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Après avoir esquissé rapidement les deux motivations principales des disciples de Cemalnur Sargut pour s’engager dans une voie soufie, à savoir la quête spirituelle personnelle et la

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Cette déclaration provient d’une discussion informelle que j’ai eue avec Ipek le 12.06.2005, c’est pourquoi la formulation diffère un peu de celle qu’on trouve dans l’entretien tel qu’il a été reproduit dans l’encadré.

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recherche de relations humaines de qualité, j’aimerais me pencher sur la question suivante: Qu’est-ce qui rend la mürşid particulièrement attractive pour des personnes cultivées des classes moyenne et supérieure d’Istanbul?

Dichotomie fondatrice de la Turquie moderne

Le groupe de Cemalnur Sargut se caractérise par le fait que la majorité de ses membres ont reçu une éducation laïque et européanisée. Elles et ils appartiennent pour la plupart à l’élite socio-économique du pays et ont donc parfaitement intégré le discours turc dominant sur la religion et la modernité qui a accompagné la création de la République par Atatürk ("le père des Turcs") en 1923. Ce discours repose sur une opposition qui distingue d’un côté ce qui est considéré comme civilisé, moderne, laïque et de culture européenne et de l’autre côté ce qui est arriéré, lié au passé ottoman et à l’islam. Pour l’élite moderniste kémaliste, la société turque devait se débarrasser de ses particularités culturelles et surtout islamiques afin d’atteindre le niveau de la civilisation occidentale (Göle, 1990, p. 168). En d’autres termes, de ce point de vue, pour être moderne, il faut s’éloigner de son héritage musulman.

Les femmes occupent une place particulière dans cette idéologie. Comme Nilüfer Göle l’a montré, elles sont au cœur de l’interrogation identitaire qui accompagne l’appropriation turque de la modernité. L’apparition des femmes turques dans l’espace public et la mixité des sexes sont la pierre de touche de cette occidentalisation volontaire lancée par Atatürk. De ce point de vue, l’irruption des femmes voilées dans l’espace public au début des années 1980 semble menacer l’émancipation féminine acquise par l’engagement radical dans la voie de la laïcité (Göle, 2003). Dans le discours dominant, la femme voilée est construite comme l’"autre", la figure opposée de la femme moderne turque et laïque (Saktanber, 1994).

Ce discours s’attaquant particulièrement aux femmes voilées repose sur la peur, qu’il alimente en même temps, que la Turquie ne devienne comme l’Iran si on ne protège pas l’Etat laïc. Yaël Navaro-Yashin (2002) a étudié le conflit entre les tenants de la laïcité et les islamistes en Turquie, en particulier la vision que les personnes laïques avaient de la "menace islamiste". L’auteure parle de “tales of nightmare” lorsqu’elle fait le récit des rumeurs qui circulaient parmi la frange laïque de la population stambouliote au lendemain de la victoire surprise du Parti de la Prospérité (islamistes modérés) aux élections municipales de 1994.

Les hommes et les femmes qui sont les sujets de cette étude ont été élevé·e·s comme des citoyen·ne·s de la Turquie moderne et sont tout à fait acquis·es aux idées kémalistes sur lesquelles celle-ci a été fondée. On trouve de nombreuses occurrences dans les entretiens qui

montrent qu’ils et elles ont encore aujourd’hui tendance à opposer les termes de modernité/civilisation et islam/voile:

Ma mère est très religieuse. Elle est moderne mais elle fait les prières rituelles, le ramadan. (Meryem, 25.06.2007, c’est moi qui souligne)

Cette femme était une femme moderne, qui portait des décolletés, et ensuite elle s’est voilée. (Ayşe, 29.09.2006)

On constate ici qu’Ayşe considérait son amie comme moderne uniquement tant qu’elle ne se voilait pas. Ou, dans la phrase que nous avons déjà citée:

Ma mère était tellement civilisée, elle me disait d’enlever mon pull pour que ma peau voie le soleil. Mais cela ne veut pas dire que nous n’étions pas religieux. (Emine, 16.04.2006)

Emine présente sa mère comme très civilisée (la civilisation étant ici définie par le fait qu’elle encourage sa fille à montrer ses bras nus) et du coup, elle se sent obligée de préciser que ceci ne veut pas dire qu’elle n’était pas religieuse.

