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6 Discussion and conclusions

6.1 Summary of main findings

« Les nouvelles technologies pénètrent les modes de vie, devenant ainsi un facteur de leur transformation, lorsqu’elles se sont constituées en objets de pratiques, d’enjeux et de relations participant à la réalité sociale globale »121 - Mercier

Malgré ses nombreux enseignements, la pensée humaniste de Paola Tabet est difficilement applicable dans nos sociétés patriarcales, allons voir plutôt du côté de la littérature consacrée plus précisément aux usages des TIC. Certaines des références « généralistes » que nous avons précédemment mobilisées dans notre historique de la playhistoire et de l’informatique ont une place centrale (Abbate, 2012 ; Hicks, 2010, 2017 ; Misa, 2010). En France, il est difficile de cerner un champ d’étude uniquement spécialisé en genre et média au contraire du versant anglo-saxon plus prolifique et structuré (Jouët, 2003). Du côté francophone, c’est au travers de la sociologie du numérique, des usages et de la culture que le recensement des travaux est à

119 Daune-Richard, 2003, p.144. 120 Tabet, 1998, p. 51.

chercher. Les premières recherches sur les usages des TIC (vidéotex, minitel) se centrent sur les hommes qui sont alors les référents de ces technologies avancées. L’androcentrisme technologique, moteur des recherches féministes, a longtemps été structurant dans le domaine des études sur les technologies numériques. Les analyses différenciées (1970) sont liées à cette absence de considération des femmes. Pourquoi les étudier dans un domaine régi par la rationalité et la compétition ? Ces deux aspects étaient, selon cette perspective analytique, considérés comme étrangers aux valeurs d’un féminin essentialisé (Jouët, op.cit.). Pour des raisons évidentes, nous n’allons pas nous étendre davantage sur ce courant analytique. L’immuabilité entre nature et culture et la segmentation en deux réalités sexuées va être mis à mal à partir des années 1980 par la constitution des approches féministes constructivistes (Kramarae, 1988). Elles vont dévoiler la dimension socialement construite des relations entre genre et technologie. Ce changement de perspective théorique n’est bien évidemment pas sans lien, encore et toujours, avec les mutations sociétales et techniques de l’époque (expansion des femmes sur le marché du travail, accès aux universités, démocratisation des outils et des technologies).

Le champ de la sociologie du travail entre 1980 et 2000 va s’attacher à comprendre les reconfigurations engendrées par l’arrivée des micro-ordinateurs dans la sphère professionnelle (Gardey, 2003). Souvenons-nous de l’exemple de la dactylographie évoqué au début de ce chapitre et de l’appropriation masculine des machines et des technologies. Si les études montrent qu’avec la bureaucratisation du travail, les femmes utilisent des ordinateurs dans le cadre professionnel, la force des rôles de sexe est tout autant prégnante. En effet, elles restent cantonnées en bas de l’échelle, occupant majoritairement des postes peu valorisés, incarnés notamment par la figure de l’employée (Jouët, op.cit.). Quand les ordinateurs et les logistiques technologiques sont mobilisés à des fins d’encadrement, ils sont à une écrasante majorité monopolisés par les hommes. L’alliance de TIC/travail et genre va être désertée au profit d’un surinvestissement des études dans la sphère domestique. Comme nous l’avons évoqué, l’introduction des TIC dans les foyers va être facilitée par une plus grande accessibilité en termes de coût. La démocratisation d’internet va encourager les usages et susciter l’intérêt des chercheur·euse·s. Malgré des taux d’équipements qui, pris généralement, ne présentent pas de grands écarts, les usages permettent de mettre en lumière des formes d’appropriations différenciées des technologies de la part des femmes et des hommes. Les usages téléphones fixe et mobile des femmes vont être « amplement répertoriés par les recherches»122 (Jouët, ibid.).

Ils sont largement plébiscités dans une dimension communicationnelle afin d’entretenir les relations du foyer vers l’extérieur ou encore afin de garder les liens à distance dans les parcours de migration féminins (Gardey, 2003). Ce type d’usage ne se cantonne pas à la téléphonie et touche également, selon des schémas similaires, aux rapports à internet et aux ordinateurs dans

la sphère privée. Afin d’expliciter les degrés des appropriations différenciées par le biais d’une technologie qui nous intéresse plus spécifiquement, nous allons nous appuyer sur deux enquêtes qui reviennent sur ces dimensions et qui ont guidé notre approche en de nombreux points. Dans la structuration du champ des usages, l’arrivée du micro-ordinateur (1980) dans les foyers va de pair avec des changements sociaux et des dynamiques sociales qui se dirigent vers une plus grande logique d’autonomie (Granjon, Jouët et Vedel, op.cit.). La massification et l’industrialisation des loisirs participent à cette quête d’individualisme, d’autonomie et d’hédonisme (ibid.). La sphère domestique va, très tôt, être un terrain privilégié pour les études sur les usages analysant, entre autres, l’insertion des technologies connectées dans les foyers. Si on se centre plus précisément sur l’ordinateur et sa « petite maison de la toile » (Casilli, 2010) connectée, sa place, ses liens avec la famille et chacun·e de ses membres, il apparaît « comme un membre à part entière », gardien de la « mémoire familiale » (Pharabod, 2004). Afin d’expliciter ses fonctions sociales et pour revenir sur l’importance de la sphère domestique dans les usages des ordinateurs, nous allons principalement prendre appui sur les analyses de Anne- Sylvie Pharabod (ibid). Ces lectures, bien qu’elles concernent un âge informatique qui a changé en certains points, sont toujours heuristiques et ont orienté notre approche empirique selon un certain regard. En effet, l’espace, les situations conjugales ou le fait d’être célibataire vont apparaître décisifs dans les relations aux différents canaux de communication.