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View of Espaces et identités transformés / transformants: L’entre-deux dans Fī l-Ṭufūla de ʿAbd al-Maǧīd Ben Ǧallūn

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Academic year: 2022

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ISSN 0806-198X

Espaces et identités transformés / transformants:

L’entre-deux dans Fī l-Ṭufūla de ʿAbd al-Maǧīd Ben Ǧallūn L

AURENCE

D

ENOOZ

(Université de Lorraine)

Résumé

Au croisement de la sémiotique des passions de Greimas et Baroni, de la théorie de la configuration appliquée par Paul Ricœur à la temporalité et de l’écogenèse territoriale de Claude Raffestin, l’analyse narratologique de Fī l-ṭufūla vise à démontrer que l’espace dans lequel s’inscrivent les souvenirs du narrateur est un acteur de la construction identitaire du petit protagoniste entre deux cultures et, réciproquement, subit l’action de reconfiguration et de recomposition mise en œuvre par les souvenirs des sentiments qu’ils évoquent encore en l’adulte qu’il est devenu.

Mots-clés : Sémiotique des passions, théorie de la configuration, écogenèse territorial, Fī l-ṭufūla

Abstract

Based on the semiotics of passions (Greimas and Baroni), the theory of configuration (Paul Ricœur) and territorial ecogonenesis (Claude Raffestin), the narratological analysis of Fī l-ṭufūla strives to demonstrate that the space of memories of narrator is an actor in the identity construction of the protagonist between two cultures and, conversely, undergoes the action of reconfiguration and recomposition implemented by the memory of the feelings of the protagonist.

Key words: Semiotics of passions, Configuration theory, Territorial ecogenesis, Fī l-ṭufūla

Par sa vocation représentationnelle, la fiction littéraire décrit différents espaces – entendus dans leurs divers aspects, tantôt géographique, territorial, imaginaire, culturel, anthropo- logique, psychologique, affectif, tantôt même multidimensionnel… Lieu d’ancrage essentiel à toute action, l’espace suscite divers sentiments et émotions, impressions, conceptions et représentations et nécessite la mise en œuvre de stratégies d’appropriation ou de rejet qui participent à la perception de Soi et de l’Autre. Réciproquement, les émotions et tensions affectives participent à la transformation de la perception qu’a de l’espace un individu ou une société et à la reconfiguration de la représentation qu’il s’en fait et qu’il en donne.

Intéressant à plus d’un point de vue, le roman Fī l-ṭufūla de ʿAbd al-Maǧīd Ben Ǧallūn illustre ce double phénomène d’espace à la fois transformant l’identité et transformé par la

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composante identitaire. D’une rive à l’autre, d’un continent à l’autre, d’une culture à l’autre, l’espace du roman est un entre-deux qui, n’ayant ni existence réelle ni a fortiori matérialité et tangibilité, est une construction évolutive de l’esprit, fondée sur des réminiscences d’émotions authentiques, imaginées ou transformées.

Autofiction dans laquelle un enfant d’origine marocaine fait le récit de ses propres découvertes des milieux dans lesquels il vit, d’abord à Manchester puis à Marrakech, Fī l- ṭufūla accorde en effet à l’espace un rôle essentiel, quasi équivalent à celui de protagoniste.

Tout à la fois transformé/déformé/informé par les sentiments qu’il inspire au jeune narrateur et transformant/déformant/informant l’enfant, l’espace fait l’objet, tout au long du récit, d’un processus constant de territorialisation, déterritorialisation et reterritorialisation.

Sans doute l’enfance de ʿAbd al-Maǧīd Ben Ǧallūn entre le Maroc et la Grande-Bretagne l’a-t-elle amené, consciemment ou non, à s’interroger sur les relations entre l’identité individuelle, la culture collective et l’espace. Comme le héros de son roman, l’auteur, né à Casablanca (1919-1981), a quitté le Maroc avant l’âge d’un an et a vécu, jusqu’à l’âge de 8 ans, à Manchester. En Angleterre, il avait noué de forts liens d’amitié avec une fratrie d’émigrés grecs, orphelins de mère. Lui-même souffrit, très jeune, d’un double deuil, ceux de sa mère et, peu de temps après, de sa petite sœur Aïcha. Revenu à Fès, dans sa famille marocaine, après le décès de sa mère, il compare les modes de vie britannique et marocain, en portant une attention particulière à la description des espaces qui revêtent, selon les circonstances, des significations diverses.

Au croisement de la sémiotique des passions de Greimas et Baroni, de la théorie de la configuration appliquée par Paul Ricœur à la temporalité et de l’écogenèse territoriale de Claude Raffestin, l’analyse narratologique de Fī l-ṭufūla vise à démontrer, d’une part, que l’espace dans lequel s’inscrivent les souvenirs du narrateur est un acteur de la construction identitaire du petit protagoniste entre deux cultures et, d’autre part, que, réciproquement, il subit une double action de configuration et de reconfiguration, mise en œuvre par les souvenirs des émotions qu’ils évoquent encore en l’adulte qu’il est devenu. Le processus de configuration est mis en scène par le narrateur de Fī l-ṭufūla qui, faisant le récit de son entrée à l’école à Manchester, a lui-même la prescience que l’influence réciproque des passions et de l’espace ouvre la voie à d’infinies possibilités de reterritorialisations de l’espace :

ةايلحا باب سفن وه ةسردلما باب ناك ةدودمح ةقيض تناك تيايح نإف ،

تناكو ،

عقاولا نم ةدمتسم تناك امم رثكأ يسفن نم ةدمتسم اهروص ةبتع تزتجا املف .

ةسردلما باب ىرخأ روص في ةايلحا لي تحلا ،

سوردلا لضفب كلذ نكي لمو .

، . راهنلا نم يرصق يرغ اءزج اهيف يضقأ تحبصأ تيلا ةئيبلا لضفب ناك هن كلو

(p. 30) La porte de l’école était identique à la porte de la vie. Ma vie était étroite et bordée de limites. Ses représentations étaient issues de moi-même, plus que de la réalité. Mais, passé le seuil de la porte de l’école, j’ai constaté que ma vie revêtait d’autres représentations. Cela n’était pas tant dû aux leçons qu’à

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Page | 165 l’atmosphère dans laquelle je passais désormais une bonne partie de la

journée. (trad. pers.)

Espace mémoriel, espace (re)configuré par les passions

Dès les premières phrases du récit, le narrateur annonce son projet autobiographique : retourner le plus loin possible dans ses souvenirs et faire de chacune de ses réminiscences une double description, émotionnelle et visuelle. Les émotions (al-ʿāṭifa) du narrateur non seulement guident la sélection des récits mémoriels mais, surtout, priment sur l’exactitude du souvenir. Le narrateur laisse entendre, dès les premiers souvenirs, que l’essentiel réside dans les sensations ressenties par l’individu, sensations qui peuvent ainsi altérer l’authenticité du souvenir, implicitement réduit au statut de rêve (ḥulm) flou et nébuleux (ġāmiḍ), et sa conformité à la réalité.