Or, lorsque ces personnes ont ressenti, à un moment donné dans leur vie, le besoin de se tourner vers la religion, elles se trouvaient dans une situation difficile car elles n’étaient pas prêtes à abandonner leurs idéaux laïques profondément enracinés, ni à s’aliéner leur milieu social partageant une vision du monde qui associe l’islam à ce qui est considéré comme fondamentalement non moderne, voire anti-moderne. Ainsi, certains membres ont cherché la réponse en expérimentant d’autres religions car il leur était impossible de concevoir l’islam comme quelque chose de positif (voir le récit de Rıza, Intinéraire spirituel 6).

D’autres ont essayé de se tourner vers l’islam mais se trouvaient confronté·e·s à de grandes difficultés, car ils et elles n’arrivaient pas à s’identifier avec cette religion telle qu’elle est enseignée dans les mosquées:

Je n’avais aucune interrogation au sujet de ma foi, j’avais toujours une foi très forte, par la grâce de Dieu. J’ai toujours su que toutes les belles choses venaient de Lui. Donc, je n’étais pas dans une telle recherche. Le seul point où j’avais un doute, c’est que je me disais: "Je veux vivre cette religion, mais si c’est cela, je ne pourrai pas le faire." (Ipek, 21.09.2006)

Ces personnes se sont trouvées prises dans une lutte pour faire se rejoindre les deux opposés d’une dichotomie qu’elles ont profondément intégrée.

Or, c’est précisément ce que Cemalnur Sargut leur apporte: une manière de se définir comme musulman·e qui puisse cohabiter avec leurs idéaux laïques. La guide incarne une forme d’islam que l’on peut accepter sans basculer dans la catégorie de l’"autre"77. Les hommes et les femmes du cercle de Cemalnur Sargut peuvent à la fois utiliser les catégories mentales du

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Je fais ici référence au titre de l’article de Ayşe Saktanber "Becoming the ‘Other’ as a Muslim in Turkey" dans lequel elle explique à quel point vivre en tant que femme voilée dans la Turquie laïque contemporaine peut être une expérience stressante (Saktanber, 1994).

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discours dominant et affirmer qu’ils ou elles sont musulman·e·s et modernes en même temps (contrairement aux "autres", comme nous le verrons plus bas).

Tiens, il est possible de lier les deux…

L’ouverture que l’existence d’un groupe tel que celui de Cemalnur Sargut représente pour ces personnes dont l’horizon religieux est bouché par une image de l’islam comme incompatible avec la modernité est illustrée par la surprise que les disciples ont dit avoir ressentie lors de leur première rencontre avec son cercle:

Le récit d’Ipek (itinéraire 2) montre qu’elle se rend à la réunion solidement armée de ses préjugés envers l’islam. Le fait de découvrir qu’il est possible d’être musulmane et ne pas correspondre à son stéréotype est un choc tel qu’elle va s’engager dans cette voie corps et âme. On remarquera que ce qui distingue les femmes qu’elles rencontrent de son stéréotype est qu’elles sont bien habillées "selon le monde actuel moderne" (donc non voilées) et qu’elles ont l’air sympathique ou heureux. Hatice a vécu la même expérience:

Tu m’as dit qu’au premier sohbet où tu es allé, cela t’a paru assez bizarre, pourquoi?

