La qualité des mesures d’évolution obtenues à partir des cart es anciennes dépend avant tout de la fiabilité des cartes originales tant en termes de précision des levés de terrain que de l’échelle du document cartographique à partir duquel les données ont été extraites (ANDERS et BYRNES, 1991 ; CROWELL et al., 1991). A cela s’ajoutent les limites du matériel technique et de la méthode utilisés pour extraire l’information géographique (THIE LER et DA NFORTH, 1994a).
Nous avons relevé deux sources d’incertitudes sur les cartes anciennes :
- les erreurs de cartographie (représentation erronée des objets ou erreurs de positionnement) ;
- le traitement des données cartographiques (digitalisation de la «laisse de haute mer» ou du
zéro hydrographique et géoréférenc ement des couches digitalisées).
1 – Les incertitude s liées à la précision de s documents cartographique s utili sés
Les erreurs de représentation et de positionnement des objets cartographiés s’observent sur les cartes marines indépendamment de leur échelle. Comme dans le cas des cartes à petite échelle, elles ont été mises en évidence grâce aux indications générales mentionnées en marge des cartes, à la bibliographie et à la comparaison des doc uments cartographiques afin de déceler d’éventuelles incohérences. Ainsi sur l’édition de 1877 de la carte N° 3592, on note des incohérenc es toponymiques et topographiques. Par exemple, les marigots de Bope et de Pann’thior, entre Siendou et Yène ne sont pas représentés ; la région était figurée comme une zone de culture. De plus, la répartition spatiale des sondes mont re une densité accrue entre Dakar et Rufisque alors qu’elle est moindre au jusqu’au cap de Naze, en limite de la carte. Les levés ont donc été sommaires ou réalisés à une plus petite échelle au sud de Rufisque même si nous ne connaissons pas l’échelle exacte du levé de 1875- 1876. Déjà en 1938, BONNIN signalait dans son rapport de mission que le levé BESSON n’était pas très précis, même entre Dakar et Rufisque, car les sondes étaient espacées de 500 à 600 m en
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moyenne et un B anc au large de Mbao n’a pas été dét ecté par ces travaux. Tout compte fait, l’édition de 1877 de la carte N° 3592 est d’une précision dis cutable et doit être considérée avec prudenc e pour la quantification de l’évolution ancienne du littoral dans la zone au sud de Rufisque. Quant à l’édition de 1929, élaborée à partir de photographies aériennes de 1927, elle n’est pas exempte d’aberrations, comme l’a noté NIA NG-DIOP (1995). Par exemple, l’isobathe -3 m chevauche l’isoligne du zéro hydrographique aux abords du Cap de Diokoul (Figure 85b). Aussi, dans la mesure où la mise à jour n’a concerné que la topographie et qu’aucun levé hydrographique n’a été réalisé entre les deux éditions, seule la position de la «laisse de haute mer» devait subir des variations tandis que les zéros hydrographiques auraient dû s’accorder, ce qui est loin d’être le c as (Figure 85c) sauf dans de petits secteurs comme le wharf de Rufisque (Figure 85d). C’est la raison pour laquelle nous l’avons finalement écartée lors des mesures d’évolution.
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La deuxième carte utilisée sur la B aie de Gorée (N° 5852 éditée en 1939) ne semble montrer
aucune anomalie particulière. Elle a été levée entre le 1er novembre 1935 et le 1er mars 1936 au
1/10000e (BONNIN, 1938) mais les données ont été restituées au 1/ 50000e, ce qui implique des
opérations de généralisation sources d’imprécision (CA RR, 1962 ; 1980).
Conc ernant la Langue de Barbarie, la carte N° 4892 levée en 1894 et publiée en 1894 présente a priori d‘informations fiables. En revanche, l’édition de 1928 laisse apparaître des erreurs de positionnement des objets au nord de Saint -Louis (Figure 86a) et au sud de la Pointe aux Chameaux jusqu’à l’île de Babaguèye (Figure 86b). En effet, dans ces zones, on observe un déplacement important (jusqu’à 280 m) des contours de la Langue de B arbarie par rapport au levé de 1894 alors que, dans les autres secteurs, la ligne des brisants, les contours de l’île de Saint-Louis ou du rivage fluvial se superposent assez bien (Figure 86b). Ces décalages peuvent être dus aussi à une déformation locale du papier support de la carte ou à un mauvais raccordement des photographies aériennes de 1927 ayant servi à la révision de la cart e à une époque où les techniques photogrammétriques étaient peu élaborées. Il est à noter que la réactualisation de la topographie ayant ét é réalisée à l’aide de photographies aériennes, des erreurs liées à leur interprétation, en particulier la difficult é d’identification de la «laisse de pleine mer», peuvent subvenir.
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Figure 86 : Décalage des contours de la Langue de Barbarie sur la carte N° 4892 aux abords de
Saint-Louis
2 – Les erreurs due s à la digitalisation et au géoréférencement des lignes de référence
L’un des principaux inconvénients de la digitalisation sur table des données cartographiques est que l’imprécision dans la saisie peut se traduire par des décalages considérables en unités métriques. Ainsi par ex emple, un écart d’un millimètre à la saisie équivaut à un décalage de 50 m sur la carte N° 5852 ; 39,9 m sur la cart e N° 3592 et 5 0,99 m sur la carte N° 4892. Vu l’ampleur de ces décalages pot entiels, lors de la phase de digitalisation, il importe de rester très concentré et de bien fixer la carte sur la table afin d’éviter tout déplac ement du papier lors du report des lignes de référence. Cela étant, le report des contours des objets est relativement aisé car à la différence des
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images où on peut être confronté à des difficultés d’identification des marqueurs du trait de côte, le zéro hydrographique et la «laisse de haut e mer» sont figurés sans équivoque. Toutefois la qualité du report des données dépend de la dextérité de l’opérateur de saisie, de la précision du digitaliseur et de l’épaisseur du trait représentant la ligne de référence. Cette épaisseur est déterminée par le diamètre de la pointe de la plume de dessin. Il est d’un quart de millimètre (0,25 mm) sur tout es les éditions des cartes utilisées. Cela génère un trait correspondant en réalité à une bande large de 9,97 m sur la carte N° 3592 ; 12,5 m sur la carte N° 585 2 et 12,74 m sur la carte N° 4892. On retiendra donc pour le zéro hydrographique dans le secteur de Bargny à Yène-sur-mer une incertitude de 9,97 m (carte N° 3592) et de 12,5 m (carte N° 5852) et d ans les abords de Saint-Louis, une marge de 12,74 m pour la «laisse de haut e mer» (carte N° 4892).
En plus de ces «erreurs», la précision du référencement de la «laisse de haute mer» et du zéro hydrographique est affectée par l’erreur moyenne quadratique (RMS error) résultant de la projection des couches digitalisées, des coordonnées «table» aux coordonnées UTM. Ces erreurs RMS indiquées par le logiciel sont inférieures ou égales à 4 m pour toutes les cart es mobilisées dans notre étude (Figure 87).
Figure 87 : Erreurs RMS résultant du géoréférencement des couches
cartographiques
Pour les cartes marines, en additionnant l’erreur rés ultant de l’épaisseur des traits et du géoréférencement du zéro hydrographique et de la «laisse de haute mer», on obtient donc une marge d’erreur de 26,91 m pour la période de 1894 à 1927 dans les environs de Saint-Louis. L’incertitude totale est de 28,57 m dans le segment côtier de Bargny à Yène-sur-mer pour la période 1875-1876 – 1935-1936.
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II – LES SOURCES D’INCERTITUDE AFFECTANT LES LIGNES DE REFERENCE PROV ENANT