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(F. Barbe, 2010)

Dans ce bouillonnement tardi-colonial, Synge apparaît au fil des pages comme le possible cousin irlandais d’un Jean Jaurès critiquant dans L’éducation

populaire et les patois210 l’occitanisme des salons et rêvant de réconcilier l’occitan de la France méridionale avec la grande culture française, en ouvrant aux enfants du peuple, au sein même du dispositif scolaire républicain, les portes de la latinité méditerranéenne et de l’universel. Ce dont Jaurès rêve en 1911 dans les colonnes de la Dépêche de Toulouse, n’est-ce pas l’écho lointain de Synge au travail, dans son petit théâtre dublinois intimement relié au western world d’Aran ? Françoise Morvan, nouvelle traductrice du théâtre de Synge (2005), retrouve dans ce projet littéraire anglo-irlandais, les catégories complexes du franco-breton, que les premiers traducteurs n’avaient pu ou pas voulu rendre. Loin d’être le baladin du

monde occidental, John Millington Synge est, selon la nouvelle traduction de

Françoise Morvan, Le « mensongeur » de la côte ouest, celui qui traduit François

209 Les îles Aran, éditions Payot 2002, page 33

210 La Dépêche de Toulouse du 15 août 1911, repris et développé dans la Revue de l’Enseignement

Villon en anglo-irlandais211. Produit de l'idéal démocratique en littérature, le travail théâtral de Synge procède de l'expérience indigène d'Aran, mais s'inscrit dans le monde occidental en son entier. Les violences qui accompagnent la création du

Playboy of the western world évoquent la bataille parisienne de l'Assommoir de

1876, quand Émile Zola est attaqué autant sur sa moralité que sur sa langue. Au nombre des auteurs remarquables de L'âge du roman parlant (le récit oralisé qui fait de la langue parlée un style, et où l’on retrouve Frédéric Dard) étudiés par Jérôme Meizoz212, tels Henry Poulaille, Charles-Ferdinand Ramuz ou Jean Giono, il faut ajouter John Synge, tant les éléments de trajectoire, de conflits de loyauté, de processus de création jusqu'aux lieux de légitimation sont analogiques. Cet intérêt pour la langue et l’entrée dans l’écriture depuis le populaire sont loin d’être une question théorique, nous croyons les voir, par exemple, au cœur de l’expérience malienne contemporaine : comment écrire, dans quelle langue et quoi dire ?

La touristification, devenir du haut-lieu ?

Flaherty a esquissé une patrimonialisation post-moderne : l’animal rare et spectaculaire (pêche au requin), le curragh pris dans la tempête comme préfiguration du sport extrême dans le milieu naturel (plongée ou windsurfing213). Nous passons de l’ancien schéma saltus/ager dominant chez Synge, qui contourne la question de la nature, à un dispositif paysager pluriel, anticipant l’actuel écomusée Aran Heritage Center, et dans lequel les nouvelles représentations touristiques de la nature participent peu à peu à l’industrialisation de l’activité dédiée. La touristification de l’archipel maintenant ancienne s’observe sur le terrain, mais aussi sur le web. Les catégories de la curiosité ethnologique sont dépassées et c’est dans une certaine forme d’entertainment autocentré que se raconte le voyage à Aran, notamment lorsqu’il s’inscrit dans le day-tour214 à Inishmore. C’est en dépassant cette forme industrialisée de la journée codifiée sur l’île principale que le touriste peut jouer à Aran faite œuvre - un rapport à la diversité, sinon Synge-style, du moins un peu Thoreau-style pour découvrir la diversité archipélagique. Flaherty, l’habile commis-voyageur de la nouvelle culture audiovisuelle mondiale a construit, en dépit de l’expérience et de l’historicité, une légende moderne immobilisant le temps et l’espace. Cette approche mythologique de la société îlienne est performative, parce qu’elle interagit, certes faiblement, avec les courants politiques conservateur et totalitaire, mais surtout parce qu’elle introduit un nouveau théâtre du paysage avec l’image animée et sonorisée, élément de preuve et futur spectacle touristique du vrai. Pourtant, Aran désignée de l’extérieur comme un conservatoire est en réalité en plein mouvement, en pleine crise de l’Ouest irlandais. Même la bureaucratie coloniale est en mouvement. Installé à Inishmaan, Synge ne décrit guère les politiques de développement et de 211 www.archive.org/stream/poemstranslation00syngrich#page/n7/mode/2up