ةايلحا في تعرش فيك عبطلاب ركذتأ نأ عيطتسأ لا

]...[

عم تردنحا املك نينإ

ملح نم قافتسا يذلا لثم ،ضماغ لماع لىإ ةياهنلا في ثداولحا بي تضفأ يضالما قيفتسي نأ لبق هيسن ،

ةرطيسم تناك تيلا ةفطاعلا ركذت نم نايسنلا اذه هعنيم لا

لا هنأ نم مغرلاب ،اًئينه وأ اًجعزم ناك مللحا نإ لوقي نأ عيطتسي وهف ،هءانثا هيلع نم ركذتي اًئيش ه في يسفن ىلع ةرطيسم تناك انهأب رعشأ داكأ تيلا ةفطاعلا امأ .

ينلحا كلذ علطتلاو فولخاو بارغتسلاا نم مهبم جيزم يهف ،

.

]...[

هذه نكلو

تايركذلا ةرئاد في لخدت لا اًضيأ ةلحرلما ءاضيبلا رادلا ةنيدم في تدلو نينإ ليق .

رهشأ ةعضب ةنيدلما كلت في تيضق ثم ر ثم ،

لىإ يمأ يعارذ ينب رحبلا تبك

اترلكنإ .

]...[

ترسشنم ةنيدم في ةرم لولأ ةايلحا تفرع دقو سيل اًتقو نأ دب لاو ،

رم دق يرصقلاب روصلا نازتخا في تيركاذ ئدتبت نأ لبق

تيلا ةيمدقلا لىولأا روصلاو .

ديلا عباصأ ىلع دعت ةليلق يسفن في ابه ظفتحأ .

(p. 2)

Il m’est évidemment impossible de me souvenir comment j’ai commencé ma vie. […] Chaque fois que je remonte dans le passé, je finis par atteindre un monde nébuleux, comme un homme réveillé de son rêve, oublié avant même son réveil, mais que cet oubli n’empêche pas de se rappeler l’émotion qu’il en avait ressentie. Même sans rien s’en rappeler, il peut dire si le rêve était agréable ou désagréable. L’émotion que je peux encore presque ressentir et qui me dominait entièrement à l’époque est un vague mélange de surprise, de peur et d’intuition. […] Mais cette phase non plus n’entre pas dans le cercle de mes souvenirs. […] Il paraît que je suis né à Casablanca, que j’y ai passé quelques mois, puis que j’ai embarqué vers l’Angleterre, encore dans les bras de ma mère. […] J’ai alors connu pour la première fois Manchester, mais il va de soi qu’il a fallu quelque temps avant que ma mémoire ne commence à stocker les images. Les plus anciennes images que j’ai conservées à l’esprit peuvent se compter sur les doigts d’une main. (trad. pers.)

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Même minutieuse à la façon d’une photographie, la description redéfinit l’espace, le représentant non pas dans sa concrétude et dans sa réalité, mais dans une reconstruction subjective et transformatrice, en fonction des détails choisis et mis en avant, et au gré des sentiments qu’ils continuent de susciter dans la mémoire du narrateur.

Le premier souvenir d’Angleterre est celui de la maison familiale, décrite sur un mode essentiellement subjectif et affectif : ce sont les souvenirs des émotions qui orientent le choix des détails de l’espace mis en récit par le narrateur.

ةيربك ةقيدح تناك ،مابهلإاو ضومغلا هب طييح يمدق لزنم في انأ اذإف نييع تحتف تو ،ةذفانلا نم اهيلع تفرشأ ام ايرثك هفلخ عقت اهديح ةيرغص ةقيدح همامأ عق

ةباوب لىإ يضفي يرصق ىشمم اهقتريخو عراشلاو لزنلما ينب موقي ليوط يديدح زجاح مخض فرغلاو ءابهلأا يربك ،راودأ ةثلاث نم فلأتي تيبلا ناك .ديدح نم ةيلاع نكي لمو .ادبأ هيلإ نئمطأ لا نيلعتج فاصولأا هذه تناكو .جاجزلا نولم ذفاونلا لخا ةقيدحلل راجشأب يهتنت ،تاتابنلا ةيشحو تناك كلذلو ،ي،اتسب ةيربكلا ةيفل

يريج ابلك وأ ا ره رخلآ نآ نم ىرأ تنكو .سفنلا في امهبم ًابعر ثعبت ةمخض هذه نع يسفن تلأس ام ايرثكو .يفتيخو زجالحا قوف زفقي ثم ،باشعلأا للاخ امو ،ناسنلإا لكش في تسيل يهف كلذ عمو كرحتت تيلا ءايشلأا اًّره نأ ركذأ لازأ

نأب نييقي في داز اممو . يلع ىمغي داك تىح تخرصف ،موي تاذ نيهماد ةمالها ميظع ذفاونلا تناكو .انهودراطي اوناك لزنلما لهأ نأ ةريرش تاقولمخ تاقولخلما هذه ةنيزلحا ةنوللما ءاوضلألو اهتماخضل قلقلا يسفن في يرثت نوللما جاجزلا تاذ ةمخضلا ت تناك تيلا كلذ نواعت دقف ،دبرلا ةدشو جولثلاو بابضلا اذه لىإ فضأ ،اهنم ذفن

.يسفن في بعرلا لصأت تىح ،زجاعلا ليايخ ةراثإ ىلع هلك

(p. 3)

J’ai ouvert les yeux : je me trouvais dans une demeure ancienne, aux contours imprécis et flous. Il y avait à l’arrière un grand parc, que je regardais souvent à travers la fenêtre, et à l’avant un petit jardin, ceint d’une longue palissade en fer séparant la maison de la rue. On y accédait par un étroit passage qui menait un haut portique en fer. La maison était composée de trois étages, de vastes pièces et de grandes baies vitrées. En dépit de ces descriptions, je n’y ai jamais ressenti de sérénité. Il n’y avait pas de jardinier pour le grand jardin à l’arrière, si bien qu’il était envahi de plantes sauvages, finissant en énormes arbres qui emplissaient l’âme de terreur et d’effroi. De temps en temps, je voyais un chaton ou un chien qui courait dans les herbes, puis sautait par- dessus la barrière et disparaissait. Je me suis souvent interrogé sur ces choses qui se mouvaient, et qui pourtant n’avaient pas forme humaine. Je me souviens encore d’un gigantesque taureau qui m’avait poursuivi un jour : j’avais hurlé, il s’en était fallu de peu qu’il ne tombe sur moi. Cela avait renforcé ma certitude qu’il s’agissait de créatures maléfiques que les habitants de la maison pourchassaient. Les grands vitraux des baies m’angoissaient en raison de leur taille et des tristes lumières multicolores

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Page | 167 qu’ils créaient et qui s’ajoutaient à ce brouillard, à la neige et au froid. Tout

cela a contribué à influencer ma fragile imagination jusqu’à me terrifier totalement. (trad. pers.)

Ce premier souvenir est convoqué comme au travers de la vision floue (yuḥīṭ bi-hi al- ġumūḍ wa’l-ʾibhām, « entourée de mystère et de flou ») d’un nouveau-né ouvrant pour la première fois les yeux (fataḥtu ʿaynayya, « j’ai ouvert les yeux »). La description sans réelle chaleur, indifférente et laconique, rend les souvenirs confus et évanescents, les dépouille de toute spécification. Mais, au fur et à mesure de l’évocation d’émotions retrouvées, le récit se précise et s’enrichit de détails affectifs, le narrateur s’enhardissant progressivement.

