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New Ecological Paradigm (NEP) og motivasjon

2. Metode

3.5 New Ecological Paradigm (NEP) og motivasjon

A l’époque où nous avons commencé ce travail avec Rabah, il avait environ la quarantaine (nous étions dans le vague concernant son âge car même lui ne savait pas quand il était né). Rabah vit à Bir El Haffey depuis une quinzaine d’années. Il est venu s’installer dans cette commune pour des raisons professionnelles. Il a exercé une multitude de fonctions mais sa source principale de revenu est son métier de maçon. D’ailleurs il dirige souvent les travaux et les hommes qui les exécutent.

avec eux jusqu’au coucher du soleil. En rentrant, il trouva sa mère dans tous ses états. Elle commença à le frapper, frapper, frapper, en hurlant, jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive que son fils avait succombé sous ses coups. Alors elle sanglota, cria, tira ses cheveux, se griffa le visage jusqu’à ce qu’elle se transforme en grande chouette noire. Elle survola le petit village où elle habitait en criant “tamis ! tamis !”, en arabe, “ghirbāl ! ghirbāl !” comme les chouettes. Alors les femmes de la région prirent peur et dressèrent des tamis à leur fenêtre à chaque fois qu’elles entendaient ces cris. Elles avaient peur de voir leurs enfants tués par cette chouette. Jusqu’à maintenant, en Tunisie, elles répètent les mêmes gestes lorsqu’elles entendent le cri d’une chouette. »

La chatte de cendre, toujours selon Belgacem :

« En général, les chats et chattes brunes, couleur de cendre, on dit que ce sont des chats possédés par des esprits, soit maléfiques, soit bénéfiques. Ils ne sont maléfiques que quand les chats sont offensés. Un jour, j’entendis parler d’un habitant de la région qui avait un chat brun. Ce chat s’approcha de lui pour lui prendre un morceau de viande ou de pain. Le monsieur le frappa avec un bâton avec une grande violence. Le chat agonisa, hurla puis mourut. Alors à la grande surprise de tous, le monsieur, au mieux de parler, miaula. A partir de ce jour il faiblissait. Le chat mort, cet homme ne pouvait plus parler. Il ne pouvait que miauler et faire des gestes de la main. Après quelques jours, il décéda à son tour. J’ai connu cet homme. A Bir El Haffey on évite de frapper les chats bruns car on devient malade sur le coup. Ça fait partie de l’éducation d’un enfant que de lui apprendre à ne pas frapper les chats couleur de cendre. D’après les hadith, une femme est entrée en enfer à cause de la maltraitance d’un chat. On dit aussi que c’est dangereux pour une femme de rester assise à côté d’une chatte brune car la chatte peut se transformer en une méchante fée et se venger pour le mal qu’elle a subi. Ça me rappelle aussi le conte de cendrillon, la chatte qui aida cendrillon. »

Rabah est le docteur d’une importante population de la famille des Akrimi, principalement de notre famille proche. Il perpétue l’enseignement et la mission de ses aïeux. Le terme employé pour le désigner est celui de mabrūk, parfois celui de ‘arrāf1. Mabrūk2 signifie « une personne douée de haute moralité et bénie ». ‘Arrāf désigne le medicine-man, le devin, la personne qui devine. Les qualités qu’on attribue à l’‘arrāf sont souvent moins prestigieuses que celles du

mabrūk. Les personnes qui qualifient Rabah voguent entre ces deux termes, et ce, en fonction

du prestige qu’ils lui attribuent. Parfois, nous le verrons, des personnes n’hésiterons pas à l’appeler sāhir 3

, sorcier, ou même charlatan (musha‘widh). Cependant, Rabah peut se vanter d’être issu d’une lignée peu commune. Rabah dit descendre de Othman ben Affen, le premier notable mekkois converti à l’islam et troisième calife musulman )644-656). Othman ben Affen fut préféré au gendre et neveu du prophète, prénommé Ali, pour succéder au premier calife Omar. Il rentra également en conflit avec la femme préférée du prophète, Aisha. Selon la légende, il fut assassiné par un de ses frères alors qu’il était concentré sur la lecture du Coran.

Rabah possède un exemplaire de la généalogie de sa famille, généalogie entreposée dans la

zāwiya4

de Fériana. Cette généalogie remonte encore plus en amont. Nous pouvons citer en ce qui concerne ses ancêtres les plus illustres, Qoreish, le fondateur de la tribu du prophète Mohamed ; Ismaël, le père des arabes ; Abraham, le père des croyants ; Noé et Adam. Cet héritage doit être des plus lourds à porter mais paraît symboliquement des plus merveilleux. Cette généalogie que le lecteur arabophone trouvera en annexe comporte 81 générations et ne possède qu’un seul blanc.

La famille de Rabah, les Tlill, est éparpillée dans tout le maghreb. Rabah nous dira que son ancêtre a traversé successivement l’Irak, l’Egypte pour arriver au Maroc, berceau de la terre maraboutique. Cet ancêtre, en arrivant sur la terre de l’actuelle Algérie, posa la main sur la porte du sultan qui régnait dans cette contrée. Sa main laissa une empreinte. Le sultan fut réveillé. Il demanda à son serviteur d’où provenait ce bruit. Le serviteur lui répondit qu’il s’agissait d’une personne qui venait le visiter. Cette anecdote est à l’origine de la fondation du nom Algérie. Algérie se dit en arabe al-Djazā’ir, celui qui vient vous visiter.

