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Trinn  5:  Synliggjøre  usikkerhet

3   Metode

4.3   Trinn  5:  Synliggjøre  usikkerhet

La méthode précédente fait le cumul des périodes de chômage et d’emploi et consiste à calculer la probabilité d’être deux fois plus souvent au chômage qu’en emploi. Son premier défaut consiste à poser une frontière largement arbitraire ou conventionnelle entre les éloignés de l’emploi et les proches (« deux fois plus »). D’autre part, elle ne permet pas de saisir les types de trajectoires, par exemple de faire la différence entre ceux qui sont d’abord au chômage puis accèdent durablement à l’emploi, ceux qui décrochent et raccrochent régulièrement, et ceux qui sont d’abord en emploi puis durablement au chômage.

Les méthodes de typologie des carrières ou trajectoires ainsi que l’analyse des statuts dans l’emploi permettent de tenir compte de ces tendances. Nous proposons d’abord une méthode permettant de mesurer les difficultés d’accès à l’emploi en tenant compte des trajectoires. Nous analysons ensuite d’une manière descriptive les trajectoires d’accès à l’emploi dans Génération 98. Enfin nous appliquons cette méthode pour mesurer alternativement les barrières discriminatoires à l’accès à l’emploi.

4.4.1 Méthodologie

La méthode consiste à analyser les types de trajectoires des jeunes sortants de la formation initiale pour dégager d’une part, les trajectoires manifestant une facilité d’accès à l’emploi et d’autre part, les trajectoires révélant des difficultés importantes. Ces difficultés sont donc considérées comme le signe d’un éloignement de l’emploi. La variable indicatrice des difficultés d’accès à l’emploi, construite ici, met l’accent non plus sur la fréquence relative des mois de chômage par rapport aux mois d’emploi, mais sur les difficultés de l’accès à l’emploi telles qu’on peut les saisir à travers les typologies de carrières et le statut du premier

emploi. Le calcul des proportions réelles et prédites d’hommes et de femmes dans les deux catégories est ensuite réalisé de la même manière que dans le paragraphe 4.4.1.

Les méthodes de typologies des carrières typiques permettent de grouper les individus qui sont le plus souvent dans les mêmes situations. Pour obtenir des types de trajectoires homogènes et représentatives, plusieurs stratégies de regroupement peuvent être utilisées (voir Abbot et Hrycak, 1990). Nous utilisons ici les résultats de la méthode de regroupement qui a permis de construire la variable « typotraj » présente dans les données de Génération 98. Dans cette stratégie, les carrières typiques sont obtenues par une méthode de classification hiérarchique ascendante. Selon cette méthode, deux personnes i et j sont considérées comme ayant eu des trajectoires proches si le nombre de mois Nij pendant lesquels ils ont été dans la même situation S est grand.

Pour chaque couple d’individus i et j et pour chaque mois t,

On a

= = T 1 t ijt ij D N

avec Dijt=1 si Si=Sj et Dijt=0 si SiS j

Etant donné que nous voulons obtenir une catégorie représentative des personnes rencontrant des difficultés pour trouver des emplois, ce calcul des carrières typiques doit être complété par une analyse des statuts dans l’emploi. Surtout, il s’agit de tenir compte de l’accès à certaines formes d’emplois temporaires, particulièrement à l’emploi aidé et dans une moindre mesure aux emplois-formations. Si la période considérée n’est pas suffisamment longue, un accès durable à l’emploi peut seulement signifier un accès à un emploi aidé ou à une formation longue.

La catégorie regroupant les personnes éloignées de l’emploi est donc obtenue par le croisement entre l’analyse des carrières types et celle des premiers statuts devant l’emploi. Les éloignés de l’emploi sont soit ceux et celles qui ont des trajectoires marquées par le non emploi soit ceux et celles qui ont un emploi aidé comme premier emploi. Nous avons regardé les résultats obtenus en restreignant la population de référence à un échantillon salarial restreint : les personnes âgées de 16 ans au moins en 1998, qui ont moins une fois accédé à l’emploi, et dont le premier emploi ne correspond pas au statut d’indépendant. C’est cet

échantillon que nous retrouverons dans les chapitres suivants. Les statistiques descriptives des annexes 2 et 3 correspondent à cet échantillon.