Ainsi, la narration des premiers souvenirs du narrateur de Fī l-ṭufūla met en œuvre la fonction configurante du récit, pour actualiser le sens de l’espace. Car, étant nécessairement conçu comme indissociable de la temporalité, l’espace dans lequel s’inscrit le souvenir du narrateur de Fī l-ṭufūla a un passé, mais pas de présence à soi. En tant que tel, l’espace, perçu par le narrateur comme insaisissable et évanescent, ne peut exister qu’au travers d’une représentation sémiotique, qui l’actualise, le rend au présent et le configure par la synthèse entre les fragments de souvenirs. La fonction configurante – appliquée par Paul Ricœur (1983-1985) à la temporalité – s’étend ici à la spatialité : parce qu’elle est liée à la temporalité, l’expérience de l’espace du narrateur de Fī l-ṭufūla prend sens, sémiotisée et ainsi transformée en espace humain. La « sémiotisation de l’espace », c’est-à-dire la

« réordination de l’espace dont l’ordre est à chercher dans les systèmes informationnels dont dispose l’homme en tant qu’il appartient à une culture », que Claude Raffestin (1977, 1980, 1982, 1986) nomme aussi processus de territorialisation, transforme l’espace en territoire, qui « peut être considéré comme de l’espace informé par la sémiosphère » (RAFFESTIN 1986: 177). Le territoire est de ce fait un espace sémiotisé, résultat des relations entre l’espace et l’altérité ou l’extériorité,1 que représente ici le narrateur ou la société avec laquelle il partage cet espace raconté.

L’aveu de mal-être permanent ‒ wa-kanāt hāḏihi l-ʾawṣāf taǧʿalu-nī lā ʾaṭmaʾinn ʾilay-hi ʾabadan (« Ces descriptions ne m’avaient pas fait m’y sentir serein ») ‒ insère une rupture brutale dans le déroulé du récit, jusque-là description banale et sans aspérité. Le manque de quiétude pousse le narrateur à réviser sa description, dont la neutralité et l’indétermination ne peuvent s’accorder au sentiment d’effroi et d’angoisse qu’il lui semble éprouver encore.

Les mêmes éléments de l’espace sont repris, mais reconfigurés par des souvenirs d’émotions, réels ou imaginaires, mais dont l’effet agit sur le narrateur du présent. Le grand jardin que l’enfant observait à travers la fenêtre devient une forêt sauvage et dangereuse, où se mêlent arbres effrayants et créatures insaisissables et fantasmagoriques ; de même, le souvenir des grandes baies vitrées se précise et se teinte de tristesse et de froideur.

L’angoisse (al-qalaq) et la terreur (al-ruʿb) ont fini par remodeler l’espace pour le rendre conforme aux sentiments qu’il est sensé provoquer : un espace, qui ne suscitait que

1 « L’élément essentiel qu’il faut en retenir c’est la relation à l’altérité. Cette altérité étant alors, non plus seulement l’Autre, le semblable, mais tout ce qui est extérieur à soi-même. Ceci contraint évidemment à élargir considérablement la notion de territorialité. Elle peut être définie comme le système de relations qu’entretient une collectivité, partant un homme, avec l’extériorité. Si nous disons extériorité c’est pour bien montrer qu’il peut s’agir tout autant d’une ‘topie’, d’un lieu que d’une autre collectivité, d’un autre être ou encore d’un espace abstrait tel qu’un système institutionnel, etc… » (RAFFESTIN 1977: 130).

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neutralité et indifférence, devient ainsi territoire de l’enfant, propice à susciter épouvante, panique et mal-être. La redéfinition de l’espace procède de la « fonction intrigante » de la passion, entendue au sens « phénomène affectif d’ordre général, une forme de pathos qui met en lumière la ‘passivité’ du sujet, la dimension affective de son expérience » (BARONI 2008 : § 2). C’est le souvenir de l’émotion, réelle ou imaginée, que l’espace avait suscitée en lui qui, en en orientant la construction et la perception narratives, confère un nouveau sens à l’espace. Cette mise en intrigue de l’espace conduit à sa dé-sémiotisation, entendue comme une déterritorialisation, puis à sa re-sémiotisation, équivalente à une reterritoria- lisation.

Plus significative encore est la présence, dans Fī l-ṭufūla, de souvenirs sinon forgés de toute pièce, du moins reconstruits sur des impressions tenaces. Ainsi, les événements parfois s’effacent et leur souvenir s’altère : seule l’empreinte de l’émotion alors ressentie reste irrévocable et inaltérable, ramenant ainsi des réminiscences parfois imprécises. La naissance de sa petite sœur et leur première rencontre n’ont laissé au narrateur que de vagues souvenirs, que les années écoulées ont progressivement effacés :

يهو اهيلإ رظنلأ ي،وعفر امدنع ابه ترعش تيلا ةطبغلا ىسنأ نأ عيطتسأ تسلو

؟ يردي نمو .اهدهم في ةمئان نيم ةبيرق تناك تايركذ نيهذ لىإ تداعأ اهلعل !

نونسلاو مايلأا اهيلع تمكارت نأ دعب نلآا نيم تعاض اهنكلو ،كاذموي

(p. 3) .

Je ne peux oublier la joie que j’ai ressentie lorsqu’ils m’ont soulevé pour que je puisse la regarder, endormie dans son berceau. Et qui sait ?! Peut-être des souvenirs, alors proches de moi, me sont-ils revenus à l’esprit, mais qu’après tant de jours et d’années, ils sont désormais perdus. (trad. pers.)

La joie qu’il se souvient avoir ressentie a affecté le narrateur, a modifié sa personnalité de façon suffisamment indélébile pour que le souvenir seul du sentiment éprouvé revête valeur d’élément signifiant. Elle l’amène à construire un événement hypothétique, présenté comme indissociable de ce sentiment intense. Ni l’un ni l’autre n’aurait de sens sans leur coexistence et leur coprésence dans le souvenir du narrateur. Le narrateur « imagine » l’espace dans lequel évolue le nouveau-né – un berceau indéfini –, il se le représente, non par rappel de la réalité, mais par spatialisation, essentielle à l’actualisation – au sens de mise en présence à soi – de la joie.

La description de la maison de ses amis s’inscrit dans la même perspective d’actualisation de sentiments, par reconstruction d’un souvenir spatialisé, dont le narrateur précise, avant même d’en initier le récit, qu’il est potentiellement imaginaire (wa-rubbamā) ou à tout le moins déformé par des extrapolations enfantines. L’incertitude domine tout le récit : l’enfant est sensé avoir construit, sur la base d’éléments extérieurs et sur lesquels il n’a aucune maîtrise (ʾasmaʿu, qīla), des hypothèses (ḥāwaltu ʾan ʾafham wa-lākinnī lam ʾastaṭiʿ) que le narrateur adulte réinterprète, en fonction de sentiments qu’il se rappelle ou croit se rappeler avoir ressentis.