212 Jérôme Meizoz, L'âge du roman parlant (1919-1939), 2001, Droz.

213 À Pâques 2009, lors de vacances en famille à Inisheer, un enseignant dublinois d'une cinquantaine d'années décède au cours d'une partie de wind-surf au sud-ouest de la petite île – Irish Times, 13 avril 2009.

214 The Irish Independant du 25 novembre 2009 en donne un exemple - Some 25 transition year students

travelled to Galway with teachers Ms Nic Enrí and Ms Logan recently. [...] They then took a ferry to Inis Mór (the largest of the Aran Islands) where they were taken on a bus tour and then a walk up to the prehistoric fort of Dún Aengus. The following day, the students were brought on a tour of Galway city's historical sights. […] In the evenings the group went bowling and to the cinema. Everyone enjoyed the three-day trip immensely. www.argus.ie/news/a-taste-of-the-gaeltacht-1954652.html

modernisation de la pêche que mène au même moment le Congested Districts

Board à Aran215, sans doute parce que l’action du CDB se concentre à Kilronan et Kilmurvy sur la grande île. Synge ne les ignore pourtant pas, c’est une mise à distance de l’agitation développementaliste tardive de l’administration britannique, un refus de collaborer. L'hyper-activité îlienne constitue donc le récit de Synge. Il est facile d'en rendre compte en lisant trois mouvements, celui de l'écrivain- voyageur, d'abord, ensuite celui d'un de ses informateurs, un ancien marin, « linguiste du peuple », revenu sur l'île et enfin le mouvement de la société insulaire elle-même, dans sa globalité, ses respirations, ses flux, ses nœuds, ses correspondances. Synge décrit les mouvements du réel contre la fiction de l’immobilisme de Flaherty : échelles fonctionnelles multiples (locale, régionale, nationale, impériale, mondiale) contre mythologie monoscalaire délocalisée (la famille conjugale face aux éléments).

Nous nommons dépopulation et déprise l’effacement progressif de la société insulaire nombreuse à faible division du travail. Nous appelons modernisation la réduction du nombre des savoir-faire locaux, l’arrivée du temps industriel et de l’intermodalité vapeur-train à Galway : une ligne quasi-directe Dublin-Aran (l’intérêt orientaliste, romantique et nationaliste pour l’archipel est en rapport avec les conditions concrètes de l’accessibilité) et simultanément l’apparition de nouvelles activités liées au tourisme. La première mondialisation aranaise est ici une multiplication des échelles de production et de compréhension des activités humaines sur les îles, notamment le rapport à l’Europe et à l’Amérique, par le biais de l’intérêt culturel pour la première, de la marchandise salvatrice et du réseau migratoire ultra-marin pour la seconde. L’accroche répétitive de certains habitants rencontrant Synge signale la force de la mondialisation des esprits dans l’archipel : si le conflit hispano-américain de 1898 inquiète Aran, c’est parce qu’on craint qu’une défaite des États-Unis ne prive l’île de la farine et du lard américains. Finalement, aux mouvements incessants de la société îlienne décrit par Synge, il faut opposer non pas Man of Aran, mais l’œuvre entière de Flaherty. Celle-ci se constitue à la fois comme un inventaire mondialisé des genres de vie dans une caricature de l’école vidalienne de géographie, mais aussi comme un dispositif mondialisé de production et de diffusion d’images de masse. Si Synge capte le mouvement indigène216 dans son propre mouvement géohistorique, Flaherty est celui qui veut capter l’immobile d’une société insulaire, ailleurs, depuis le mouvement, le sien, celui de l’Amérique.