Parce que j’avais une image en tête des groupements religieux, par exemple que les femmes ne parlent pas avec les hommes, leurs habits. En Turquie, on a aussi cette idée que les personnes religieuses ne sont souvent pas très éduquées. Quand je suis allée à cette réunion, j’ai vu des personnes très modernes, la manière dont elles étaient coiffées, habillées, elles étaient toutes très cultivées. Cela ne correspondait pas du tout au modèle que j’avais en tête. (Hatice, 01.08.2007)

Là aussi, Hatice lie la modernité en premier lieu à l’apparence, au fait d’être bien coiffée (donc pas voilée) ce à quoi elle ajoute l’éducation. Lale quant à elle était inquiète pour sa mère après l’adhésion de cette dernière au groupe mais elle aura la surprise de voir que tout n’est pas comme elle s’y attendait (itinéraire 5):"Tiens, elles sont un peu différentes" se dira-t- elle à leur première rencontre. Lale ne nous dit pas en quoi cette différence consiste mais ces citations montrent bien la découverte que représente pour ces trois femmes l’existence d’un groupe de musulmanes qui correspondent à leur conception de la modernité.

Musulmanes et modernes

Cette formule fait bien sûr penser au titre de la version française du livre de Nilüfer Göle, Musulmanes et modernes. Voile et civilisation en Turquie (2003). Je fais pourtant référence ici à une autre manière d’être à la fois musulman·e et moderne que celle présentée dans cet ouvrage. Contrairement aux étudiantes islamistes78 étudiées par la sociologue turque, qui se situent à l’extérieur du discours de la modernité tel qu’il est articulé par l’idéologie kémaliste

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Voici la manière dont Göle définit son utilisation de ce terme: "‘islamiste’ renvoie ici à l’appartenance des acteurs à une mouvance islamiste. Le terme à la fois indique une certaine forme de revendication, donc de militantisme, et souligne la différence avec l’islam traditionnel." (1990, p. 191)

et cherchent à définir une modernité alternative, les disciples de Cemalnur Sargut continuent à se situer à l’intérieur de ce discours et en reprennent la définition de la modernité à leur compte. Les étudiantes islamistes, plutôt que de choisir d’être assimilées à la modernité sur le mode occidental, veulent reconstruire leur identité par leur différence et par la raison de leur stigmatisation, la foi islamique. Elles revendiquent en particulier le droit de se voiler et de porter ce symbole de leur foi dans l’espace public, y compris dans les forteresses de la modernité que sont les universités et le parlement.

Photo 10, Cemalnur Sargut et ses disciples en train de chanter des chants religieux.

Les disciples de Cemalnur Sargut, et en particulier les femmes, bien loin de revendiquer une différence ou d’assumer une stigmatisation, ont au contraire le souci de maintenir leur place parmi l’élite socio-économique. Pour ce faire, elles doivent projeter une image d’elles qui légitime leur place du côté moderne et laïque de cette opposition. Dans la suite de ce chapitre, je vais analyser les éléments se trouvant dans les entretiens, en particulier dans les passages décrivant leurs itinéraires spirituels et les réactions de leur famille à leur affiliation, qui témoignent de cet effort pour se définir en tant que personne vivant l’islam d’une manière qui ne représente pas une menace pour la laïcité turque.

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Définition par opposition aux "fanatiques"

Dans le discours des disciples de Cemalnur Sargut, tout comme dans le discours kémaliste, l’autre est représenté par celles et ceux qu’ils et elles appellent "taassup", les "fanatiques". Pour s’aménager une place acceptable sur l’échiquier politico-religieux turc, les membres de la branche de la Rifāʿiyya créée par Kenan Rifai doivent se démarquer d’autres manières d’être musulman·e:

Nous défendons une méthode qui n’est en tout cas pas fanatique (taassup) mais qui ne quitte pas le Coran. Nous sommes exactement sur la voie droite (tr. sırat, ar. ṣirāt), solidement religieux et religieuses (dindar) mais très éloigné·e· s du fanatisme (taassup). (Cemalnur Sargut, réunion à l’association79, 01.08.2007)

Elles et ils rejettent le danger attaché à l’islam dans son entier dans le discours moderniste à certaines formes d’islam dont elles se distancient. Dans cette vision, les "taassup" se caractérisent par le fait qu’ils et elles sont attaché·e·s uniquement à la forme de la religion (şekilci), qu’ils et elles appliquent certaines règles sans essayer d’en comprendre le sens profond. La guide exprime souvent sa différence avec ces personnes dont elle estime qu’elles restent au niveau de la forme en utilisant la métaphore des fausses perles, comme l’explique une des disciples:

Ils (elles) ont posé des questions à Cemalnur en Allemagne en lui disant que le groupe ne ressemblait pas aux autres musulman·e·s. Elle a répondu que lorsqu’on ne peut pas se payer des vrais perles, on en achète des fausses. Nous les respectons aussi, mais tout le monde ne peut pas avoir la force de mettre en pratique ceci avec son essence. C’est une chance de pouvoir se trouver parmi les personnes qui peuvent en apprendre l’essence, d’être née à un endroit où on peut le mettre en pratique. Si j’étais née dans un village de fanatiques (mutaassip), je ne pourrais pas me comporter différemment des autres villageois. Nous essayons de mettre en pratique non la forme mais l’essence. (Ayşe, 11.09.2007)

Lorsque Cemalnur parle des pratiques du groupe avant l’interdiction des tarikat, elle définit la tekke de Kenan Rifai comme moderne (comme si le simple fait que ce soit une tekke devait me faire douter de son côté moderne) et par opposition aux "fanatiques":

Sa tekke était très moderne et civilisée parce qu’il n’y avait pas de taassup (fanatisme). Et les personnes qui étaient formées à la tekke, des personnes de la haute société venaient, l’étaient en tant qu’alim (savant·e, ar. ʿālim). Alors que ceux qui sortaient de la medrese étaient mutaassıp (fanatiques), ceux qui sortaient de la tekke étaient alim. (Cemalnur Sargut, 29.09.2006)

Les disciples de Cemalnur Sargut considèrent qu’elles et ils représentent un islam çağdaş (contemporain, moderne) par opposition aux “fanatiques” qui sont encore aux prises avec une religion d’un autre temps. Comme le remarque Navaro-Yashin, le terme çağdaş comprend aussi en turc la signification de civilisé. Être contemporain, appartenir à son époque, c’est à la fois être moderne et civilisé. C’est dans ce cadre-là qu’il faut comprendre la recherche de

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Il s’agit d’une réunion organisée pour entamer une réflexion sur des nouvelles stratégies de recherche de fonds. J’ai pu enregistrer cette réunion, ce qui me permet de citer les paroles de la guide mots-à-mots.

Derya d’une personne capable de lui montrer un islam du XXème siècle (cf Itinéraire 1). Elle cherche un groupe pratiquant un islam qui corresponde à ses valeurs modernistes et laïques. Lorsque les disciples de Cemalnur ont annoncé leur affiliation à leur famille, ils et elles ont souvent rencontré une grande méfiance, de la peur, voire un certain rejet. Dans leur récit, la peur de leurs proches est toujours liée à l’image des confréries dans les médias, où celles-ci sont souvent présentées comme une menace à l’ordre républicain laïc. Il est intéressant de constater qu'il est rare que les disciples de Cemalnur défendent les confréries contre les médias. Ils et elles auraient plutôt tendance à comprendre leurs proches et à partager leurs idées, tout en essayant de leur faire comprendre que toutes les confréries ne sont pas ainsi. Voici ce qu'Ayşe et Fatoş racontent à propos des réactions de leurs familles:

Je suis allée à Izmir pour expliquer cela [mon affiliation au groupe] à mes parents. Au début, ils ont dit non en raison des fausses choses qu’ils ont lues dans les médias. D’ailleurs, je ne sais même pas si c’est tout faux, en tous cas, ils ont lu des choses qui font peur. (Ayşe, 29.09.2006)

Mon ex-mari me disait de faire attention, parce qu’il voyait des choses à la télévision. Moi, je lui expliquais tout ce qui se passait. On ne montre que les mauvais groupes. (Fatoş 05.10.2005)

Il y a un point sur lequel le discours des disciples de Cemalnur Sargut se distingue du discours dominant. Tandis que ce dernier a tendance à mettre soufis, confrérie, cheikh, mürşid tous dans le même panier et à les considérer comme la forme la plus arriérée et la plus dangereuse de l’islam, Cemalnur Sargut défend au contraire la position que le soufisme, sous sa forme moderne et "académique" telle qu’elle la pratique, est le meilleur moyen de lutter contre les fanatiques:

Il y a un point très important dans nos activités, qui peut nous servir d’idée de base: nous mettons en place une méthode qui vainc les fanatiques (taassuba yenen) mais sans quitter la voie spirituelle du Coran. (Cemalnur Sargut, réunion à l’association, 01.08.2007)

Le but de Cemalnur est donc, loin de manœuvrer son groupe dans une marginalité opposée à une modernité de type occidental, de se profiler sur la scène turque comme la meilleure voie possible pour les individus et pour la société en accord avec les idéaux kémalistes.

Renouer avec la spécificité turque

Le but de Cemalnur est aussi de mettre en avant une certaine spécificité turque80. Selon elle, le soufisme fait profondément partie de leur héritage et il faut le mettre en valeur et y puiser pour trouver la vraie voie du bonheur. Elle critique le fait que des jeunes Turcs se tournent

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Dans ce sens, elle rejoint le courant de la synthèse turco-islamique, qui met l'accent à la fois sur le passé propre aux Turcs d'une part et sur l'islam d'autre part, dont le principal inspirateur a été Ibrahim Kafesoğlu, l’un des grands chantres de la « culture nationale » dans les années 1960 et 1970 (Copeaux, 1997).

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vers la méditation, vers des spiritualités venues d’Inde, alors qu’ils ou elles ont tout ce qu’il faut dans leur propre héritage. Elle considère d’ailleurs le travail qu’elle fait pour transmettre les enseignements de Rūmī comme une manière d’honorer son pays81.

Certain·e·s disciples ont exprimé leur engagement dans la voie soufie comme un retour à leurs racines turques après une éducation européanisée:

Pour les personnes qui ont été éduquées comme moi dans des collèges étrangers, elles viennent de familles qui sont fans de l’Occident. Ces personnes ont très peu de liens avec la turquicité, le patriotisme et la religion. (Derya, 20.07.2006)

Le récit de Mahir, qui suit, illustre ce point à merveille, en particulier le passage où il explique la révélation que fut pour lui la découverte des écrits de Kenan Rifai. Le point qui rend cette découverte si merveilleuse pour lui est que cet homme était un Turc.

Itinéraire spirituel 7, Mahir, né en 1967, cinéaste, marié

Je suis né à Ankara, un 5 octobre. Nous sommes partis pour l’Angleterre et avons vécu une année là-bas puis avons passé aux Etats-Unis. Nous sommes restés aux Etats-Unis jusqu’à ce que j’aie 4 ans. Mon père a terminé son doctorat là-bas. Quand nous sommes revenus, ma mère et mon père ont commencé à travailler à l’université à Ankara. Ma mère comme enseignante d’anglais et mon père comme ingénieur électricien. Quand j’avais 8 ans, mes parents se sont séparés. J’ai fait mes écoles à Ankara, j’ai étudié dans un lycée francophone. A 16 ans, quand nous sommes venus à Istanbul, j’ai été transféré au lycée francophone de Galatasaray. La seule personne que j’ai connue dans mon enfance qui avait un lien avec la religion était la mère de ma grand-mère maternelle que j’ai connu jusqu’à 5 ans. Il y avait une petite prière qu’elle récitait à mon oreille et essayait de me faire apprendre par cœur. A sa mort, je n’ai plus eu aucun lien avec la religion, personne dans ma famille, ni même mes grands-parents du côté paternel, ne faisait les prières rituelles. Une autre chose intéressante, mon grand-père était franc-maçon, donc de nouveau aucun lien avec la religion. Je suis né dans une famille très laïque et liée à Atatürk (atatürkçü). Mais mon père était très à gauche, proche des communistes, c’est pourquoi j’ai commencé à lire des livres de gauche très jeune. On écoutait essentiellement de la musique classique occidentale à la maison, mon père adorait ça, lui-même jouait du violon. C’était une famille et une éducation occidentale, dans la lignée