مويلا ملهزنم في تيضق ابمرو ام يسفن نع بهذي يرغصلا ملهزنم ناكو .ةثلاثلا وأ ين

،ايرثك هيلإ مهبحصأ نأ ىلع صرحأ تنك كلذلو ،انلزنم في ةشحولا نم هب سحأ

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ثم ،ةضيرم ملأا نأ عسمأ تأدبو ،مهعم تيبحاصم نوشاحتي منهأب رعشأ تأدب ثم رعش تىح ةيبرلما عم تيبلا نم بترقأ تدك امو .مهروزنس اننإ موي تاذ ليق نأب ت

عومدلاب اذإو ،هءاجرأ لأيم بئتكم بيرغ وبج اذإف هانلخدو .هللظت نزلحا نم ةباحس تقولا ضعب انيضقو ،هوجولا ىلع مسترم لوهذلاو ،نويعلا نم ردحنت ةتماصلا مهفأ نأ تلواح .ي،اثلا رودلا في ةفرغ اهرومح ةيداع يرغ ةكرح هللاخ تظحلا .عطتسأ لم نينكلو

(p. 4)

Il se pourrait que j’y aie passé deux ou trois jours. Leur petite maison libérait mon esprit de la brutalité que je ressentais chez nous, raison pour laquelle j’aspirais à les rencontrer souvent chez eux. Puis j’ai commencé à prendre conscience qu’ils évitaient ma compagnie, j’ai commencé à entendre que leur mère était malade. Et un jour, on a dit que nous allions leur rendre visite. À peine m’étais-je approché de la maison avec ma nounou que je ressentis qu’elle était obscurcie par un nuage de tristesse. Nous sommes entrés. Une étrange atmosphère d’abattement emplissait tout l’espace, des larmes silencieuses coulaient, l’égarement se lisait sur les visages et nous sommes restés quelque temps à observer à l’intérieur de la maison un mouvement inhabituel, concentré autour d’une chambre au deuxième étage. J’ai essayé de comprendre. En vain. (trad. pers.)

Le souvenir de la maison est reconstruit, touche par touche, au gré des sentiments (ʾuḥissu, ʾašʿuru, šaʿartu) inscrits dans la mémoire du narrateur. L’espace se transforme, « informé » par les sentiments : la transfiguration prend la forme d’une rupture, instaurée par une modification de sentiment et de perception, exprimée par des verbes inchoatifs (ṯumma badaʾtu ʾašʿuru […], wa-badaʾtu ʾasmaʿ u). De chaleureux, susceptible d’éveiller des sensations de confort et de sérénité, l’espace devient hostile, sombre (tuẓallilu-hu), inquiétant, capable de susciter la tristesse (al-ḥuzn). Au moment de l’agonie de la maman de ses amis, l’espace – leur maison – se confond dans le souvenir du narrateur avec son sentiment de prostration : bi-ǧaww ġarīb muktaʾib yamlaʾu ʾarǧāʾa-hu. Ainsi, l’espace a transformé le narrateur, qui, à son tour, transforme l’espace par une re-sémiotisation. Le double processus, incluant la transformation émotionnelle du narrateur par l’espace et la réinterprétation affective de l’espace par le narrateur, s’apparente à ce que Baroni nomme

« la conversion d’une tension existentielle en une tension narrative, […] la transfiguration d’un trait passionnel de l’événement vécu en un trait passionnant de l’événement raconté » (BARONI 2008 : § 21).

De retour chez lui avec sa nounou, l’enfant est toujours attristé par la mort de la mère de ses amis et sa perception de l’espace de sa propre maison en est affectée. Comme les précédentes, la description de l’espace est d’abord indéterminée, imprécise, approximative, exception faite de l’allusion au jardin monstrueux et indompté, qui rappelle la première description de la maison et au sentiment que cet espace inspirait au jeune héros.

ملف هتعسم ذنم راولحا اذه يسفن ىلع لىوتسا دقو ءاسلما في ةأفدلما لىإ انسلجو

.تولماو للها يرغ ءيش في ركفأ

نم رهظت ةيلاع ذفاون تاذ ةيربك ةفرغلا تناكو

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دقولما في بهتلت رانلا تناكو .قيتع مخض ثاثأ تاذو ،ةشحولما ةقيدلحا اهئارو امام تناك له يردأ تسلو ،ءارحم ةحفلا ةنسلأب -

اهوعدأ تنك اذكهو -

يورت

ام يلع لىوتسا دقو رانلا لىإ ونرأ تنك نينأ كلذ .تمص في انك وأ ،اهصصق لي أو ،هراتسأ لدسي ليللا أدبو .حابصلا في هتعسم لىإ برستت ءادوسلا هتارذ تذخ

ةبهر رحملأا بهللا ءوض اهديزيو ،ضومغلا نم ةحسم اهيف عيشتف ةيربكلا ةفرغلا في ةمئاق ءاهوش حابشأ انهأكو ودبت تناك تيلا ةشحولما راجشلأا كلذكو ،ًلالاجو .لعفت ملف تولماو للها نع نيثدتح نأ تييبرم نم ترظتناو .ةقيدلحا

(p. 4)

Nous nous sommes assis devant la cheminée le soir. Je n’avais cessé de tourner et retourner dans ma tête notre conversation, incapable de penser à autre chose qu’à Dieu et à la mort. C’était une grande pièce, avec de hautes fenêtres qui donnaient dans le jardin monstrueux, et avec d’imposants meubles anciens. Dans l’âtre, un feu brûlait, flammes incandescentes et rougeoyantes. Je ne sais pas si maman, comme je l’appelais, me racontait des histoires ou si elle était silencieuse. En fait, je fixais le feu, quand j’ai saisi ce que j’avais entendu le matin. La nuit commença à tomber, ses rayons noirs à s’infiltrer dans la grande pièce, lui conférant une touche d’obscurité. À cela s’ajoutaient l’effet terrifiant et oppressant que créait la lumière de la flamme rouge, de même que les arbres monstrueux semblables à des fantômes dans le jardin. J’ai attendu que ma nourrice me parle de Dieu et de la mort, mais elle ne l’a pas fait. (trad. pers.)

La quasi-absence de caractéristique distinctive rend la description transférable à n’importe quel autre souvenir de maison britannique. Là aussi, l’élément déterminant et signifiant est le surgissement inopiné d’une émotion intense dans les souvenirs, surgissement une fois encore exprimé par des verbes inchoatifs (wa-badaʾa […], wa-ʾaḫaḏat) marquant la rupture. La pièce est réexaminée sous un autre jour, réinterprétée à la lumière de l’angoisse suscitée par les questions existentielles autour de la mort et de l’au-delà. L’obscurité de la nuit se confond avec la noirceur qui empreint désormais l’âme de l’enfant confronté, pour la première fois, à la mort d’un être cher. L’espace devient le reflet du sentiment qu’il a contribué à faire naître.