Pat Mullen, le « local hero » entre Synge et Flaherty - le « queer » à Aran

Man of Aran a un double de papier. Pat Mullen, l’homme-orchestre de

215 Le CDB publie en 1893 son Report on the Aran Island, voir en détail la problématique pêche et les actions menées dans l'ouest irlandais par le CDB, Ciara Breathnach, 2005, The Congested Districts Board

of Ireland, 1891-1923, poverty and development in the west of Ireland., Four Courts Presse, Dublin, pages

73 à 108.

216 Un mouvement qui fait écho à sa pratique et à son idéologie : « l’homme est naturellement un nomade... et tous les vagabonds ont des perceptions intellectuelles et physiques que n’ont pas ceux qui sont condamnés à la fixité locale. […] [Le] vagabond, je pense, avec peut-être le marin, a préservé la dignité de mouvement, sa sensation totale des couleurs étranges dans les nuages, les passages étranges de voix qui se perdent dans les auberges sombres et encore étrangères, les affections et les chansons solitaires qui restent pour une vie entière avec le parfum des soirées de printemps ou les premières chutes de feuille en automne. » Carnets de J. M. Synge, 1898, cité par Robin Skelton, 1972, J.M. Synge, pages 42 et 43 – traduction par nos soins.

Flaherty, écrit son Man of Aran en utilisant le tournage comme mise en scène et dramaturgie de la société d’Aran et de sa périphérie. Publié en 1935 par une maison new-yorkaise reconnue et réédité en 1970 par les presses du MIT, le récit fonctionne comme une autobiographie thématisée par l’expérience cinématographique. On peut le rapprocher, pour la richesse de ses apports et de ses choix d’écriture, du roman parlant et des littératures prolétariennes217 de l’entre- deux guerres définies par Henry Poulaille218, mais également, et de manière plus singulière, de Synge lui-même. Si les récits de Synge et de Mullen ne sont pas tout à fait superposables, ils restituent les altérités de façon ouverte et construisent un dispositif qui renseigne le bilinguisme et ses porosités, en validant l’ensemble par du collectage, ils sont étrangement proches. Des anecdotes aux controverses, ils laissent au lecteur le soin de faire son opinion. Le récit collecté par Pat Mullen semble encore plus extravagant que ceux rapportés par Synge. Au terme d'une quasi-parodie d'histoire pieuse, trois pêcheurs d'Aran dans leur curragh aperçoivent au sud-ouest de l'archipel une de ces îles mystérieuses de l'au-delà médiéval, peut-être le pays de l'éternelle jeunesse des Anciens d'Aran, en fait un gigantesque iceberg sur lequel tente de se rafraîchir Judas à l'occasion d'une de ses permissions centennales. Le traître Judas donne aux trois pêcheurs des nouvelles d'un homme d'Aran envoyé en enfer pour ivrognerie (l'objet du conte semble finalement de jouer à nommer ce personnage îlien219) et l'on comprend finalement pourquoi la conversation est si facile avec ce personnage de traître attachant et qu'on plaint. Judas parle le gaélique à la manière des gens d'Aran ! Le potentiel cinématographique de cette histoire, qu'il faut lire en entier, semble extraordinaire. C'est par l'imaginaire que Pat Mullen s'affranchit totalement de son employeur. Ces délirantes fictions aranaises, qu’elle soient de tradition ou réinventées, dépassent d’un million d’années-lumière le documentaire sub-vidalien de Flaherty. Alors que Synge décrit longuement le keen des pleureuses à l’occasion d’un enterrement Mullen produit le keen en simulant sa propre mort devant old Brigid, une des mamies qu’il transporte habituellement dans sa carriole et l’effet est saisissant. Le lecteur ne peut à cet instant de sa lecture faire l’impasse sur la capacité de l’auteur à devenir à tout moment un mensongeur du western world.

