3. Bakomliggande teori
3.4 Tre olika betygssystem
Qu’en est-il des prières privées du prêtre, dites à voix basse ? Y a-t-il, comme pour le silence, davantage d’occurrences de secreto dans la troisième édition de la Présentation
générale ? Et si oui, pour quelles raisons ? Six nouvelles occurrences
Il y en a effectivement six de plus, le nombre d’occurrences du mot secreto passant de dix-neuf à vingt-cinq. Le paragraphe qui donne le sens de ces prières à voix basse a été enrichi ; il énumère désormais les moments de la messe où le prêtre prie en son nom propre :
PGMR (1970) 13. Le prêtre ne prie pas seulement comme président, au nom de toute la communauté; il prie aussi parfois en son nom propre, afin d’accomplir son ministère avec attention et piété. Ces prières-là sont prononcées à voix basse (secreto).
PGMR (2002) 33. Le prêtre prie comme président, au nom de l’Église et de la communauté
rassemblée; il prie aussi parfois en son nom propre pour accomplir son ministère avec plus d’attention et piété. Ces prières-là, proposées avant la lecture de l’Evangile, à la préparation des dons, avant et après la Communion du prêtre, sont prononcées à voix basse (secreto
dicuntur).
Les variantes sont pertinentes. Il est rappelé que le prêtre, quand il prie habituellement à haute voix, préside à la prière au nom de tous. Il prie donc « au nom de toute la communauté », et plus encore « au nom de l’Église » toute entière. Les premières éditions pouvaient donner l’impression que seules ces prières privées permettaient au prêtre « d’accomplir son ministère avec attention et piété » ; la troisième édition corrige en précisant que celles-ci lui permettront une plus grande attention et piété.
La nouvelle rubrique précise les trois moments de la célébration où se trouvent ces prières dites secreto ; nous les avons présentées avec la première édition. Nous nous permettons de signaler une petite erreur concernant les prières autour de l’Évangile : elles ne sont pas seulement dites « avant la lecture de l’Evangile » mais également après cette lecture : « Le prêtre baise le livre en disant à voix basse : Per evangelica dicta (Que cet Évangile efface nos péchés) » (PGMR 134).
Une autre erreur se trouve dans cette nouvelle occurrence que nous avons déjà présentée : après la distribution de la communion, « le prêtre et les fidèles, si cela est opportun, prient en silence (secreto orant) pendant un certain temps » (PGMR 88). Cette occurrence n’a donc rien à voir avec les prières privées du prêtre, qu’il dit à voix basse, mais
371 Missale Romanum (2002), p. 313 : “Sacerdos et diaconus, si adest, vestibus coloris rubri sicut ad Missam
induti, sub silentio ad altare accedunt et, facta reverentia altari, in faciem procumbunt, vel, pro opportunitate, in genua se prosternunt, et […] in silentio aliquamdiu orant. Omnes alii in genua se prosternunt”.
renvoie au temps de silence, après la communion, qui est respecté par tous, prêtre et fidèles. Dès lors, il ne nous semble pas judicieux d’utiliser l’expression secreto pour qualifier ce temps de prière silencieuse, et on a bien fait de traduire « prient en silence » dans la version en langue française.
Les prières de présentation du pain et du vin sont dites à voix basse
Il y a deux nouvelles occurrences qui concernent la présentation du pain et du vin. Les trois autres n’apportent rien de nouveau ; elles sont plutôt des améliorations des rubriques372.
Au cours de la préparation des dons, il était écrit que le prêtre élevait la patène au- dessus de l’autel, « en disant la formule qui accompagne ce geste », et de même pour le vin (PGMR (1970) 102-103). La troisième édition ajoute l’expression secreto, ces prières sont dites à voix basse :
PGMR 141. Le prêtre, à l’autel, reçoit la patène avec le pain, et il la tient des deux mains un peu élevée au-dessus de l’autel, en disant à voix basse (secreto) : Benedictus es, Domine (Tu es
béni). Ensuite, il dépose la patène avec le pain sur le corporal.
PGMR 142. Revenu au milieu de l’autel, il élève un peu le calice qu’il tient des deux mains, en disant à voix basse (secreto) : Benedictus es, Domine (Tu es béni).
Ainsi, selon la PGMR de 1970, ces prières étaient dites habituellement à haute voix, tandis que dans celle de 2002, la forme habituelle373 est de dire ces prières à voix basse, mais le prêtre peut décider de les dire à haute voix quand il n’y a pas de chant ni de jeu d’orgue, comme le précise la PGMR dans ce paragraphe ajouté :
PGMR 142. S’il n’y a pas de chant d’offertoire ou si l’on ne joue pas de l’orgue, le prêtre
peut, en présentant le pain et le vin, dire à haute voix les formules de bénédiction et chaque fois le peuple répond : Benedictus Deus in saecula (Béni soit Dieu).