À la mort de la propre mère de l’enfant, alors que les autres adultes, par peur du traumatisme que cela provoquera, décident de ne pas laisser voir le cadavre, la jeune Milly estime de son devoir de le conduire auprès de la défunte, pour l’aider à comprendre son absence :

بيهرلا فقولما اذه ركذأ لازأ ام

، ملظلما مَّلسلا لىإ انقيرط انذخأ امنيح

، تأدبو

ةبرطضم تاوطبخ هدعصأ

، يديب ةذخآ ةليبنلا ةيزيلكنلإا ةاتفلا هذهو

، يانيع تناكو

ملسلا ىلعأ في ينتزكرم

، اماتم كردأ نكأ لم .هنم نيعلاطي تولما حبش ناك ول امك

فقولما للاج يلع قبطي داكي لزنلما نأ ليإ لييخ امومغم انيزح تنك نينكلو ،

، ، يلليم اهتحتف ثم ، ةلفقم يهو اهمامأ انفقو ثم ، ةف رغلا باب لىإ ًلايلق انفلدو

بي اذإف

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اضيأ تام دق اهيف ءيش لك ناك ول امك ةنكاس ةفرغ بابلا ةحتُف للاخ نم ىرأ

، ، رشبتسلما شوشبلا اههجوب اتهداع ىلع نيلبقتست ريرسلا في ةسلاج يمأ رأ لمو انمإو

ةبيهر ةباحس هتللظ دقو اهريرس يمامأ تيأر

، ج لىإ تلدتو ةنكاسلا هتيطغأ هبنا

ضرلأا سملت تداك تىح

، هنم ودبت ةكرح نكت لمو

، امك ائداه ناك ردصلا تىح

ريرسلا نم ةعطق ناك ول .

بي ىعست تأدبو ،يدي نم نيتذخأو يلليم تمدقت ثم

تىح ،تقولا رورم عم قرغيو تمصلا في قرغي ءيش لك ناك .ةفرغلا لخاد لىإ بصأو ترانها دق ةايلحا نأ ليإ ليخ زْكِر لاو ابه كارح لا ةتماص ًلالاطأ تح

(p. 8) .

Je me souviens encore de cette horrible situation, lorsque nous nous sommes mis à avancer vers l’escalier sombre, et que nous avons commencé à le monter à pas lourds, cette noble fille anglaise me tenant par la main. Mes yeux étaient fixés sur le haut de l’escalier, comme si le fantôme de la mort m’observait de là. Je n’avais pas vraiment conscience de la gravité de la situation, mais j’étais confusément triste, imaginant que la maison était sur le point de s’effondrer sur moi. Nous nous sommes avancés un peu vers la porte de la chambre, nous nous sommes arrêtés devant. Elle était fermée. Milly l’a ouverte, et j’ai alors vu, par l’entrebâillement de la porte une chambre figée, comme si tout y était mort aussi. Je n’ai pas vu ma mère assise dans le lit m’accueillir comme à son habitude avec un sourire encourageant. Devant moi, je n’ai vu que son lit, qu’un horrible nuage obscurcissait, avec, à côté de lui, les couvertures figées qui touchaient presque le sol. Il n’y avait aucun mouvement perceptible, même la poitrine était calme, comme si elle était un morceau du lit. Ensuite Milly s’est approchée de moi et m’a pris par la main.

Elle s’est mise à m’entraîner à l’intérieur de la chambre. Tout s’enfonçait dans le silence, s’enfonçait au fil du temps qui passait, jusqu’à ce que j’aie l’impression que la vie s’était effondrée, devenant ruines silencieuses, immobiles, apathiques. (trad. pers.)

L’atmosphère de peine et de douleur imprègne autant les êtres que les lieux, transforme émotionnellement le narrateur, qui à son tour réinterprète affectivement l’espace, personnifié, au travers d’une comparaison filée, qui donne de la consistance à son personnage : à la fragilité de l’enfant, répond celle de la maison, représentée comme étant sur le point de s’effondrer ; la chambre de la morte est sākina, « figée », dans une fusion avec son occupante (kamā law kāna kull šayʾ fī-hā qad māta ʾayḍan), de même que les couvertures du lit (ʾaġṭiyatu-hu sākina). La transformation cependant est réciproque : dans cet espace figé, tout se confond, la morte immobile finissant par devenir à son tour qiṭʿa min al-sarīr, « un morceau du lit », figée elle-même comme l’espace. Sensible aux émo- tions humaines, l’espace se distingue du temps par son mimétisme, qui lui donne même une capacité à se figer, alors que le temps est imperturbable, impassible, insensible : il continue à s’écouler, quel que soit le ressenti des individus. Une relation s’établit entre l’espace restitué et le présent du narrateur, permettant à l’adulte et à l’enfant qu’il était de communier et de communiquer, au-delà du temps, à travers leur territoire commun.

(10)

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Espace (re)configuré par l’Entre-deux

Les espaces ne peuvent donc être (re)configurés en territoires par les émotions qu’au sein de la narration d’une expérience suffisamment mémorable pour marquer l’individu d’une empreinte indélébile, qui, convoquée par le souvenir et le récit, conférera à l’espace une nouvelle signification. La territorialisation est de ce fait conjoncturelle et ponctuelle : une modification de la circonstance enclenche nécessairement un processus de déterritoriali- sation / reterritorialisation.

La configuration et la mise en intrigue étant étroitement liées à l’expérience indivi- duelle, les « émotions intrigantes » sont, dans Fī l-ṭufūla, plus souvent altérées et falsifiées par le souvenir que réelles et authentiques. Les sentiments passant nécessairement par le filtre déformant de la mémoire, toutes les descriptions d’espace commencent par l’évoca- tion d’un souvenir : ʾataḏakkaru, mā ʾazālu ʾaḏkuru, lastu ʾastaṭīʿu ʾan ʾansā, lan ʾansā, explorant la mémoire des passions, sont les nécessaires déclencheurs du processus de territorialisation. Dès lors, seul le récit d’un nouveau souvenir est susceptible de modifier la perception des espaces.

Avant d’y passer son premier séjour, le petit héros de Fī l-ṭufūla n’avait de Marrakech qu’une connaissance indirecte, où l’itération du récit (taḥaddaṯu-nī, taqūl, tarwī) fait par un tiers remplace ici le souvenir de l’expérience pour empreindre l’esprit de l’enfant (taʾṯīr šadīd, mayl ʾilay-hi, ʾaṯārat fī nafsī) d’émotions illusoires, qui serviront de fondements à sa construction d’un nouveau territoire totalement imaginaire (ʿālam yaʿiǧ bi’l-ʾašbāḥ wa’l- ḥayawānāt wa’l-maḫlūqāt al-ḫayāliyya) :

تنكو ،راهنلا في لاو ليللا في لا اهقرافأ نكأ لمو ،شكارم نم انلثم ةيبرلما تناكو انئج اننإ لوقت ةديعب دلاب نع نيثدتح كفنت لا يهف ،فرعت ام ةرثكل برغتسأ ناكو ،يرطاسلأاو تافارلخا ثادحأ اهثادحأ هبشت دلاب ،اهنم كلذك لي يورت ت

يدنع أشن تىح ديدش يرثأت يلع يرطاسلأا هذه لثلم ناك دقو .راغصلا صيصاقأ تاناويلحاو حابشلأاب جعي الماع يسفن في تراثأ دقو ،اهيلإ ليم كلذ دعب ةيلايلخا تاقولخلماو

(p. 3) .

