

563 J. Columbi, De rebus gestis episcoporum Sistaricensium, p. 100 ; P. Louvet, Abrégé de l’histoire de Provence, t. II, p. 222. H. Bouche, quant à lui, qui n’avait pas encore pu utiliser les recherches de Columbi, adopte une liste épiscopale assez approximative, commençant par Chrysaphius, qu’il emprunte à Robert de Sainte-Marthe (H. Bouche, La Chorographie ou description de la Provence, t. I, p. 235).

ne permet de contester l’existence ». En effet, en 449 il participa à l’élection de l’Archevêque d’Arles Ravennis, son nom étant mentionné dans la lettre que le Pape envoya pour la confirmer. Puis, en 451, il souscrivit la lettre des évêques de Gaule à saint Léon. Toutefois, seul le manuscrit égaré de Savaron permettrait, selon Albanès, d’affirmer que Chrysaphius était bel et bien évêque de Sisteron564. Finalement, comme le dit L. Duchesne, la tradition qui reconnaît cet évêque Chrysaphius avant Jean repose uniquement sur un témoignage de Polycarpe de la Rivière et ne peut être retenue565. C’est d’ailleurs la position la plus fréquente de l’historiographie du XXe

siècle566.

La perplexité des historiens sur la fondation tardive de l’évêché de Sisteron se base également sur des observations plus larges relatives à l’ensemble des diocèses de Provence et sur une documentation plus large. Ainsi, J.-P. Papon acceptait d’inclure l’évêque Chrysaphius dans la liste épiscopale mais il allait plus loin dans les hypothèses lorsqu’il affirmait qu’il n’en était pas le premier. Au début du Ve siècle, en effet, les autres cités de la Narbonnaise seconde avaient déjà un évêque en place (Fig. n° 23) ; Sisteron, comptant parmi les suffragants d’Aix, devait avoir été constitué en évêché vers la fin du IVe siècle567. Édouard de Laplane, qui n’entra pas vraiment dans ce débat, se limita toutefois à souligner que lors du concile d’Épaone de 517, l’évêque de Sisteron souscrivit en sixième position les actes conciliaires568

, prérogative sans doute due à son ancienneté569. Il ajouta également que l’organisation ecclésiastique ayant calqué la structure politique romaine, Sisteron apparaissait au même rang en 374, à l’époque où la seconde Narbonnaise fut érigée570

.

Le découpage administratif de l’époque romaine, au sein duquel la cité de Sisteron gagna son identité et son autonomie territoriale, conforte un certain nombre d’historiens dans l’hypothèse d’une fondation simultanée des évêchés provençaux. L’observation des cités mentionnées par la Notitia Galliarum pourvues, dans la plupart des cas, d’un évêque au début

564 D. de Sainte-Marthe, Gallia Christiana, col. 474 ; J.-J.-M. Albanès, GCN, Aix, col. 663-665.

565 L. Duchesne, Fastes épiscopaux, t. I, p. 278 et n. 4.

566 J.-R. Palanque, « Évêchés provençaux à l'époque romaine », p. 140 ; M. Roux, « Les évêchés provençaux », p. 377 et 416.

567 J.-P. Papon, Histoire générale de Provence, t. I, p. 271-272.

568 É. de Laplane, Histoire de Sisteron, t. I, p. 42.

569

En 517, l’évêque représentant le diocèse de Sisteron qui apparaît dans les souscriptions est Valère.

du Ve siècle, a fait conclure à E. Griffe « qu’elles en étaient déjà dotées dans la première partie du Ve siècle »571. Mais aucun document n’existe sur lequel appuyer cette hypothèse.

Une dernière tradition historiographique a tenté d’interpréter ce retard par rapport aux autres sièges provençaux, tout en rejetant Chrysaphius et en admettant Jean I comme fondateur de l’évêché de Sisteron. G. de Manteyer, initiateur de ce courant, développa l’hypothèse selon laquelle le territoire sisteronais vécut deux démembrements avant d’afficher sa propre indépendance, ce que les historiens auraient perçu comme un retard. Pour Manteyer, le territoire sisteronais avec le territoire gapençais dépendait à l’origine de l’évêque d’Aix. Dans un deuxième temps, lors d’un démembrement des territoires des deux villes alpines de la métropole, Sisteron continua de dépendre de Gap, au moins jusqu’au début du VIe

siècle. À cette date, l’apparition du premier évêque Jean coïncide avec le moment du deuxième démembrement et de l’indépendance de Sisteron par rapport au diocèse de Gap572. Les preuves sur lesquelles l’hypothèse de Manteyer s’assoit ne sont toutefois pas probantes. Ses théories ont été inégalement perçues par les auteurs suivants573, ce qui ouvrit un débat historiographique animé.

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