2. OMTALE AV OMRÅDET
2.2. V EGETASJON OG BEITE
2.2.2 Områdevis beitevurdering
Au début du présent chapitre, nous faisions état de la multiplicité de définitions et de rôles attribués à la médiation sociale. Nous constatons une multiplicité d’usages de la médiation. Dès lors, la recension des écrits révèle que la prolifération des concepts de « médiation sociale » et de « médiateur » exige de délimiter ce processus et ce rôle (Ben Mrad, 2002; Faget, 1997; Guillaume-Hofnung 2000 et 2011; Kressel et Pruitt, 1985; Lemaire et Poitras, 2004; Le Roy, 1995; Milburn, 2002; Petitclerc, 2002 et 2011; Six et Mussaud, 2002; Stébé, 2005). Dans la même veine, Petitclerc et Taché indiquent :
« L’utilisation massive de la référence à une telle notion a contribué à créer un grand flou […]Loin […] de limiter son rôle à la gestion des conflits, le médiateur social participe à la prévention. Là encore, une clarification s’impose, au vu du caractère fourre-tout que revêt ce concept aujourd’hui. » (Petitclerc, 2011 : 93)
« On a le sentiment que les mots médiateur et médiation, désignant tour à tour et quelquefois en même temps une personne ou une chose, peuvent caractériser à peu près toutes les situations sociales. » (Taché, 2005 : 73)
À ce sujet, Faget affirme que la définition du rôle du médiateur est reliée au territoire d’action; l’importance c’est de couvrir un territoire33 afin d’y installer une présence de proximité là où les institutions ou les professions sont absentes (Faget, 2010). De cette façon, on privilégie une présence de proximité en dépit d’une rigoureuse définition de la pratique de médiation et du rôle du médiateur. Faget observe : « Dans le public, la plus grande confusion règne. Elle est entretenue par la labellisation aléatoire de certaines activités de régulation des conflits dictée plus par des effets de mode que par un souci conceptuel. » (Faget, 2010 : 25)
Dans le même ordre d’idées, Six et Mussaud et Guillaume-Hofnung révèlent :
« Le terme de médiateur étant à la mode et valorisant pour celui à qui on l’attribue, les pouvoirs publics n’ont pas résisté à la tentation de l’utiliser pour donner de l’attrait à un certain nombre de fonctions fourre-tout, mal définies. » (Six et Mussaud, 2002 : 295)
« Le recours au mot (médiation), sans respect de sa substance, nourrit le développement en trompe-l’œil. Le terme se répand, mais pas toujours la médiation. L’engouement vibrionnaire pour le mot et la captation de son image plus que son développement réel… » (Guillaume-Hofnung, 2011 : 7) En conséquence, « Il en résulte une certaine confusion qui a conduit les fédérations nationales à demander que le terme médiation ne soit plus utilisé pour ce type de fonctions. » (Milburn, 2002 : 31).
Tandis que pour certains auteurs, comme Guillaume-Hofnung, la précision théorique et conceptuelle de la médiation sociale semble pressante34, d’autres statuent l’hétérogénéité des pratiques35 comme la principale difficulté que présente la médiation sociale :
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Sur cet aspect, Petitclerc révèle : « Inscrire la fonction de médiation dans un territoire, bien plus qu’un choix de techniques opératoires, s’avère être un véritable choix politique, car il s’agit en fait d’une manière d’envisager et de transformer les rapports sociaux. On se trouve complètement immiscé dans le champ du politique » (Petitclerc, 2011:79).
34
« La médiation a une réputation de concept flou qui ne lui est pas imputable mais qui lui a été imputée. Le primat de l’urgence de la pratique a conduit à négliger l’essentiel, l’urgence théorique. » (Guillaume-Hofnung dans Six et Mussaud, 2002:68).
« … une complexification de la médiation sociale qui nous incite à penser que le concept de médiation sociale n’est pas flou, pour reprendre une formule chère à Bonafé-Schmitt (2002); ce sont davantage les usages et les modalités d’application qui le sont » (Jaccoud 2009 : 13).