La nounou venait, comme nous, de Marrakech. Je ne la quittais jamais, ni de la nuit ni du jour, ébahi de tout ce qu’elle savait. Elle ne cessait de me parler d’un pays lointain, dont elle disait que nous venions, un pays qui ressemblait aux mythes, contes et légendes qu’elle me racontait. Ces récits eurent sur moi une influence profonde, au point de susciter en moi une sorte de fascination, et ils suscitèrent en mon esprit un monde plein de fantômes, d’animaux et de créatures imaginaires. (trad. pers.)

La représentation de Marrakech, issue notamment de la description, faite par la nounou, d’un Maroc noir (al-bilād al-sawdāʾ, p. 70), qu’inconsciemment l’enfant oppose à une Angleterre blanche (mudun bayḍāʾ, p. 70), ne pourra évoluer et être modifiée qu’au sur- gissement d’une nouvelle circonstance, condition sine qua non d’une déterritorialisation :

(11)

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دقل .اهعسمأ تنك تيلا تافارلخا نم ةددعتم اروص نيهذ في يرثي شكارم ركذ ناك لك في ةذاشلا تاقولخلما اهنكست تيلا دلابلا ،جونزلا دلابب يركف في تطلتخا اهيتأت تيلا لامعلأاو انهولو اهمجح في ،ءيش

(p. 50) .

L’évocation de Marrakech suscitait en moi une image issue des légendes que j’avais entendues. Dans mon esprit se mêlaient pays des Noirs et pays peuplé de créatures anormales en tout point, qu’il s’agisse de leur taille, de leur couleur, de leurs actes… (trad. pers.)

L’empreinte de ce sentiment transmis par une tierce entité émotive est telle qu’elle n’affecte pas exclusivement l’espace concerné : les sentiments suscités par l’évocation de cette Marrakech imaginaire reconfigurent aussi la perception de l’espace environnant britannique, par influence passionnelle. Les plages anglaises décrites sur le ton joyeux lié aux heureuses vacances que la famille y avait passées – al-ʾayyām al-rāʾiʿa et bahǧat al- ḥayāt entraînant maṣāyif Inkiltirrā al-ǧamīla et ǧamāl al-ṭabīʿa – se parent du mystère (al- ġumūḍ) de la « ville blanche » qui demeure, aux yeux du petit héros, énigmatique et enchantée.

دقل ،ةليملجا اترلكنإ فياصم في اهانيضق تيلا ةعئارلا مايلأا كلت ىسنأ نل مطلاتلما رحبلا وه اذهف .ةعيبطلا لاجم ىلعو ،ةايلحا ةجبه ىلع اهيف تظقيتسا خصلا ئطاشلا ىلع هجاومأ رسكتت في ةشهدلا يئالما لماعلا اذه راثأ دقو ير

نأ نود قفلأا فلخ عيضي ضومغلاب فوفمح ءالما نم لماع ؟رحبلا وه ام .يسفن ةرم دوعأس نينإ ليقو ،رخآ الماع هايلما هذه ءارو نأ تعسم دقو .رصبلا هادم كردي اهنم تئج نينأ اومعز دلاب لىإ ادئاع هايلما هذه قترخأف ىرخأ

(p. 27) .

Jamais je n’oublierai ces jours merveilleux que nous avons passés dans les splendides stations de l’Angleterre. Je me suis éveillé aux joies de la vie et à la beauté de la nature. C’est la mer démontée, dont les vagues se brisaient sur les plages de cailloux, c’est ce monde d’eau qui m’a inspiré le plus d’étonnement. La mer ? Un monde d’eau plongé dans le mystère, qui se perd au-delà de l’horizon, une étendue à perte de vue. J’avais entendu dire qu’au-delà de cette eau, il y avait un autre monde, et on m’avait dit que j’y reviendrais encore pour pénétrer dans ces eaux en direction d’un pays dont on prétendait que j’étais venu. (trad. pers.)

Le brutal et choquant surgissement d’une circonstance nouvelle, sous la forme de la confrontation directe et de la connaissance subjective permises par un voyage à Marrakech, instaure les conditions d’une déterritorialisation/reterritorialisation, fondée désormais non plus sur l’illusion de sentiments transmis par les récits d’un tiers, mais par le souvenir d’émotions authentiquement ressenties, bien que potentiellement altérées par le temps. Il a fallu un choc profond (al-ḏuhūl) pour que le monde enchanté et merveilleux des légendes soit nuancé par les sentiments que l’expérience apporte. Le petit voyageur découvre que le Maroc n’est pas seulement peuplé d’habitants vivant une existence de rêve, comme il l’avait entendu dans les contes de sa nourrice ; à quelques pas de là, il voit surtout des

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habitants tristes et miséreux. Casablanca est alors décrite en fonction des sentiments que l’enfant décrypte sur les visages de ses habitants.

نم ةيلاخ تناك ،دحاولا مويلا زواجتت لا ةيرصق ةدلم ىرخأ ةرخاب انبكر اننأ ركذأو دوعت فيوامخ تأدبو ،اهيف ةايلحا نع تبغرف ،لىولأا ةرخابلا في اهتفرع تيلا عتلما لك لىإ انلصو نأ دعب اصوصخ ،ىرخأ ةرم ليإ ءاضيبلا رادلا

- انهأ فرعأ نكأ لمو

تسيل انهأب ترعش نوكأ دقف ?يردي نمو ،تاونس عضب ذنم يسأر طقسم تناك نم ةمهلما دودلحا قترخأ تأدب نينأب تسسحأ كلذ نم مغرلاب نينكلو ،نيع ةبيرغ يرطاسلأا لماع .

]...[

نينأ ركذأ نينكلو ،ةنيدلما هذبه للها لعف ام نلآا فرعأ تسل

تيأر نزح .لافطلأا نع تىح بيغي نأ نكيم لا نزح اهيلع مسترا اهوجو اهيف سؤب نم بهاذلا يضالما دمج دعب ابهاحصأ هيناعي امع يربعتلا قدصأ برعي عورم

.لوهذلا نم عون نيباصأف ،ميقم

]...[

امف ...ا قح تآجافلما لماع في تلخد دقو

ءاسؤبلا ءلاؤه نم تاوطخ دعب ىلع نيرخآ اموق ىرأ لي تيلا ةايلحا سفن نوشيعي

؟يرطاسلأا دلاب هذه تسيلأ نكلو .ىضم اميف اهفرعأ تنك

(p. 53)

Je me souviens que nous avons pris la mer pour une courte durée, inférieure à une journée, mais dépourvue de tous les plaisirs que l’on connaît dans une première traversée, si bien que j’ai éprouvé des réticences à y vivre, et ai commencé à craindre de devoir y revenir une autre fois, surtout après notre arrivée à Casablanca – j’ignorais alors qu’elle avait été mon lieu de naissance, quelques années auparavant. Qui sait ? J’avais ressenti qu’elle ne m’était pas étrangère, en dépit de quoi je sentais pourtant que j’avais commencé à franchir les imposantes frontières du monde des légendes. […]

Je ne sais toujours pas ce que Dieu avait fait dans cette ville, mais je me souviens de visages sur lesquels était peinte une tristesse inextinguible, même chez les enfants. Une épouvantable tristesse exprimant, avec la plus grande sincérité, leur souffrance qu’à la gloire du passé ait succédé une misère enracinée. J’ai été choqué. […] J’étais vraiment entré dans un monde de surprises… Car il m’était donné de voir, à quelques pas de ces malheureux, la situation d’autres gens qui avaient une vie semblable à celle que j’avais connue auparavant. Mais ce monde n’était-il pas un monde de légendes ? (trad. pers.)