4.4.2 Statistiques descriptives

La méthodologie de typologie des carrières professionnelles a été utilisée en prenant en compte sept types de situations différentes : emploi, recherche d’emploi, inactivité, service national, formation, reprise d’études, et job de vacance. Les résultats, donnés dans le tableau 4.13, permettent de dégager neuf grands types de carrières typiques. La comparaison des proportions d’hommes et de femmes dans chacune des catégories montrent que les femmes rencontrent plus de difficultés pour accéder à l’emploi durable.

Ces neuf catégories peuvent être regroupées en deux types très différents de familles de trajectoires. Le premier groupe rassemble les trois premières catégories, c’est-à-dire l’ensemble des personnes qui ont eu un accès relativement rapide ou durable à l’emploi: accès immédiat à l’emploi durable; accès rapide après le service national; ou décrochages seulement temporaires de l’emploi. Le second groupe rassemble les autres catégories, toutes les personnes n’accédant pas rapidement à l’emploi durable: leurs trajectoires sont marquées par des périodes de chômage ou d’inactivité (voir CEREQ, 2003). Les femmes sont proportionnellement moins nombreuses dans chacune des carrières types du premier groupe et proportionnellement plus nombreuses dans chacune de celles du second groupe.

Tableau 4.13 : Typologie des trajectoires

Carrière typique Hommes Femmes

Accès rapide et durable à l’emploi 14454 56,03% 15123 62,48% Service national puis accès rapide et durable à l’emploi 4287 16,62% 294 1,21% Décrochage temporaire de l’emploi 1643 6,37% 664 2,74% Chômage puis accès durable à l’emploi 2220 8,60% 3554 14,68% Basculement hors de l’emploi 1254 4,86% 1630 6,73%

Formation hors emploi 427 1,66% 597 2,47%

Reprise des études 250 0,97% 470 1,94%

Longue période d’inactivité 433 1,68% 680 2,81%

Chômage prolongé 831 3,22% 1193 4,93%

Cependant cet accès à l’emploi peut être faussement durable si les emplois considérés, bien que relativement longs, débouchent objectivement sur des situations précaires. Nous avons considéré que les trajectoires passant par un premier emploi aidé ou à vocation de formation ne devaient pas être considérées comme révélant une proximité de l’emploi. Nous avons donc inclus dans les plus éloignés de l’emploi ceux qui, bien qu’ayant une trajectoire d’accès durable à l’emploi, avait un premier emploi aidé ou qui consistait en une formation. Plus précisément, nous avons pris en compte quatre formes d’emploi aidé (« contrat de qualification » ; « contrat d’adaptation » ; « CES, CEC » et « Emplois jeunes ») et deux formes d’emploi formation (l’apprentissage et le stage). Les statistiques descriptives au premier emploi sont présentées dans le tableau 4.14. Elles montrent que les femmes sont majoritaires dans les emplois aidés.

Tableau 4.14 : Statut au premier emploi

Statut Hommes Femmes

Emploi aidé 1763 6,83% 2354 15,73%

Contrat de qualification 930 3,60% 809 3,34%

Contrat d’adaptation 90 0,35% 60 0,25%

CES CEC 168 0,65% 430 1,78%

Emploi jeune 546 2,12% 1009 4,17%

Autre emploi aidé 29 0,11% 46 6,19%

Formation 223 0,87% 191 0,79%

Apprentissage 113 0,44% 56 0,23%

Stage 110 0,43% 135 0,56%

Autres 23813 92,30% 21660 83,48% Observations 25799 100% 24205 100%

Si on cumule les résultats des tableaux 4.13 et 4.14, les femmes paraissent rencontrer beaucoup plus souvent des difficultés pour accéder à l’emploi durable. Dans notre échantillon, le calcul des carrières typiques établit que 79% des hommes accèdent « facilement » à l’emploi, pour 66,4% des femmes. D’autre part, les données sur les statuts dans l’emploi montrent que 10,5% des femmes dans un premier emploi aidé ou emploi formation, contre 7,7% des hommes. Au total, on trouve que 39,5% des femmes sont éloignées de l’emploi, au sens défini dans ce paragraphe, contre seulement 26,2% des hommes.

4.4.3 Résultats

Qu’est-ce qui-fait que les femmes risquent davantage que les hommes de rencontrer des difficultés pour accéder à l’emploi? Nous avons utilisé des modèles probit simples pour

appréhender dans quelle mesure cet écart de probabilité peut être attribué à l’inégalité de traitement des hommes et des femmes. Les résultats sont donnés dans le tableau 4.15.