« La médiation renvoie de fait, tel qu’elle est utilisée aujourd’hui, à des réalités et des pratiques diverses, faiblement codifiées-nécessitant d’ailleurs des réflexions complémentaires sur les cadres déontologiques d’exercice et régies par des logiques de différentes natures. » (C.Brévan et P.Picard dans Petitclerc, 2011 : 75)
Ainsi, pour ces auteurs, l’hétérogénéité des pratiques constitue l’un des principaux défis de cette médiation.
Nous pensons que l’utilisation de la notion de médiation sociale comme « passe-partout » provoque un vide conceptuel où une grande disparité de pratiques est susceptible d’être considérée comme faisant partie de la médiation sociale; les bornes deviennent vagues. Pareillement, le rôle du médiateur est de plus en plus multiple et diffus : celui-ci remplit des fonctions imprécises de sécurisation, de maintien de l’ordre; il surveille les espaces verts, les écoles, les transports. (Faget, 2005 et 2010; Gautier-Etié et Schwartz, 2003; Six et Mussaud, 2002).
Cette hétérogénéité de la médiation sociale nous incite, en paraphrasant Garland36, à lui attribuer un diagnostic de « schizoïde » en raison de son émiettement. Kressel et Pruitt (1985) illustrent cet émiettement de la médiation sociale comme des « îles » pour lesquelles la construction de « ponts » s’impose. Ainsi, pour améliorer le pronostic, il s’avère nécessaire de bien circonscrire le cadre théorique, mais aussi les pratiques, pour éviter que cette médiation soit utilisée par une disparité de fins contraires à ses principes. De plus, il est important, dans ce travail d’élucidation, d’élargir les recherches empiriques.
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Rappelons que ce type de médiation s’est développé empiriquement : « La médiation sociale s’est construite d’une manière empirique […] et tient pour une large part à la connaissance du terrain et des “usages” du quartier… » (Petitclerc, 2011:84).
36
Garland, D. (1998). Les contradictions de la « société punitive » : le cas britannique, Actes de la Recherche en Sciences sociales, 124 : 49-67.
En effet, nous constatons qu’il y a une quantité succincte d’études sur les pratiques de médiation sociale, surtout au Québec où, comme nous l’avons mentionné pendant cette recension, les évaluations de ce type de médiation se restreignent à quelques projets dont la plupart portent sur l’efficacité ou sur l’implantation. Les résultats de ces études s’accordent à signaler la complexité de la médiation urbaine (diversité d’acteurs, difficultés d’implantation et d’évaluation des projets, hétérogénéité de finalités, etc.).
D’ailleurs, les études sur la perspective des participants par rapport aux processus de médiation urbaine, sur leur vision, sont rares. D’où la pertinence de notre recherche pour essayer d’apporter un éclaircissement tant au niveau théorique qu’empirique afin d’améliorer les pratiques.
Pour conclure, ces multiples attributions de la médiation urbaine dévoilent la complexité caractéristique de celle-ci et constituent tout un défi d’élucidation théorique et empirique pour notre démarche37.
Face à ce caractère hétéroclite de la médiation sociale que nous venons d’aborder dans ce chapitre, nous nous demandons quelle est la particularité de cette médiation à Montréal. Quel est le « visage » prépondérant de la médiation urbaine au sein de l’EMU? En d’autres termes, est-ce que les participants des cercles de résolution de conflits considèrent ces derniers comme une pratique alternative, qui incite la participation citoyenne et la communication, ou les voient-ils plutôt comme un mécanisme de contrôle de la municipalité montréalaise? Quels sont leurs points de vue sur le processus? Quelle facette décrite ci-dessus caractérise la médiation dans cette équipe? Ou s’agit-il plutôt d’un autre visage, encore méconnu? L’EMU, est-il objet de cooptation ou d’« isomorphisme » institutionnel? Est-ce que son partenariat avec une instance gouvernementale contribue à sa survie, ou constitue plutôt un désavantage? Est-ce que les objectifs des cercles de résolution de l’EMU sont réalistes, ou bien sont-ils trop prétentieux? Quels sont les effets du processus ? Quels sont les points forts et les points faibles de celui-ci?
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En relation à ce défi, J.Faget mentionne : « En fin, la polysémie du terme médiation ne facilite pas la tâche de l’analyste » (Faget, 2010:25).
À travers notre démarche, nous tenterons de répondre à ces questions, mais aussi à celles qui émergeront lors de notre parcours sur le terrain.