5. DISCUSSION
5.1. INFLUENCING RATIONAL FACTORS
Visitation
sculpture
1
erquart du XVI
esiècle
pierre calcaire polychrome H. 134 cm ; L. 79 cm ; P. 33 cmChœur
Classé au titre des monuments historiques (liste de 1840)
Restauré en 2005 par Jean Delivré nettoyage et interventions ponctuelles Budget : 7 056 €
C
e groupe sculpté évoque la rencontrede Marie et de sa cousine Élisabeth. L’épisode s’inscrit dans le cycle de la Visitation. La scène a lieu au terme du voyage qu’entreprit la Vierge après que l’archange Gabriel lui a an- noncé qu’Élisabeth, jusqu’alors stérile, mettrait au monde un fils, le futur saint Jean-Baptiste. Il s’agit d’une œuvre emblématique de la sculpture troyenne.
La Vierge, figurée à gauche, porte un livre à fermoirs de la main gauche et tient la main droite d’Élisabeth de l’autre. Les deux femmes se regar- dent. Elles sont habillées de lourdes étoffes. La Visitation.
Eglise Saint-Jean-au-Marché de Troyes (Aube) © P. Stritt
aube
Le travail de sculpture a été réalisé à la gradine à cinq dents puis avec une gradine plus fine. Le re- vers est très peu ouvragé ce qui laisse supposer que l’œuvre était, dès l’origine, destinée à être posée en applique. Des traces de finitions caractérisées par l’emploi de gratte-fonds sont également visibles, excepté sur les zones très travaillées, comme les cheveux ou les galons.
La couche picturale d’origine était posée sur une préparation ocre. Des traces dorées sont encore visibles sur certaines parties des vêtements. A cer- tains endroits elles sont recouvertes de laque de garance ou de bleu azurite. A partir des observa- tions effectuées, on peut affirmer que cette sculpture a été repeinte au moins une fois. Des traces de badigeon blanc crème notamment, sont visibles sur l’ensemble de l’œuvre.
De manière globale, les retouches ponctuelles ont remis en valeur cette œuvre majeure, exécutée tout en finesse. Le travail réalisé sur la main droite d’Élisabeth a rendu toute sa délicatesse au geste. Le nettoyage a permis de redonner du contraste aux drapés, mais aussi à une multitude de petits détails vestimentaires et décoratifs : passementerie, brocarts, patenôtre, clefs, aumônière...
Vierge porte un manteau fermé sur la poitrine et bordé d’une broderie à motifs de feuilles et, au- dessous, une robe à manches amples, cintrée à la taille par une ceinture sur laquelle est accrochée une patenôtre. Le col d’une fine chemise plissée dépasse de la robe. Sa chevelure est ornée d’un calot.
Élisabeth, quant à elle, revêt une robe à manches bouffantes avec, par-dessus, un surcot bordé d’un liseré à motif floral, fendu sur les côtés, qui laisse entrevoir une aumônière, ainsi qu’un trousseau de clefs attachés à la ceinture. Sa tête est recouverte d’un double voile surmonté d’un touret, retenu par un lien accroché à la ceinture.
Leurs visages sont assez proches ou, du moins, montrent les mêmes caractéristiques : un nez court et droit, une petite bouche, des lèvres fines et les yeux en forme de croissant.
Cette Visitation se rapproche de quatre autres œuvres : de deux sculptures situées dans l’église paroissiale Saint-Etienne de Virey-sous-Bar (Aube), d’un des reliefs du jubé de Villemaur-sur-Vanne (Aube) et d’un groupe sculpté (grandeur nature), conservé à l’église paroissiale de Saint-Florentin, dans l’Yonne. Ces œuvres auraient toutes pris modèle sur des illustrations d’Albrecht Dürer pour La Vie de la Vierge.
Lors d’une intervention antérieure, la tête de la Vierge avait été recollée et les mèches de cheveux tombant sur ses épaules avaient été reconstituées en plâtre. Les mains que les deux cousines tiennent embrassées avaient été cassées puis recollées. La main de Marie et le nez de la Vierge avaient été reconstitués en plâtre. Les éléments en fer utilisés étaient oxydés. On remarquait également quelques éclats sur le livre, les galons des manteaux des per- sonnages et sur le voile d’Élisabeth. L’extrémité de sa main droite avait elle aussi été refaite. La base, très dégradée, était ponctuée d’épaufrures et d’éclats. L’ensemble avait subi des chocs et avait manifestement été décapé à plusieurs reprises. L’œuvre a d’abord été nettoyée. Les reconstitu- tions en plâtre ont été éliminées sur les mains et les clous ont été supprimés. Les fragments de la reconstitution ont ensuite été recollés. Les petits manques ont été comblés. Les mèches de cheveux ont été retouchées afin d’atténuer le contraste entre la pierre et le plâtre.
troyes eglise saint-jean-au-marché
Détail, la Visitation.