À l’attention peut-être de John M. Synge écrivant une de ses préfaces220 et plus encore de Liam O’Flaherty, îlien expatrié, militant radical et écrivain, tirant à vue dans son incroyable Tourist’s Guide to Ireland et qui, tous deux, se plaignent du sordide déficit d’humour de l’Irlande officielle, Pat Mullen nous propose quelques tranches d’ahurissement qui ne sont pas sans rappeler Un

anthropologue en déroute221 de Nigel Barley (2001). Enfin, alors que Synge pose en prélude les conditions d’un récit de type égalitaire, Mullen clôt son livre sur des remerciements adressés à ceux de ses amis (d’ici et du monde entier) qui l’ont inspiré, mais aussi encouragé et aidé à finir l’écriture de son manuscrit. On voit 217 Voir l’article de Jean-Charles Ambroise, 2011, Écrivain prolétarien, une identité paradoxale, revue Société contemporaine n° 4, pages 41 à 55, que nous citerons plus loin.

www.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2001-4-page-41.htm

218 Henry Poulaille cite John Synge et Liam O'Flaherty [et également B.Traven] dans La littérature et le

peuple, nouvel âge littéraire 2, 2003, Plein chant, pages 422 et 423.

219 Chaque auditeur a son idée.

220 « De tout ce qui nourrit l’imagination, l’humour est le plus indispensable, et il est dangereux de lui imposer des limites ou de l’anéantir. (…) Et quand un pays perd le sens de l’humour, comme il advient en certaines villes d’Irlande, l’esprit cède à la morbidité (…). » John M. Synge, Préface aux Noces du rétameur, Théâtre complet traduit par Françoise Morvan, pages 171-172, 2005, Les Solitaires Intempestifs.

221 qu'il faudrait transposer alors, sous la forme d'un duo en déroute – le cinéaste et son régisseur. Cela aurait pu s'appeler « Tournage en folie dans le western world ».

alors que l’intellectuel dublinois et le migrant surinsulaire se rejoignent dans une perception convergente de la littératie : respect de la pluralité linguistique, mais sans fantasme de revival, jeu permanent entre l’oralité et l’écrit, entre le livre rare mais profondément respecté et la poésie de la parole, l’entremêlement créatif de l’imaginaire et du factuel, le lien affirmé entre l’écriture et la lecture. Né à Inishmore en 1885, dans une fratrie de six enfants, Pat Mullen part en Amérique à l’âge de 19 ans, et revient en 1921 sur l’île, à la demande du père qui vient de perdre ses deux derniers fils restés au pays. Jeune immigrant irlandais inséré marginalement sur le mode du rambling avant de devenir mari et père de famille, l’immigré revient sans argent, ni montre, ni costume, sans sa femme et ses filles, avec son seul fils. Sans anachronisme, l’usage que fait Mullen du mot queer pour se décrire et décrire sa troisième vie à Aran nous renseigne ici sur l’étrange d’une figure universelle, celle du migrant, parti, revenu différent, encore en mouvement et déjà inséré dans un réseau de relations potentiellement d’échelle mondiale, ses

grands amis qu’il évoque souvent. Pat Mullen, par son inscription migratoire,

touristique et littératique, est un « déclassé par le haut222 ». Après ceux de Richard

Hoggart, les travaux de Vincent de Gaulejac (1987) ont permis d’identifier plusieurs effets du déclassement par le haut : conduit à utiliser un autre langage, à intégrer d’autres habitus, l’enfant voit se distendre ses relations avec ses aînés. La distance sociale qui s’établit provoque des malentendus et alimente une impression de culpabilité reposant sur un sentiment de trahison. Impliquant « l’intériorisation conflictuelle de références qui viennent d’univers sociaux différents », le passage d’une classe ouvrière à une catégorie intellectuelle condamne aussi le Moi à une forme aiguë de dédoublement : partagé entre un habitus populaire, marqué par les valeurs « viriles » de l’action et de l’effort physique, et un habitus intellectuel, caractérisé par des valeurs plus « féminines » (la lecture et la réflexion), l’autodidacte devient souvent un observateur de lui- même.223 Nous verrons que Pat Mullen fait lui-même ce constat. Ce migrant là, aujourd’hui cible de nombreuses législations restrictives visant à l’assigner à une résidence donnée, se présente, de retour au pays, comme un individu étrange aux yeux de ses compatriotes. Les extraits de ce récit, un texte majeur dans sa catégorie, étrangement non traduit en français – document 62 - montrent cette sensibilité particulière, différente de celle de Synge ou de Flaherty, mais aussi de celle de ses co-insulaires.

