La Caisse d’économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec) (CEDTTQ) est une coopérative régie par la loi sur les coopératives des services financiers. Elle existe depuis 1971 et sa création résulte d'une initiative de la Confédération des syndicats
nationaux (CSN) qui voulait entre autres permettre aux travailleurs d’avoir accès à du
crédit de consommation à des taux supportables. Trente ans plus tard, sa mission initiale s’est beaucoup développée et la Caisse finance, outre les particuliers, les entreprises d’économie sociale et solidaire.
Sa mission est de soutenir le développement de l’économie solidaire en misant sur l’entrepreneuriat collectif, plus particulièrement au sein de quatre réseaux : syndical, coopératif, communautaire et culturel. La Caisse rend disponible aux associations, organismes et entreprises collectives visées l’ensemble des services bancaires requis dans une démarche d’accompagnement et de transfert d’expertise. Elle rend aussi disponibles aux membres de ces organisations les services financiers et d’accompagnement dans une démarche favorisant le développement de leur autonomie financière ainsi que leur association au développement de l’économie solidaire.
La CEDTTQ ne finance pas d’entreprises privées mais uniquement des projets collectifs. Elle compte plus de 60 employés et deux centres de services, Québec et Montréal. À la fin 2002, un troisième centre devait résulter de la fusion avec la Caisse d’économie de Lanaudière. L’actif était de 300 M$. Près de 70 % des prêts sont contractés par les membres collectifs et les entreprises membres, et 30 % par les membres individuels. La CEDTTQ compte plus de 7 000 membres particuliers et environ 2 500 membres qui sont des entreprises. Le membership est très diversifié. Elle compte 765 membres du domaine syndical qui constituent des pourvoyeurs d’épargne plutôt que des emprunteurs. Elle a mis sur pied un prêt de solidarité destiné aux syndicats en grève. Elle compte plus de 400 membres coopératifs représentant presque toutes les fédérations et regroupements coopératifs existant au Québec et tous les types de coopératives : de consommation, d’habitation, de producteurs, de travail, de solidarité, funéraires, scolaires, forestières, etc.,
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sauf le secteur agricole qui a ses propres moyens de financement. Elle suit 580 dossiers dans le domaine communautaire, dont une forte présence dans le logement social, les
centres de la petite enfance (CPE), les nouvelles entreprises d’économie sociale comme les
ressourceries et les entreprises d’insertion. Elle a 137 dossiers dans le domaine culturel, la plupart sont des entreprises à but non lucratif, certaines ont changé de statut comme le
Cirque du Soleil qui est toujours membre. Elle finance des troupes, des théâtres, des
artistes, toujours sous forme collective. La moyenne des prêts est de 300 000 $ alors qu’il était dans le réseau Desjardins de 30 000 $, bien que cela devrait changer avec l’expansion des centres financiers aux entreprises.
La CEDTTQ est réputée pour passer beaucoup plus de temps sur les dossiers que les autres institutions financières. Elle accompagne les entreprises dès le début et apporte son expertise en matière de montages financiers. Devenir membre, c’est devenir partenaire d’une institution qui s’implique dans les projets. Elle soutient parfois des initiatives pendant plusieurs années, parfois même lorsqu’elles ne sont pas rentables, lorsque le projet constitue une dynamique importante du développement local et que son maintien est vital pour la communauté concernée.
Rendue au montage financier, la CEDTTQ est soumise aux normes du réseau Desjardins. Les emprunteurs doivent fournir des garanties (inventaires, comptes recevables, équipements, bâtisses, etc.). Il ne s’agit pas de garanties personnelles, sauf quelques fois dans le cas de coopératives. La Caisse a développé des liens de partenariat très forts avec d’autres institutions et d’autres organisations ce qui lui permet d’intervenir au montage financier tout en respectant les normes du réseau. Les partenaires privilégiés sont le RISQ, 29 Filaction, Fondaction, Investissement Québec et les centres locaux de
développement (CLD). Elle encourage aussi le développement de partenariats locaux ou la
prise en charge des collectivités pour répondre à un ou des besoins.
La CEDTTQ constate qu’il existe une méconnaissance de l’économie sociale et solidaire au Québec du côté des acteurs de l’économie traditionnelle qui ont tendance à la reléguer à une économie de pauvres et non rentable. Si elle est une des réponses effectives à la lutte contre la pauvreté, elle s’insère avant tout dans une notion d’économie plurielle où les
valeurs de justice sociale et de démocratie contribuent à bâtir des entreprises au service des personnes et non centrées sur la recherche de profits.
Les outils financiers n’ont pas évolué toujours aussi vite que les entreprises, moins en termes de liquidité ou de fonds qu’en matière de produits financiers. Comment capitaliser des entreprises sans actionnaires ? Quand un investissement en capital de risque a lieu, cela se traduit en dette dans le bilan. Dans les coopératives, il y a les parts privilégiées qui se retrouvent dans la dette. Dans les OSBL c’est uniquement du prêt qui demeure une dette. En France, il existe des titres associatifs ou des contrats associatifs, c’est-à-dire une forme de capital patient permettant d’intervenir dans une entreprise sans l’obliger à rembourser sa dette immédiatement. Ce capital n’est pas considéré comme du prêt mais plutôt une forme de fonds propres. Il y a donc beaucoup à faire ici en ces termes.