Eglise Saint-Jean-au-Marché de Troyes (Aube) © P. Stritt
aube
troyes
eglise sainte-madeleine
Saint-Sébastien
sculptureXVI
esiècle
pierre calcaire polychrome H. 155 cm ; L. 33 cm ; P. 33 cm
Classé au titre des monuments historiques (5 décembre 1908)
Restauré en 2005 par Jean Delivré
traitement de la structure, nettoyage et retouche en surface
Budget : 1674 €
S
elon la légende exposée dans les Actes de Sébastien (Ve siècle), Sébastien au-rait été enrôlé dans l’armée romaine vers 283, puis nommé commandant de la garde prétorienne par l’empereur Dioclétien. Ce dernier ignorait alors qu’il avait choisi un fervent défenseur de la foi chrétienne. Comme Sébastien faisait montre de ses convictions au grand jour, il fut arrêté et condamné à mourir Saint-Sébastien.
Eglise Sainte-Madeleine de Troyes (Aube) © P. Stritt
aube
base. D’autre part, des retouches très ponctuelles ont été réalisées pour la réintégration des petites lacunes.
L’étude des couches picturales a révélé l’existence de deux polychromies successives. Pour la plus ancienne, les carnations étaient roses avec des re- hauts rouges pour les taches de sang. Les sourcils étaient bruns, les cheveux, le collier de coquilles et l’endroit du perizonium étaient dorés. L’envers était bleu et la corde marron. Le fût de la colonne était vert-bleu, la base brune et le chapiteau présentait des motifs végétaux dorés à la feuille. Le surpeint visible actuellement est beaucoup moins coloré et appliqué avec moins de soin. Les carnations restent roses, le contour des yeux et les sourcils sont peints en noir. Les cheveux, la corde, le collier et le linge sont uniformément gris. La colonne est plus décorée, la base est recouverte d’or, comme le chapiteau.
Quelques traces d’outils sont visibles sur la sculp- ture, en particulier des gradines et des ripes. Seuls les manques nuisibles à la lisibilité de l’œuvre ont été comblés. Les interventions menées sur la structure même de la statue ont permis de la consolider.
percé de flèches. Cette étape de son martyre est traditionnellement choisie pour représenter le saint, c’est justement le cas ici. Il est devenu depuis le saint protecteur de la peste.
Saint-Sébastien se tient debout, attaché, dos à une colonne surmontée d’un chapiteau orné de volutes, de feuilles et figures de putti. Le saint est en position de contrapposto, appuyé sur sa jambe gauche. Vêtu d’un simple drapé noué sur sa hanche droite, sa quasi nudité laisse voir une musculature assez affirmée. Il porte un collier de coquilles et l’on peut observer un cercle creusé sur son torse, au niveau du plexus solaire, qui devait accueillir un élément contenant, peut-être, des reliques. On peut voir sur son corps les cavités laissées par des flèches aujourd’hui disparues ; des filets de sang coulent de ses blessures.
Le saint adopte une expression de souffrance, la bouche ouverte et les yeux dans le vide. Cette œuvre est caractéristique des statues auboises du XVIe siècle représentant Saint-Sébastien portant le
collier de l’ordre de Saint-Michel qui fut créé par Louis XI, en 1469. Elle pourrait avoir été créée à l’époque de l’édification et de l’achèvement de l’église mais l’examen plus poussé de ses caractéri- stiques stylistiques autorise à envisager une datation plus récente.
La partie supérieure du fût de la colonne avait été cassée en trois endroits puis recollée partielle- ment. Les manques étaient relativement nombreux, notamment sur la main gauche, le genou droit et un morceau du linge à l’arrière. Par ailleurs, les orteils étaient épaufrés. Le surpeint était relativement bien conservé sauf sur les pieds, la base de la colonne et celle de la sculpture, où toute polychromie avait complètement disparu. Le bleu de l’envers du linge avait viré au vert presque partout.
La première phase de l’intervention concerne la structure. Le chapiteau a été recollé sur sa colonne et les fissures ont été rebouchées. La surface a ensuite été traitée. Un nettoyage a été réalisé, mais il n’a pas été nécessaire de faire un refixage de la couche picturale, excepté à quelques endroits proches de la base. La retouche a été modeste puisqu’elle n’a été réalisée que sur les discontinuités gênantes, comme la mutilation du genou droit. Il n’a pas été estimé nécessaire de reprendre la couleur au niveau de la
troyes eglise sainte-madeleine
aube
troyes
eglise saint-nicolas
Sainte-Agnès
sculptureXVI
esiècle
pierre calcaire, traces de polychromie h. 125 cm ; l. 56 cm ; p. 51 cm
Classé au titre des monuments historiques (18 février 1908)
Restauré en 2005 par Jean Delivré Nettoyage, suppression de l’ancien fixatif, bouchages et retouches locales Budget : 4 425 €
L
e nom d’Agnès dérive de l’adjec-tif grec agnos, (agnè au féminin), signifiant « pur », « chaste ». Par la suite, on l’a rapproché du latin agnus, agneau, par allusion à l’Agneau mys- tique (évoquant le sacrifice du Christ). Selon la légende qui s’est construite autour de cette jeune martyre romaine, Agnès refusait tous ses préten- dants, car elle avait fait vœu de virginité. Punie par le père de l’un des jeunes hommes éconduits, elle fut amenée dans un lupanar et dépouillée de ses vê- tements. Mais à cet instant, ses cheveux poussèrent Sainte-Agnès.
