Calibration of Radiocarbon Age to Calendar Years
UTSKRIFT AV GJENSTANDSBASEN FOR TS15692
Le traitement du matériel recueilli lors des entretiens a subi une analyse continue. En effet, dans une démarche inductive, le mode de fonctionnement s’inverse : « le terrain n’est plus une instance de vérification d’une problématique mais le point de départ de cette problématisation »169. Les hypothèses vont être dégagées peu à peu sur le terrain.
168 L’application de cette grille était envisagée juste après le récit de vie. Nous avions pensé qu’il était
évident que le groupe de référence pour les personnes interviewées serait les Suisses et que le groupe d’appartenance serait latino-américain. Cela ne fut pas le cas. En effet, en appliquant la grille telle quelle, les interviewées avaient très peu de choses à dire. Dans presque tous les cas, le contact avec les Suisses se faisait d’une manière éphémère et par le biais du travail. Le groupe de référence n’était donc pas constitué par les Suisses mais par d’autres Latino-américain(e)s également en situation illégale. Le groupe d’appartenance concernait les Latino-américains mais des "Latino-américains" avec quelques caractéristiques spécifiques (cf. quatrième partie). De même, la dynamique de l’entretien changeait beaucoup puisque la grille prenait quasiment la forme d’un questionnaire, cela d’autant plus que la durée de l’entretien se prolongeait. Malgré le fait que cette grille était plus précise, il était important de sauvegarder une forme d’entretien libre. Il a donc été décidé de ne pas appliquer cette grille telle quelle mais de la considérer dans le guide d’entretien général. Elle touchait aussi le thème de la relation avec les autres. D’ailleurs les interviewées elles-mêmes évoquaient ce type de relations de manière spontanée quand elles se référaient à leur réseau social. Consulter PEABODY D., "Evaluative and descriptive aspects in personality perception: A reappraisal" in Journal of Personality and Social Psychology, 16, 1970, pp. 639-649 ; PEABODY D., "Group judgements in the Philipines: Evaluative and descriptive aspects" in Journal of Personality and Social Psychology, 10, 1968, pp. 290-300.
C’est ce que Anselm Strauss appelle la « grounded theory » ou la théorie enracinée qui consiste en un aller-retour permanent entre terrain et théorie et, qui permet à l’élaboration théorique de progresser. Il s’agit d’une démarche inductive qui prend racine dans le terrain. C’est dans le terrain que la théorie se découvre, se développe et se vérifie progressivement : collecte des données, analyse et théorie sont en étroite relation d’où le terme donné à cette théorie170.
Dans ce sens, le recueil des données a consisté en 3 vagues d’entretiens (formées de 8, 7 et 9 entretiens respectivement). Chaque vague d’entretiens donnait lieu à une nouvelle élaboration des pistes de réflexion et à une réinjections de nouvelles hypothèses et informations afin de pouvoir les vérifier. Finalement, lors de la troisième vague d’entretiens, le phénomène de saturation a été atteint. Le concept de saturation a été développé par Barney Glasser et Anselm Strauss : selon ces auteurs, l’analyse est censée commencer dès le recueil de l’information du premier entretien afin de construire les premières catégories (codage d’ouverture). Au fur et à mesure de la récolte, toujours par comparaison, des autres informations, les catégories récurrentes et signifiantes (codage axial) doivent être reliées, afin de proposer des hypothèses, des articulations. C’est ainsi qu’une construction progressive de « catégories » se fait à travers une comparaison systématique et continue des données rassemblées. Les catégories sont testées, rectifiées, modifiées dans les allers-retours sur le terrain jusqu’à ce que les nouvelles informations n’apportent plus de changements significatifs. Autrement dit, cette résistance des catégories, propriétés et relations indiquent qu’elles sont saturées171.
Les entretiens ont été retranscrits le plus intégralement possible à mesure qu’ils étaient recueillis. L’analyse a, de cette manière, commencé dès le premier entretien. L’analyse s’est basée sur le modèle avancé par Didier Demazière et Claude Dubar172, c’est-à-dire l’analyse structurale inspirée à la fois des théories de Barthes (1966, 1981), Hiernaux (1977, 1995) et Greimas (1986). Il s’agissait ainsi de dégager un « schème spécifique » pour chaque entretien de sorte à pouvoir saisir le sens et l’univers de
170 Cf. STRAUSS A., La trame de la négociation, Paris, Éditions L’Harmattan, 1992, p. 53. 171 Cf. Ibid., pp. 283-300.
croyance de chaque récit. Ce « schème spécifique » se construit à partir de l’articulation des épisodes d’une histoire (ses séquences) avec la structure de ses « personnages » (ses actants) pour découvrir la logique du discours tenu à son destinataire (les arguments). L’idée était de saisir l’ensemble de la structure de l’entretien, autrement dit la logique de l’ensemble du récit. Le pas suivant consiste à comparer le « schème spécifique » de manière à construire des « schèmes communs », qui relèvent du même type de logique et d’arriver à établir une typologie ou des « schèmes typiques ». C’est ainsi qu’il est possible de faire une typologie des « logiques sociales » de manière inductive.
Cette manière de procéder a permis d’entrer dans la singularité de l’entretien et, ainsi, dans la logique que l’individu développe. À partir des récurrences apparues dans le premier entretien, les catégories interprétatives ont pu être dégagées. Le recentrage dans la question a été important pour faire la distinction entre l’information essentielle et l’information inutile ou accessoire. Il a fallu laisser tomber certains aspects intéressants mais non significatifs ou non pertinents par rapport à la question.
Une fois la première vague d’entretiens terminée, un modèle de cette première vague a été réalisé, modèle qui a inspiré le début de la deuxième vague. Cela a permis de faire des comparaisons pour ensuite proposer un modèle d’explication par rapport à la question de recherche. L’analyse par étapes successives et par retours en arrière a permis de faire émerger peu à peu une logique commune. Une troisième vague a été mise en place pour vérifier la saturation du modèle.
En réalité, c’est par la comparaison constante entre les parcours biographiques qu’il a été possible de mettre en parallèle des récurrences de situations, des logiques d’action semblables et, par là, de repérer un même mécanisme social ou un même processus. De cette manière, les hypothèses se précisent, se confirment et prennent une forme sociologique (c’est-à-dire en « rupture » avec les représentation de sens commun)173.
Par conséquent, le défi a été, dans un premier temps, d’expliciter « les contenus latents de chacun des récits recueillis »174 , pour en dépasser ensuite la singularité. C’est de cette manière que le travail de réduction s’est opéré pour donner lieu à l’émergence
173 Cf. BERTAUX D., Les Récits de vie, op. cit. p. 94. 174 Ibid., p. 65.
d’un modèle théorique. Il convient d’indiquer que quelques outils proposés par Kaufmann175 comme le repérage des phrases et des contradictions récurrentes, des phrases banales issues du sens commun, ont été utiles dans ce processus de construction des catégories significatives.
Il faut préciser finalement que la rédaction des divers documents (comme une synthèse de chaque entretien, la synthèse globale de chaque vague) a été très éclairante et riche. Elle a guidé autant le travail de terrain que le retour à la bibliographie.
175 KAUFMANN J.C., op. cit., pp. 95-102. Jean-Claude Kaufmann parle également des catégories
indigènes. "(…) entrer dans le système de valeurs, dans la vie de l’informateur, en étant ouvert à la compréhension des expressions les plus discrètes et bizarres (…)" p.87. Selon Daniel Bertaux, ce pas est essentiel pour repérer des indices pour s’interroger ensuite sur leur signification sociologique. Cf. BERTAUX D., op. cit., p.84.