Aveu de la distinction entre le réel et l’imaginaire, la proposition ʾaḥsastu bi-ʾannanī badaʾtu ʾaḫtariq al-ḥudūd al-muhimma min ʿālam al-ʾasāṭīr met en œuvre la fonction intrigante du récit : la description en fait une ville mi-merveilleuse mi-misérable si bien que le narrateur se voit contraint à « franchir les frontières du monde merveilleux » et à réviser sa perception de la ville. Comme précédemment dans le récit, la modification affective et perceptive est exprimée par le verbe inchoatif badaʾtu et renforcée par la présence de ʾaḥsastu bi-ʾannanī. La question dialectique concluant le paragraphe met en évidence la mise en œuvre du processus de déterritorialisation.

(13)

Page | 175 À la déterritorialisation succède la reterritorialisation, exigeant du narrateur de

réorganiser le réseau d’émotions conflictuelles que ses diverses expériences de l’espace ont engendré. En hiérarchisant ses sentiments, il soumet l’espace à la fonction configurante du récit, cherchant à « relogifier le caractère insensé de l’expérience » (BARONI 2008 : § 28) : les ṣuwar muḍḥika transmises par sa mère et sa nourrice aussi bien que les malaḏḏātu-hā et mā fī-hā min ʾaṭyāb dont il a lui-même pu faire l’expérience sensorielles s’opposent à la misère profonde à laquelle il ne peut soustraire son regard dans les rues de Marrakech. Ses sentiments vont de la légère inclination au dégoût profond et à l’indignation, qui se heurtent au sentiment de bonheur extatique qu’il finit par éprouver envers et contre tout et qui l’amène à se représenter la ville comme le paradis. Le narrateur n’est pourtant pas dupe du processus de reterritorialisation : il opère consciemment, et en en avertissant le narrataire (wa-lastu ʾaʿnī […] wa-lākinnī ʾaʿnī […]), une sélection des caractéristiques principales de Marrakech, choisissant de taire celles qui sont contradictoires avec la représentation qu’il choisit d’en donner et avec l’émotion à laquelle il décide de donner la priorité.

ارم لىإ تيدلاو يننح بسحأ تنك نينكلو ،سأرلا طقسم لىإ يننلحا نم ابرض شك

مويلا لىإ اذبه رعشأ تلز امو ،هلمح في هتدجو

]...[

نيهذ في تمسترا الماط دقل

امنيح نينكلو ،هيف تشع يذلا ولجا ببسب كلذو ،دلابلا هذه نع ةكحضم روص نأ لي ادب ذئنيح ،بياطأ نم اهيف ابم تعتمتساو اتهاذلم تقذ امنيح ،ابه تللح لا نيبستح نأ نم كرذحأ انأو .يلحا لماعلا يه شكارم نأو ،شكارم وه يلحا لماع

اغلابم

]...[

عيطتسأ لا نينكلو

]...[

اهنع نيهذ في تثعب تيلا روصلا نأ ركنأ نأ

تسلو .اهنع تعسم ام لك دعب ةنلجا نع كنهذ في تثعب تيلا روصلا سفن يه لاو ،اهلباقت تيلا ةسئابلا هوجولا شكاربم نيعأ هذه ءارو نمكت تيلا لوقعلا هذه

اهلقعو يعاولا اهيرمضو ،ةبصلخا شكارم ةبرت ،ةدلالخا شكارم نيعأ نينكلو ،هوجولا .ركفلما

(p. 57) Je pensais que la nostalgie de ma mère pour Marrakech était une forme de nostalgie envers son lieu de naissance, mais je l’ai éprouvée sur place, et je continue à la ressentir encore aujourd’hui. […] Je me suis longtemps représenté ce pays en des images riantes, en raison du milieu dans lequel j’ai vécu, mais quand je m’y suis installé, quand j’ai goûté à ses délices et apprécié ses plaisirs, alors il m’a semblé que le monde vivant était Marrakech et que Marrakech était le monde vivant. Je vous assure que je n’exagère pas […] mais je ne peux pas nier […] que l’image qu’elle renvoyait à mon esprit était identique à celle qu’y renvoyait le paradis d’après tout ce que j’en avais entendu dire. Mais je ne veux pas dire les visages misérables qu’on rencontre à Marrakech, ni ces raisonnements que ces visages recèlent, je veux dire la Marrakech éternelle, le sol fertile de Marrakech, sa conscience clairvoyante et son intelligence sagace. (trad. pers.)

Le retour en Angleterre, après un séjour heureux et merveilleux chez ses grands-parents, fait naître chez l’enfant un sentiment inconnu jusqu’alors : la nostalgie, décrite comme la

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Page | 176

souffrance suscitée par l’expropriation de son territoire. Un nouvel écart se creuse entre les deux villes du jeune Anglo-Marocain, l’une devenant le territoire de prédilection, l’autre réduite au statut d’espace sans possibilité de convergence affective.

تييح ام اهاسنأ نل عيباسأ ةتس تيضق اذكهو لىإ تعجر .ةدلالخا دلابلا هذه في

ذنم اهيف تشع تيلا دلابلل هلحمأ لم ام يننلحاو قوشلا نم اله لحمأ اهدعب اترلكنإ تدلو .

(p. 57) J’ai ainsi vécu six semaines inoubliables dans ce pays éternel, après quoi je suis retourné en Angleterre, y emportant un peu de regret et de nostalgie, alors que je n’en avais pas emporté du pays dans lequel j’avais vécu depuis la naissance. (trad. pers.)