Tableau 4.15 : Estimation Probit de la probabilité d’une carrière d’emploi difficile Var.

Dépend.

Prob(Pi=1)*

Total Hommes Femmes Coefficient Ecart Type Coefficient Ecart Type Coefficient Ecart Type Constante 0,5512 0,0486 0,3740 0,0614 0,8577 0,0821 F1 Parent au chômage ou décédé 0,0423 0,0195 0,0722 0,0283 ns ns F2 Vie en couple -0,1767 0,0144 -0,2643 0,0240 -0,2262 0,0187 F3 Enfant 0,1179 0,0203 -0,1040 0,0391 0,1755 0,0245 F4 Deux parents nés au Maghreb 0,1779 0,0264 0,2360 0,0362 0,1060 0,0387

F5 Deux parents nés en Afrique noire

0,2550 0,0672 0,3042 0,0915 0,2062 0,0998

Exp1 Apprentissage -0,4456 0,0242 -0,3889 0,0336 -0,4182 0,0366

Exp2 Emploi régulier -0,2832 0,0218 -0,1903 0,0346 -0,3274 0,0285

Exp3 Job de vacances -0,1401 0,0132 -0,1497 0,0194 -0,0954 0,0186

Exp4 Stage en entreprise -0,0655 0,0175 -0,0960 0,0266 -0,0721 0,0237

Niv1 Niveau I -1,0901 0,0519 -1,1556 0,0666 -1,1981 0,0855

Niv2 Niveau II -0,9177 0,0516 -0,9893 0,0670 -1,0712 0,0844

Niv3 Niveau III -0,9864 0,0498 -0,9824 0,0635 -1,1934 0,0827

Niv4 Niveau IV+ -0,6679 0,0500 -0,7963 0,0638 -0,7916 0,0833

Niv5 Niveau IV -0,7531 0,0513 -0,8644 0,0659 -0,8577 0,0848

Niv6 Niveau V -0,3255 0,0495 -0,4501 0,0623 -0,3844 0,0829

Niv7 Niveau Vbis -0,1092 0,0544 -0,1496 0,0676 -0,3032 0,0927

Spe2 Sciences 0,1911 0,0328 0,2212 0,0449 0,3510 0,0473

Spe3 Humanités 0,3898 0,0240 0,3585 0,0368 0,3740 0,0306

Spe4 Technologies de production -0,3325 0,0384 -0,1839 0,0439 ns ns

Spe5 production agricole ns ns ns ns 0,3043 0,0609

Spe6 Transformation -0,2290 0,0282 -0,1120 0,0335 0,1516 0,0552

Spe7 Construction -0,3662 0,0316 -0,1447 0,0348 ns ns

Spe8 Matériaux flexibles 0,1809 0,0659 ns ns ns ns

Spe9 Mécanique, électricité -0,3909 0,0214 -0,1346 0,0239 -0,1396 0,0828

Spe10 Gestion et commerce ns ns ns ns ns ns

Spe11 Communication, information

0,0807 0,0263 ns ns 0,0842 0,0324

Spe12 Services personnels ou domestiques

-0,1898 0,0193 ns ns -0,3117 0,0235

Spe13 Services publics 0,3625 0,0406 0,3901 0,0702 0,2963 0,0505

Reg1 Centre -0,1128 0,0327 -0,1086 0,0473 -0,1239 0,0458 Reg2 Languedoc-roussillon 0,2606 0,0343 0,2934 0,0469 0,2677 0,0509 Reg3 Provence-Alpes-Côte- d’Azur 0,1517 0,0205 0,1755 0,0298 0,1395 0,0283 Reg4 Nord 0,1310 0,0251 0,1572 0,0357 0,1577 0,0356

Reg5 Ile de France -0,0978 0,0192 ns ns -0,1489 0,0275

Reg6 Alsace -0,1526 0,0331 -0,1426 0,0471 -0,1958 0,0472

Reg7 Rhône -0,1344 0,0211 -0,1291 0,0291 -0,1248 0,0307

Pseudo R² 0,078 0,072 0,091

Individus 50 004 25 799 24 205

ns: non significatif*“P=0”=accès rapide et durable à l’emploi non-aidé; “P=1”=accès difficile ou instable à l’emploi non aidé Prob(Pi=1)=(Constante+Xiγ) où i sert à indicer les individus,Φ est la fonction de répartition associée à la loi normale centrée réduite et γ est le vecteur de paramètres associés aux caractéristiques X.

