Del 2: Instituttenes funksjoner i dagens system
4.2 Bemanning og inntekter
4.2.3 SINTEF hovedorganisasjon som case-studie
L’Abitibi-Témiscamingue, intégrée à la province du Québec en 189886, reste un lieu isolé et difficile d’accès jusqu’à la création de voies ferroviaires. Plusieurs travaux historiques s’intéressent au développement de ce territoire où Jonas de mémoire place son intrigue. Dirigée par Odette Vincent et publiée en 1995, l’Histoire de l’Abitibi- Témiscamingue retrace le développement et le peuplement de la région par les nations amérindiennes qui y habitent jusqu’à l’époque contemporaine. Le texte soulève plusieurs éléments qui font écho au portrait que Jonas de mémoire dresse de l’Abitibi et, plus particulièrement, de Val-d’Or. En effet, le cosmopolitisme de la ville minière est mis de l’avant dans les deux textes. Dans Histoire de l’Abitibi-Témiscamingue, Vincent précise que beaucoup d’immigrants contribuent au peuplement des villes minières ; venus principalement de l’Europe centrale et de l’Europe orientale, ils arrivent en deux vagues, entrecoupées par celle de Canadiens français. La fin de la Seconde Guerre mondiale marque une affluence accrue qui crée une diversité ethnique manifeste :
Puis, à la fin des années 1940, plusieurs milliers d’immigrants arrivent d’Europe […] consolidant les différents groupes ethniques déjà implantés dans les villes minières. La population de la zone minière est donc très cosmopolite, contrairement à celle de l’Abitibi-Témiscamingue où les Canadiens français sont très fortement majoritaires. Les Canadiens anglais et les immigrants européens sont en effet très nombreux dans les villes minières.87
L’ouvrage insiste sur « un paysage extrêmement diversifié, formé de petites communautés divisées par les allégeances idéologiques, religieuses et linguistiques » (HAT, 323) et mentionne la présence de familles juives sans entrer dans les détails. Selon
86 Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain : De la
Confédération à la crise (1867-1929), Sillery, Boréal express, 1979, p.18.
87 Odette Vincent (dir.), op.cit., p.312. Abrégé dans cette partie du mémoire en HAT suivi du numéro de
Vincent, la religion catholique reste dominante dans la région. L’auteure rappelle que les juifs, communauté active mais restreinte, sont majoritairement installés dans les villes minières et propriétaires de commerces. Les premières familles arrivées en 1924 et 1925 s’installent à Rouyn et sont suivies par « l’arrivée du rabbin Katz, au début des années 1930 et [par] la construction d’une première synagogue » (HAT, 339). Vincent souligne le parallèle socioculturel entre les villes de Rouyn et de Val-d’Or qui se sont développées de manière similaire, mais il paraît manifeste que le roman de Cliche éclaire un aspect moins connu de l’histoire et du lieu. Val-d’Or, qui obtient son statut de ville en 1937, ressemble à Rouyn. Son peuplement est rapide et sa croissance désordonnée. C’est une grande ville commerciale animée et populeuse. Cette description de la ville n’est pas étrangère au roman de Cliche.
Les ouvrages historiques plus généraux, comme celui de Pierre-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain, n’abordent pas la présence de communautés ethniques diversifiées en Abitibi-Témiscamingue. Les deux volumes mentionnent la région isolée, mais n’insistent pas sur sa modernité comme le fait Jonas de mémoire ou l’ouvrage de Vincent. Histoire du Québec contemporain s’intéresse plutôt à ses industries minières, agricoles et forestières. En ce qui concerne la communauté juive, l’ouvrage évoque son immigration, mais seulement sur l’île de Montréal où se trouvent quatre cinquièmes de la population en 193188 : « La communauté juive québécoise, concentrée à Montréal, connaît une légère baisse de ses effectifs entre
1961 et 1981. Cette situation […] résulte du vieillissement général, accentué par le départ des plus jeunes.89 » Le texte précise :
Les Québécois d’origine juive. Même s’ils se définissent d’abord par une religion commune, les Juifs forment, aux yeux des recenseurs canadiens, un groupe ethnique, malgré la diversité de leurs pays d’origine. Présents depuis longtemps au Québec mais arrivés en nombre significatif au tournant du siècle, ils étaient jusqu’en 1960 le principal groupe d’origine autre que française ou britannique. Par leurs hommes d’affaires, leurs syndicalistes, leurs savants et leurs intellectuels, les Juifs ont joué et jouent encore un rôle important dans l’histoire du Québec. Leur concentration à Montréal leur permet d’être présents sur la scène politique, tant municipale que provinciale ou fédérale.90
Canada-Québec : Synthèse historique 1534-2010 de Jacques Lacoursière, Jean Provencher et Denis Vaugeois ainsi que Brève histoire socio-économique du Québec de John A. Dickinson et Brian Young relèvent tous deux que Montréal accueille cette collectivité aux alentours de 1760. Le premier ouvrage précise que la première synagogue du Canada est construite en 1768 à Montréal 91; le second livre, que beaucoup de Juifs ont immigré au début du XXe siècle dans la ville92. Jonas de mémoire révèle donc le passé moins connu d’un territoire, les ouvrages historiques faisant peu ou pas état de la diversité culturelle, sociale, religieuse, ethnique et linguistique de l’Abitibi- Témiscamingue.
89 Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain : Le
Québec depuis 1930, Sillery, Boréal express, 1986, p.590.
90 Ibid., p.539.
91 Jacques Lacoursière, Jean Provencher et Denis Vaugeois, Canada-Québec : Synthèse historique 1534-
2010, Québec, Septentrion, 2011, p.269.