Eglise Saint-Nicolas de Troyes (Aube) © Région Champagne-Ardenne. Photo P. Thomas
aube
principalement sur ces bouchages, mais aussi sur la palme dont les teintes contrastaient fortement entre elles.
De rares traces de la polychromie d’origine sont encore détectables et conformes aux techniques utilisées à l’époque de sa réalisation : un bouche- pores sur une grande partie de l’œuvre, de l’or dans les cheveux, une laque garance sur or dans le fermoir du livre et du bleu azurite sur le revers de la manche droite. Dans le trou du cou, on observe des restes importants de rehauts de rouge sang passés sur la couche rosée des carnations pour évoquer la mort de la sainte. Agnès périt en effet la gorge transpercée d’un coup d’épée infligé par un bourreau.
Une intervention de restauration datant vraisem- blablement de la seconde moitié du XXe siècle a
consisté à rendre un aspect coloré à l’œuvre, en s’inspirant des vestiges de la couche picturale origi- nelle. Un film destiné à redonner du brillant à la surface avait été appliqué par-dessus, mais il avait très mal vieilli.
A partir des traces laissées par leur passage, on peut déduire quels outils ont été utilisés par le sculpteur. Il s’est notamment servi d’une gradine étroite à cinq dents et, pour les finitions, de gratte-fonds à dents. Ceux-ci permettent d’égaliser et de masquer les marques du façonnage des volumes.
Un joint est présent à l’arrière de la tête de la sainte, au milieu de la calotte crânienne. On peut donc imaginer la présence d’une cavité à cet endroit qui aurait pu servir de reliquaire.
Le ragréage qui avait été effectué au niveau du nez et qui s’était dégradé dans le temps a été retouché. Ainsi, le visage de la sainte a pu retrouver toute sa grâce. Le traitement qu’ont subi certaines parties métalliques a diminué les risques de casse liés à l’oxydation.
miraculeusement et dissimulèrent sa nudité. Après sa mort, elle apparut à sa famille flanquée d’un agneau, à sa droite. C’est sous cet aspect qu’elle a été représentée.
Agnès porte un livre d’heures et égrène un ro- saire accroché à sa ceinture ; elle tient la palme des martyrs de la main gauche. La sainte baisse la tête, en direction de l’agneau situé à ses pieds. Elle porte, sous son bras droit, le livre d’heures, orné d’une pièce de passementerie. Son visage est fin et présente un léger sourire. Ses cheveux torsadés tombent sur ses épaules et deux petites mèches, caractéristiques de l’art troyen, descendent au som- met de son front.
Elle est richement vêtue d’une tunique fendue sur les côtés, ceinturée à la taille et frangée sur le pour- tour de la jupe. Une broderie plus large, représentant des rinceaux, est visible à l’arrière, sur le bord du vêtement. Enfin, un pan de son manteau est replié sur son avant-bras droit et forme des plis rigides et cassés. Les détails de son costume annoncent la tendance vestimentaire de la Renaissance. La jambe droite de la sainte est légèrement fléchie vers l’avant et permet à l’agneau de poser sa patte gauche dessus. Sa laine est minutieusement figurée par une multitude de petites bosses à spirales. Il s’agit d’une œuvre empreinte de délicatesse, tant par l’attitude et les traits de la sainte que par le rendu des textures. Une hypothèse est émise quant à son attribution, il s’agirait, selon Jacques Baudoin, d’une œuvre du Maître de Mailly.
La sculpture était retenue au mur par une ficelle en mauvais état reliant le goujon sortant du dos à un piton fixé dans la paroi. Le support était lacunaire. La petite croix, la main droite et quelques perles du chapelet avaient été recollées. Le nez, ragréé avec un petit clou servant de goujon, était en train de se fissurer. La patte avant gauche du mouton avait été recollée en deux endroits. La peau présentait de nombreuses griffures et des épaufrures causées par des frottements.
L’œuvre a d’abord bénéficié d’un nettoyage et d’un dépoussiérage. L’ancien fixatif a ensuite été supprimé. Le fragment abîmé du nez a été déposé. Le fer oxydé a été traité et la fissure rebouchée. La croix a également été recollée après le traite- ment du fer. Des retouches locales ont été réalisées,
troyes eglise saint-jean-au-marché
aube