CHAPTER 5 – RESULTS
5.1 PRELIMINARY EVIDENCE …
Les objectifs spécifiques de cette intervention ne représentent pas, par ailleurs, un objet de consensus dans la littérature archivistique contemporaine. Duranti (1994, p. 329) et Craig (2004, p. 51) confirment que le premier objectif de cette fonction est d’identifier les documents qui seront conservés de façon permanente et soulignent la centralité de l’objectif de servir les finalités de la fonction d’acquisition.
Juger de la valeur des documents pour en déterminer les délais de conservation et le sort final, pour Couture (1998), est l’objectif immédiat de l’évaluation. En plus de son but général et ultime de constituer le patrimoine documentaire, cette intervention archivistique devrait aboutir avant tout à l’élaboration d’un instrument de gestion où l’on pourrait consigner les décisions concernant les délais de conservation et le sort final des documents.
Pour Booms (2001-2002, p. 13), il s’agit essentiellement de réduire les masses documentaires des institutions, des personnes morales et physiques et des événements publics importants d’une société pendant une période donnée en un matériel pertinent du point de vue de preuve scientifique à l’appui de la recherche historique. Il importe de noter, ici, que servir l’historien n’est pas une finalité en tant que telle, mais il s’agit plutôt de servir une autre finalité qui est la constitution de la mémoire ou l’histoire d’une société. Menne-Haritz (1994) rejette cette idée et la qualifie de trop ambitieuse, voire irréaliste. Elle rappelle que la visée principale de l’évaluation consiste essentiellement à fournir des preuves permettant de représenter l’image de l’organisme producteur des documents, plutôt que de la société. L’auteure explique :
A representative image, not of society, but the actual competencies and tasks of the records creating agency, shown by its written evidence, makes the necessary contexts accessible and hence the informational content understandable. That is way redundancy must be weeded out. That is way evidence is an aim, not a tool for archival appraisal (p. 124).
Craig (2004) rapporte que Cook (1992b) et Eastwood (2002b) s’entendent sur le fait que le processus d’évaluation des archives vise avant tout à servir des citoyens dans un contexte de société démocratique, en offrant une documentation qui rend compte des activités de l’administration publique.
We preserve what works for us in our society. Therefore, the real question at hand, for me, is how do we orient ourselves to determine from among the vast volume of records produced in modern, technologically adept society those that will serve the continuing interests of citizens of a democracy.[…] Appraisal of archival documents in a democratic society must somehow serve the need of citizens to know how they ruled themselves, on the one hand, and to allow them to build understanding of their place in the communities to which they consider themselves to belong, including of course the national community. On the one hand, retrospective understanding of how people in a democratic society have ruled themselves is essential to the health of any democracy devoted to individual rights. On the other hand, retrospective understanding of cultural communities in the kind of pluralistic society virtually every country in the world is becoming is similarly essential to those communities sense of recognition and worth in the larger democratic society that institutionalizes protection of individual rights (Eastwood, 2002b, p. 66).
Une fois ouvertes à la communication publique, ces archives définitives rendront compte non seulement des activités de diverses institutions gouvernementales, mais encore du positionnement de chacune de celles-ci dans la société. En ce sens, Eastwood ajoute:
I purposefully say that citizen’s need to know how they have ruled themselves, for it is the essence of democracy that elected officials and their subordinates act in the name of the people, and ultimately all citizen’s need to come to terms with their complicity in past actions of their government, to judge the past and make those judgments part of their outlook on current and future actions (2002b, p. 66).
Iacovino (1998), archiviste et universitaire australienne, précise que :
Eastwood explored his notion of archives as arsenals of democratic accountability and continuity with reference to three classic ideas on the
value of archives which can also be used to characterise the phases in the development of archival institutions, that is archives as arsenals of history, administration and law; concepts which attempt to simplify the complex interaction these disciplines have played in the evolution of archival institutions and in the uses to which archival records have been put over the centuries8.
Samuels (1986, 1992) souligne que l’objectif de l’évaluation devrait être orienté davantage vers l’identification des fonctions majeures sociétales (l’éducation, la santé, recherche, etc.), qui une fois documentées, refléteront l’image globale d’une société.
Conclusion
Malgré leurs différences, ces points de vue s’avèrent complémentaires. La fonction d’évaluation vise, à choisir les archives qui feront l’objet d’acquisition (Craig, 2004; Duranti, 1994) ou de conservation et à documenter ainsi toutes les dimensions d’une société, soit ses diverses fonctions (Samuels, 1986), ses institutions (Cook, 1992a, 1992b; Eastwood, 2002b; Couture, 1999), ses valeurs et son ordre social spécifiques (Booms, 1987, 2001-2002). Ces auteurs s’entendent également sur le fait que la fonction d’évaluation est régie par des principes fondamentaux, éléments que nous approfondissons dans la section suivante.