Suite à l’analyse des pièces écrites, les informations recueillies ont été codifiées et analysées à l’aide du logiciel Statistical Package for the Social Sciences (SPSS). Diverses stratégies d’analyses ont été utilisées afin d’atteindre chacun des trois objectifs spécifiques de cette thèse. Dans un premier temps, des statistiques descriptives ont été utilisées afin d’atteindre de nos deux premiers objectifs de recherche, soit de décrire le cheminement judiciaire des incidents commis en contexte conjugal ainsi que les principales caractéristiques de ce type d’incidents. Dans un deuxième temps, des régressions logistiques ont été utilisées afin d’identifier les principaux facteurs associés aux décisions prises par les intervenants judiciaires en contexte conjugal. La régression logistique est utile pour prédire l’occurrence d’un événement, dans le cas qui nous intéresse la probabilité qu’un type de décision soit prise, et pour comprendre les relations entre une variable dépendante et plusieurs variables indépendantes. Plus précisément, l’analyse de régression logistique permet de prédire une variable dépendante dichotomique à l’aide d’un modèle composé de variables continues ou dichotomiques. La régression logistique permet également d’estimer la proportion de la variance expliquée par l’ensemble du modèle et de quantifier la force de l’association entre chaque variable indépendante et la variable dépendante en tenant compte de l’effet des autres variables intégrées dans le modèle.
L’interprétation des résultats obtenus en régression logistique s’effectue en plusieurs étapes. Tout d’abord, la signification du modèle indique si l’ensemble des variables indépendantes qui composent le modèle permet de prédire la variable dépendante. Ensuite, le R2, qui indique
la proportion de variance expliquée de la variable dépendante par l’ensemble des variables indépendantes, et le pourcentage de bonne classification mesurent la force d’association du modèle. Le coefficient Wald, quant à lui, nous permet d’identifier les variables indépendantes qui permettent, de manière individuelle, de prédire la variable indépendante. Toutes les variables indépendantes ayant un coefficient Wald significatif sont des variables utiles à la prédiction de la variable dépendante. Finalement, le rapport de cote (Exp(B)) permet de comparer le poids relatif de chacune des variables indépendantes et, ainsi, d’identifier les meilleures variables explicatives. La valeur de ce coefficient indique également le sens de la relation : un rapport de cote supérieur à 1 indique une relation positive alors qu’un rapport de cote inférieur à 1 indique une relation négative.
Chapitre 3
Le cheminement judiciaire des incidents commis en
contexte conjugal
Le cheminement judiciaire des incidents commis en contexte conjugal se pose comme un élément important de la présente étude. En effet, avant d’identifier les principaux critères associés aux décisions des intervenants judiciaires, encore faut-il prendre connaissances des décisions prises par ces derniers aux diverses étapes du processus judiciaire. Ce chapitre vise l’atteinte du premier objectif spécifique de cette étude, soit de décrire le cheminement des incidents commis en contexte conjugal à travers le processus judiciaire. Tel que vu dans le chapitre 1, le système de justice peut être considéré comme une série de points de décisions déclenchée par le signalement d’un incident. Bien que de nombreuses décisions effectuées par divers intervenants déterminent le cheminement judiciaire d’un incident, cette étude s’intéresse principalement à cinq d’entre elles, soit l’identification d’un crime, l’arrestation, le dépôt d’une demande d’intenter des procédures (DIP) par les policiers, l’approbation de la DIP par le procureur et le verdict. Ces diverses décisions sont représentées à la figure 2.
La figure 2 consiste en une illustration simplifiée de la séquence «type» du cheminement d’un incident au sein du système judiciaire. Il importe de préciser que les décisions relatives au type de cour ainsi qu’à la sentence ne feront l’objet d’aucune analyse plus poussée dans cette étude, et ce, malgré le fait que celles-ci soient représentées dans cette figure et discutées dans ce chapitre. Pour cette raison, ces décisions sont représentées en gris dans la figure 2. Concernant les cinq décisions principalement analysées dans cette étude, certaines explications sont également nécessaires à la compréhension de cette figure. D’une part, les décisions représentées en rouge concernent les décisions qui mettent fin au cheminement judiciaire de l’incident alors que celles représentées en vert sont liées à la poursuite de celui- ci. À ce propos, il importe de noter que l’arrestation peut être qualifiée de décision auxiliaire, c’est-à-dire que cette décision n’influence pas directement la poursuite du cheminement judiciaire de l’incident contrairement aux autres décisions analysées dans le cadre de cette étude. Par exemple, les incidents qui n’engendrent aucune arrestation peuvent tout de même mener au dépôt d’une DIP par les policiers. D’autre part, chacune des décisions à l’étude fut dichotomisée. Ainsi, bien que trois modalités soient représentées au niveau du verdict, cette décision ne comporte que deux modalités au niveau des analyses effectuées dans les chapitres subséquents : le suspect peut être déclaré coupable ou faire l’objet d’un autre type de décision (acquittement, arrêt des procédures, etc.).
La figure 2 démontre que les décisions analysées dans cette étude recouvrent une partie importante du cheminement judiciaire : de l’intervention policière initiale au prononcé du verdict. L'un des avantages de l'étude réside dans le fait qu'elle analyse le cheminement judiciaire de mêmes incidents. Dans ce chapitre, chacune de ces cinq décisions sera d'abord analysée de manière individuelle afin de décrire le cheminement judiciaire des incidents commis en contexte conjugal de notre échantillon. Par la suite, ces résultats feront l’objet d’une synthèse et d’une discussion.