Avec son ancien instituteur adepte de la manière forte, sur le bateau pour Kilronan

- page 46

La matin suivant, nous sommes montés à bord du Dun Aengus, et, à mi-chemin de la traversée, qui je vois venir vers moi après avoir parlé à mon père, ben l’instituteur qui me frappait autrefois. Il s’est approché pour me serrer la main, un grand sourire sur la figure et m’a dit : « bienvenue à la maison, Pat »

« Une minute avant que j’te serre la main », j’lui fait « j’ai quelque chose à te dire. » Il a paru surpris, mais a attendu.

« Je veux te dire » je fais « qu’il y a eu une époque où je t’aurais envoyé en enfer. Tu te souviens de cette époque ? » et je lui ai rafraîchi la mémoire. Il a reculé, un peu désemparé. Je l’ai regardé des pieds à la tête pendant quelques secondes et j’ai ajouté

222 C’est, par exemple, la situation de certains Maliens francophones.

223 Jean-Charles Ambroise, Écrivain prolétarien : une identité paradoxale, Sociétés contemporaines, 2001/4 (no 44)

« mais je te pardonne, parce que tu sais cela mieux que moi. Je vais te serrer la main parce que tout ça, c’est fini, maintenant. »

On s’est serré la main et maintenant on était amis. Il avait changé et était devenu un chouette gars qu’on aime rencontrer.

Avec sa mère – page 53

Un jour, je lui ai dit un truc et elle m’a appelé près d’elle « Pat, je veux que tu me fasses une promesse »

« Oui », j’ai dit « tout ce que tu veux que je promette, je le fais. »

« Bon » elle a dit « tu dois me promettre de ne jamais lever la main sur ton père. » J’ai hésité presque une demi-minute parce que j’avais déjà pensé plein de fois que je devrais m’en mêler et empêcher ses cruautés à son égard, mais c’était pour elle, alors j’ai promis. »

« Maintenant » elle a dit « je suis heureuse. »

Je pense que les hommes devraient être très respectueux envers les femmes, car je suis sûr qu’il n’est pas né une femme qui n’avait du bon en elle.

Le jour du Vendredi saint, j’ai eu une longue conversation avec ma mère et à la fin, elle m’a dit : « je ne serais plus là pour très longtemps pour m’occuper de toi et de ton petit gars, mais quoiqu’il arrive, tu dois garder le cheval. Le père va vouloir le reprendre. Si tu le laisses faire, vous serez perdus et vous n’aurez plus qu’à retourner en Amérique. Garde le cheval. » Elle m’a dit ça si fort, avec ses mains sur mes épaules. « Garde-le et tu auras la possibilité de gagner ta vie » et elle a ajouté » essaye de faire venir ta femme aussi vite que tu peux. »

Je lui ai dit que c’est que je voulais, mais elle n’est jamais venue car des voisins ont écrite une méchante lettre en Amérique disant qu’on se disputait tous à la maison.

Sur le départ en Amérique et le retour en Irlande – page 132, page 44

Les lamentations funèbres (keening) sont aussi anciennes que nous et sont utilisées ordinairement lors des deuils, mais, dans les temps anciens, quand les jeunes hommes et femmes d’Aran partaient en Amérique, le keening était plus utilisé, car beaucoup de ceux qui partaient ne reviendraient jamais. Ils montaient dans les barcasses pour Galway, là, ils prenaient le bateau pour l’Amérique, mais, bien avant que le navire soit en vue, les femmes de l’île allaient aux falaises de de Glassin Rocks, près de la passe de Gregory [entre Inishmore et Inismaan]. Elles s’installaient à l’abri d’un petite colline, le seul endroit avec de l’herbe au milieu de la roche et que depuis on appelle le Coin des larmes (Glen of Tears) et quand le bateau apparaissait, elles se demandaient en pleurant si le bateau allait sortir de la baie par la passe de Gregory ou non. Quand c’était le cas, elle agitaient leurs châles en pleurant le keening dans le vent jusqu’à ce que le bateau