1

En arabe dialectal de la région : ‘arrāf pour un homme et ‘arrāfa pour une femme.

2 En arabe dialectal de la région : mabrūk pour un homme et mabrūka pour une femme.

3 Sāhir, forme littéraire pour un homme. En arabe dialectal de la région : sahhār pour un homme, sahhāra pour

une femme.

L’empreinte laissée sur la porte était celle de la baraka. Cet ancêtre quitta l’Algérie pour s’établir à Fériana, le berceau de la famille de Rabah, le plus haut lieu du maraboutisme tunisien1, ville située dans le gouvernorat de Kasserine. Cet ancêtre vint enseigner le Coran aux populations locales. Sa descendance garda son esprit nomade et partit convertir les populations environnantes. Une partie de la famille des awlād Tlill se dirigea vers le pays de Bir El Haffey dominé par les awlād Akrim, famille de pasteurs belliqueux qui les repoussa vers Bir Idriss, pays situé à une trentaine kilomètres de Bir El Haffey. La famille des Akrimi continua à jouir de l’eau et des terres de Bir El Haffey. Cette confrontation n’est pas la seule qui mit en relation les deux grandes familles. Cependant, en remontant plus en amont dans le temps, des unions plus amicales, à savoir matrimoniales, auraient eu lieu.

Le grand-père de Rabah, puis son père, devinrent des personnes très sollicitées par la population de Bir El Haffey. Le grand-père de Rabah, Tahar ben Barket2, était sourcier et radiesthésiste. Grâce à sa baraka, il montra l’emplacement de cent un puits d’eau. Notre propre grand-père, que nous n’avons pas connu, eut recours au service du grand-père de Rabah car il avait un berger qui avait disparu, en laissant les moutons à l’abandon :

Rabah _ Alors on venu chez ben Barket pour lui dire : « où se trouve ce berger là ? où est-il ? est-ce qu’il est mort ou il est vivant ? » Alors Tahar Ben Barket dit à quelqu’un : « il y a un car qui va passer à Bir El Haffey, arrêtez l’autobus, il y a un carton sur le toit de l’autobus, alors faîtes descendre le carton. » Alors quand il fait descendre le carton, qu’est-ce qu’il trouve ? Il trouve le berger.

Rabah possède également un père très réputé dans le domaine et très connu à Bir El Haffey même s’il n’y a jamais vécu. C’est de ce père qu’il semble avoir appris le plus :

Ethn _ Qu’as-tu appris de ton père ?

Rabah _ Mon père m’a appris beaucoup de choses. La meilleure chose c’est le chemin de Dieu. Le bon chemin.

1 Avant de me rendre sur le terrain je rencontrais un diplomate tunisien qui me précisa que toute recherche sur la

baraka doit être menée à Fériana. Or le territoire de Fériana est le berceau des Tlill. D’ailleurs nous rappelons au lecteur qu’Ali Baba na, le gardien du sanctuaire de Jédi Ali de Douwara dont nous avons parlé dans la partie précédente, appartient à cette famille.

2 Rabah est le fils de Toumi Tlilli. Son grand-père se nomme Tahar, son arrière grand-père Barket. D’après les

nomenclatures arabes qui désignent la personne en fonction de ses ascendants, Rabah se nomme : Rabah ben Toumi ben Tahar ben Barket, en ce qui concerne les générations les plus proches.

Ethn _ Qu’est-ce que le chemin de Dieu ?

Rabah _ D’être le plus près possible de Dieu. D’être encouragé, d’avoir la main d’aide de Dieu. D’être un homme respecté par les autres. A cause de mon travail avec le bon Dieu. D’être valable dans tout ce qu’on rencontre. Etre cultivé. Pour que les autres nous respectent il faut qu’on respecte nous-même.

Ethn _ Qu’est-ce qu’il faisait ton père ?

Rabah _ Mon père est chez moi en ce moment. Il fait que du bien. La meilleure chose qu’il fait c’est qu’il se débarrasse de toutes choses méchantes. Il aime tout le monde de la même façon. Pour lui tout le monde est pareil.

Ethn _ C’est un docteur?

Rabah _ Dans ce moment il est magnifique docteur. Même les chirurgiens le connaissent et le respectent. Tant de docteurs envoient les gens chez lui. Pour les soigner, les guérir.

Ethn _ Il guérit quel genre de maladie ?

Rabah _ Presque la plus dure des maladies il peut la guérir. Des types de cancer. Il a des choses isolantes contre les maladies qui se déplacent. D’un homme à un autre. En touchant quelqu’un avec sa peau, sa salive, en étudiant le Coran, il guérit. Il guérit les insolations et c’est ça mon travail aussi. J’ai appris beaucoup de lui. Il m’a ordonné de faire tout ce qu’il a fait dans sa vie.