En fait, la PGMR se met simplement en conformité avec le Missel dont la première édition indiquait déjà que le prêtre disait ces prières à voix basse, et pouvait les dire à haute voix s’il n’y avait pas de chant d’offertoire :
MR (1974), p. [13]. Le prêtre, à l’autel, reçoit la patène avec le pain, et il la tient un peu élevée au- dessus de l’autel, en disant à voix basse : Tu es béni, Dieu de l’univers [...]
S’il n’y a pas de chant d’offertoire, le prêtre peut dire ces paroles à haute voix ; à la fin, le peuple
peut dire l’acclamation : Béni soit Dieu, maintenant et toujours [...]
Ensuite, le prêtre prend le calice, et il le tient un peu élevé au-dessus de l’autel, en disant à voix basse : Tu es béni, Dieu de l’univers [...]
372 Ainsi aux n° 158 et 268, on a ajouté que le prêtre disait également « à voix basse » : « Que le Sang du Christ
me garde pour la vie éternelle », ce qui n’avait pas été précisé dans les premières éditions. La dernière occurrence est due à un paragraphe ajouté au n° 175 pour les messes présidées par l’évêque : après avoir vénéré l’Évangile en disant à voix basse : « Que cet Évangile efface mes péchés », l’évêque peut bénir l’assemblée avec l’Évangéliaire.
373 „Auch für die Gebete, die der Zelebrant zur Erhebung der Gaben bei der Gabenbereitung spricht, wird in der
IGMR der leise Vollzug deutlich als die eigentliche Form zum Ausdruck gebracht; dieser ist nicht nur
angebracht, wenn die Gläubigen währenddessen ein Lied singen, sondern auch, wenn nur begleitende Instrumentalmusik erklingt“ (J. NEBEL, Die Editio tipica tertia des Missale Romanum : eine Untersuchung ober
S’il n’y a pas de chant d’offertoire, le prêtre peut dire ces paroles à haute voix ; à la fin, le peuple
peut dire l’acclamation : Béni soit Dieu, maintenant et toujours !
Ceci correspond bien à la pratique liturgique : quand l’orgue joue pendant la présentation des dons, ou que la chorale chante, le prêtre n’a pas d’autres possibilités que de dire les prières de présentation des dons à voix basse. Autrement, comme dans les messes en semaine, il a le choix de les dire à voix haute ou à voix basse.
Dans ce cas, il est légitime de se demander s’il est bon que ces prières de présentation des dons, qui ne sont pas des prières de dévotion comme celles dites à voix basse avant la communion, soient dites secreto alors que les fidèles sont invités à s’unir pleinement à l’offrande du Christ. Elles peuvent certes laisser aux fidèles une plage de silence pour une prière d’offrande personnelle. Mais est-il judicieux de dire à voix basse, secreto, une prière qui concerne toute la communauté ? Cela ne va d’ailleurs pas dans le sens de la réforme liturgique, qui a fait évoluer « l’offertoire » vers une « préparation des dons » impliquant davantage l’assemblée, qui est appelée à répondre par l’acclamation : « Béni soit Dieu maintenant et toujours374 ». Dans cette même logique, les deux prières suivantes dites à voix basse : « Comme cette eau…, puissions-nous être unis… » et « Humbles et pauvres, nous te supplions… » ne sont pas non plus des prières de dévotion personnelle du prêtre, contrairement à la troisième, « Lave-moi de mes fautes… », où le prêtre parle cette fois-ci à la première personne du singulier. Il me semble que l’on devrait garder la forme secreto uniquement pour les prières où le prêtre « prie en son nom propre » (cf. PGMR 33) et dire, quand cela est possible, les autres prières qui concernent toute l’assemblée à voix haute375.
Cela dit, si le prêtre choisit de dire les prières à voix basse alors qu’il n’y a pas de chant ni d’orgue, il y a alors un temps de silence où les fidèles sont invités à s’unir au prêtre qui présente le « fruit de la terre et du travail des hommes », et donc à offrir leur travail et toute leur vie avec l’offrande du Christ. Ils sont bien sûr invités à le faire aussi quand l’orgue joue, la chorale chante ou le prêtre prononce les paroles à haute voix. Mais quand les gestes
374 Cf. E. L
ODI, Partecipazione attiva o concelebrazione dei fedeli alla Messa?, pour qui la préparation des dons est justement l’un des éléments qui permet à tous de sentir « concélébrants ». Concernant l’acclamation de l’assemblée, il ajoute : “L’acclamazione prevista nel nuovo formulario contribuisce a dare a questo atto uno slancio e un’elevatezza degni delle benedizioni bibliche da cui esso trae la sua matrice. Per il resto, notiamo che le simplificazione degli altri riti offertoriali ha il pregio di mettere in maggior rilievo questa associazione dei fedeli all’offerta sacrificale: è già qualcosa di più da parte dei fideli attori, che il semplice ruolo di spettatori alla ripetizione della Cena del Signore” (p. 140).