Nous avons considéré qu’un jeune i avait rencontré davantage de difficultés dans son accès à l’emploi qu’un autre jeune j lorsque sa probabilité d’être catégorisé dans les trois premiers types de carrières (accès immédiat et durable à l’emploi, accès rapide et durable à l’emploi après le service national, ou décrochage seulement temporaire de l’emploi) tout en accédant à un premier emploi non aidé (hors jobs de vacances) était inférieure à celle de l’autre. La population de référence est la population de l’échantillon salarial dont les caractéristiques sont données dans les annexes 2 et 3.

Les résultats confirment que le niveau de formation est le principal déterminant de la proximité de l’emploi : la probabilité de rencontrer des difficultés diminue de 38 points quand le jeune n’a pas de diplôme (niv8) en comparaison des niveaux de formation les plus hauts (niv1). Les spécialités de formation influencent également considérablement l’accès à l’emploi : la proportion prédite de personnes rencontrant des difficultés est en moyenne de 49,2% dans les humanités (spe3) pour seulement 22,7% en mécanique, électronique et électricité (spe9). L’expérience professionnelle antérieure joue également un rôle, quoique de moindre importance, puisque la même probabilité diminue respectivement de 12,8 et 9,5 points avec l’apprentissage (Exp1) ou un emploi régulier (Exp2) pendant la formation initiale.

La plus grande partie de l’écart n’est cependant pas expliquée par les différences de caractéristiques : 77% de la différence n’est pas attribuable aux variables explicatives. La différence de traitement est relative à des caractérisations spécifiques. Ainsi, la présence d’au moins un enfant (F3) a un effet positif sur les facilités d’accès à l’emploi des hommes et négatif sur celles des femmes. Autre exemple, la spécialisation dans les services personnels et domestiques (spe12) a une effet négatif très important sur l’accès aisé des femmes à l’emploi; cet effet est non significatif sur les hommes. Quand les hommes et les femmes sont traités également, la part des femmes accédant facilement à des emplois augmente de 60,5% à 65,8% tandis que celle des hommes diminue de 73,8% à 68,8% (tableau 4.16).

Tableau 4.16 : proportions réelles et prédites

Hommes Femmes

Proportions réelles Prédites réelles Prédites

P=1 26,19% 31,20% 39,52% 34,18%

P=2 73,81% 68,80% 60,48% 65,81%

Conclusion

Les jeunes femmes sortant de la formation initiale sont plus exposées au risque de chômage que les jeunes hommes. L’idée qu’une part importante de ce risque est liée à des phénomènes de discrimination à l’embauche fondée sur l’appartenance de sexe s’impose d’autant plus que ces jeunes femmes sont plus diplômées et recherchent davantage des emplois que les hommes. On a vu que la mesure des barrières discriminatoires sexuées à l’accès à l’emploi est compliquée par la diversité des statuts et l’instabilité des situations professionnelles. Il est difficile de comparer les actifs occupés entre eux puisqu’on trouve des indépendants et des salariés, des emplois temporaires et des emplois à durée indéterminée. Du côté des actifs occupés, de nombreuses femmes sont des chômeuses potentielles, et du côté des inactifs, elles peuvent souvent être vues comme des « chômeuses de l’ombre ».

C’est cette diversité doublée d’une instabilité qui nous amène à adopter, préalablement à la méthode économétrique de mesure des barrières discriminatoires à l’accès à l’emploi, une démarche descriptive longitudinale sur les situations des jeunes sortants de la formation initiale. Cette démarche vise à identifier les personnes les plus éloignées de l’emploi par l’analyse synthétique de leur parcours trois ans après la sortie de la formation initiale, pour ensuite mesurer l’inégalité de traitement. Que l’on définisse l’éloignement de l’emploi en fonction de la fréquence relative du chômage par rapport à l’emploi ou en fonction des trajectoires professionnelles, les jeunes femmes semblent toujours faire face à des barrières discriminatoires importantes. Sans ces barrières, elles seraient plus souvent dans l’emploi que dans le chômage ainsi que dans des trajectoires rapides et durables d’accès à l’emploi.