375 Adrien Nocent, qui fût moine de l’Abbaye de Maredsous, estimait également que ces prières, comme celles
qui précèdent la communion, devraient être dites à haute voix, en ajoutant l’argument suivant : il avait été pris comme décision, au début de la réforme de la liturgie que les prières qui étaient imposées seraient dites à haute voix, ou alors qu’elles inspireraient la pensée du célébrant, sans qu’il doive s’en tenir au texte lui-même. Il conclut : « il est normal que les fidèles entendent et participent par leur silence à ce qui se prie » (A. NOCENT, Le
du prêtre et l’offrande des fidèles s’accomplissent dans le silence, celui-ci est un silence de prière et de participation active, pleinement liturgique.
Conclusion
L’étude approfondie des différentes éditions du Missel romain nous a montré tout d’abord que les rubriques de la messe issue du concile de Trente ne prévoyaient aucun arrêt, encore moins de pause de silence, excepté lors du memento des vivants et celui des défunts au cours du Canon. La pratique de fléchir le genou (Flectamus genua, Levate) avant l’oraison atteste qu’il devait y avoir autrefois un temps de prière en silence qui a disparu au fil des siècles, le Levate devant suivre sine mora surgens, sans délai. Les rubriques indiquent uniquement ce que le prêtre doit faire ou dire et ne se soucient pas d’insérer des pauses ou des temps de silence. Les fidèles, de leur côté, pouvaient avoir l’impression de nombreux moments de silence, surtout lors des messes lues, tout simplement parce que la plupart des prières étaient dites à voix basse. Ce silence-là n’était pas vraiment une action liturgique mais plutôt un état de fait, imposé à une assemblée qui n’avait pas réellement part à l’action liturgique.
Les réformes de la Vigile pascale (1951) et de la Semaine Sainte (1955) opérées par Pie XII et le Nouveau code des rubriques (1960) promulgué par Jean XXIII apportent un premier changement en ce qui concerne le silence avec le rétablissement d’un temps de prière en silence pendant que tous fléchissent le genou quand le Flectamus genua est prescrit. Le Missel provisoire de 1965 étendra cette possibilité de faire une pause à toutes les messes. Nous avons aussi constaté que le silence est désormais mentionné dans le Nouveau code des
rubriques et dans le Missale Romanum de 1962, notamment dans les célébrations du Triduum pascal.
L’étude du Missel de Paul VI nous a clairement montré que le silence fait désormais pleinement partie de la liturgie de l’Eucharistie, selon la demande du Concile (SC 30). La
Présentation générale du Missel romain y consacre un paragraphe entier et mentionne ensuite
que l’on doit ou que l’on peut observer un temps de silence à certains moments de la messe, comme l’acte pénitentiel, l’oraison ou après la communion. Le silence est alors observé par tous, prêtre comme fidèles, et devient à proprement parler une action liturgique accomplie par tous.
Au fil des décennies, on a pris encore davantage conscience de l’importance du silence dans la messe, et plus particulièrement dans la liturgie de la Parole, comme en témoigne la troisième édition de la PGMR, promulguée par Jean-Paul II, qui consacre un paragraphe au
silence dans la liturgie de la Parole. Nous avions évoqué, dans notre premier chapitre, la complémentarité, la « polarité intrinsèque et constitutive376 » entre le silence et la parole. La
Présentation générale du Lectionnaire romain comme celle du Missel romain reconnaissent
que des courts moments de silence contribuent à une bonne réception de la Parole, permettent d’éviter toute forme de précipitation, favorisent la méditation, offrent un espace où chacun peut répondre dans la prière et contribuent à ce que la liturgie de la Parole soit un véritable dialogue entre Dieu et les hommes, avec l’aide de l’Esprit-Saint377.
Comment les autres rituels de la messe et les documents officiels de la liturgie intègrent l’invitation à observer un silence sacré en son temps (cf. SC 30) ? C’est ce que nous allons étudier dans les prochains chapitres.
376
Cf. supra, 1.3.1.