Le réseau des émotions ressenties à Marrakech et à Manchester connecte les deux villes dans une affinité affective, qui construit une hiérarchie des territoires, que le récit traduit par une description quasi chiasmatique des espaces. De retour à Manchester après son séjour de six merveilleuses semaines à Marrakech, l’enfant prend conscience qu’alors que l’espace est resté rigoureusement identique à celui qu’il avait quitté, il ne les perçoit plus avec le même regard. Les sentiments que le lieu lui inspire sont différents, la représentation qu’il s’en fait a été modifiée par les expériences vécues en un autre lieu :

عش كلذ للاخ نيكلتم بيرغ رو

- لزنلما تلخد ذنم نيكلتم دقو -

نينأ كلذ

ةفصرلأاو باوبلأاو ذفاونلا :هدهع قباس ىلع هيف ءيش لك اذإف عراشلا لمأتأ تنك تايئزلجا نأ نم مغرلاب نكلو .ناك امك يمدقلا هناكم في ءيش لكو رونلا ةدمعأو تبغ املك هظحلاأ لازأ لا ام اذهو .يرغت دق اهرهظم نإف ةمات تناك ناكم نع

هيلإ تعجرو -

كلذب نورعشي اعيجم سانلا لعلو -

فاك تقو رورم نم دب لاو

ناسنلإل امك ةنكملأل لهف .هدهع فلاس لىإ ماعلا رهظلما اذه دوعي نأ لجلأ اهيلإ رظنلا رركتي نأ دعب لاإ اهتقيقح ىلع ءايشلأا كردت لا نويعلا نأ مأ ،سوفن

؟

(p. 58)

.ان ه هيلع درلا نع ثحبلل لامج لا لاؤس

Durant cette période, j’ai été pris d’un sentiment étrange – qui m’avait pris dès que j’étais entré dans la maison. Or j’observais la rue, tout était comme avant : les fenêtres, les portes, les trottoirs, les lampadaires, tout était à la place qu’il avait auparavant. Mais, bien que tout soit parfaitement identique, leur aspect avait changé. C’est ce que je ne cesse de remarquer chaque fois que j’ai été absent d’un lieu et que j’y reviens – sans doute tout le monde ressent-il cela – et il est incontestable qu’un laps de temps suffit pour que les choses reprennent leur aspect primitif. Est-ce à dire que les lieux ont une âme comme les humains ou plutôt que les yeux ne perçoivent les choses dans leur réalité qu’après les avoir observées à plusieurs reprises ? C’est une question à laquelle il n’y a pas moyen de chercher une réponse ici. (trad. pers.)

(15)

Page | 177 La question du narrateur adulte pressent que les lieux pourraient être dotés d’une âme et

donc éprouver des émotions : l’allégation d’une influence réciproque entre l’âme de l’individu et l’espace qu’il investit se transmue en la prescience d’une manière de fusion des âmes, dans laquelle la personnification de l’espace prend alors tout son sens.

Pourtant, une dernière transfiguration de l’espace, au moment de quitter définitivement l’Angleterre – soudain redevenue poétiquement idyllique –, révèle l’importance, dans le processus de déterritorialisation / reterritorialisation, de la fonction mémorielle, propice au déclenchement de nouvelles passions et donc à la reconfiguration d’un espace : par la fenêtre du train, l’enfant se fabrique des souvenirs d’émotions intenses, qu’il mêle à ceux des sentiments qu’il a éprouvés au long des huit années vécues à Manchester. Dans Fī l- ṭufūla, la convocation des souvenirs est la condition sine qua non à l’enclenchement du processus d’écogenèse territoriale, et à la mise en intrigue de l’espace, pour une récon- ciliation de son passé, de son présent et de son avenir nécessaire à sa réactualisation et donc à la pérennité de son existence :

ةليملجا اترلكنإ لوقح تيأرف ،راطقلا ةذفان نم تعلطتو

]...[

ةليملجا دلابلا اهتيأ

جزتما تيلا دلابلا اهتيأ !ةعئارلا يرثك في لي ،ادبأ هل كاكفنا لا اجازتما يسفن ابه ت

اهتيأ .مايلأا اهنع بي تدعابو ،دهعلا اهيلع مداقت امهم ىلبت لا تايركذ كاياوز نم !ةكحاضلا ةصقارلا فياصلما

]...[

ةيلاعلا نخادلما تاذ ءادوسلا ةنيدلما اهتيأ

ةجيهبلا ةقسنلما قئادلحا اهتيأ !ةبخاصلا عراوشلاو -

ترلكنإ يابص عترم اي ا

- ]...[ .هيف ام لك تظقيأف بيرقلا يضالما تسم دق ]...[ ! عادولا اهتيأ ،اترلكنإ

نكيم ام بركأ بعوتستل اهلك تحتفنا دق يرعاشبم سحأ نينإ ،ةليملجا دلابلا .ناكم لك في تيارظن لقنأ انأو هباعيتسا

]...[

ىلع اهدهاعت يسفن نأ لي ليخيف

.تييح ام يركذلل ءافولا

(p. 76)

J’ai regardé à travers la fenêtre du train, j’ai vu les beaux champs d’Angle- terre […] Beau et merveilleux pays ! Pays auquel mon âme se confond infiniment, j’ai, dans beaucoup de tes régions, des souvenirs inusables, quels que soient leur époque et leur âge. Stations balnéaires dansantes et riantes ! […] Villes noires, avec vos hautes cheminées et vos rues bruyantes ! Ravissants jardins bien agencés ! Ô Angleterre, parc de ma jeunesse ! Adieu ! […] J’ai effleuré le passé récent et ai réveillé tout ce qui s’y trouvait. […]

Angleterre, beau pays, j’ai le sentiment que tous mes sens se sont ouverts pour absorber tout ce que je peux, mes yeux se posant partout à la fois. […]

J’ai l’impression que mon âme s’engage à se remplir du souvenir de ce que j’ai vécu. (trad. pers.)

(16)

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Conclusion

Le processus de territorialisation / déterritorialisation / reterritorialisation dans le roman de ʿAbd al-Maǧīd Ben Ǧallūn repose sur l’implication essentielle de l’affect et de la cognition dans la représentation de l’espace. Autofiction et, de ce fait à l’intersection entre fiction et autobiographie, Fī l-ṭufūla se fonde ainsi à la fois sur la « fonction intrigante » spécifique aux récits fictionnels, où l’action, de l’espace et du temps sont mis en intrigue,

« défigurés », réinterprétés, « re-signifiés » par un jeu de passions mémorielles, et sur la

« fonction configurante » caractéristique des récits factuels, où les événements sont

« sémiotisés », « relogifiés », actualisés et pourvus d’un sens. Réactualisant l’espace, en en réconciliant le passé et le présent dans un territoire reconstruit, les fonctions intrigantes et configurantes dépendent, dans ces souvenirs d’enfance, de la reconstruction mémorielle de sentiments, conçus comme restitués à l’adulte et potentiellement éprouvés par l’enfant :

ىلع روصلا ديدحتل كلذ دعب ةايلحا في بيراجتب ينعتسأ نينأ في كش نم امو امهبم اروعش هلك اذبه رعشأ تنك نينكلو ،اتهددح يذلا لكشلا

(p. 57) .

Il ne fait aucun doute que je me sers des expériences de la vie que j’ai vécues après coup pour forger la représentation sous la configuration que je lui ai donnée, mais, à l’époque, je ressentais vaguement tout cela. (trad. pers.)

Références

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BAILLY, Antoine S., Claude RAFFESTIN et Henry REYMOND. 1980. « Les concepts du paysage : problématique et représentations ». Espace géographique, 9.4: 277-285.

BARONI, Raphaël. 2008. « Approches passionnelles et dialogiques de la narrativité ». Cahiers de Narratologie [en ligne], 14 (2008), <http://narratologie.revues.org/579>, mis en ligne le 06 mars 2008, consulté le 06 octobre 2017.

BEN ǦALLŪN, ʿAbd al-Maǧīd. Fī l-ṭufūla. [Casablanca : éd. Atlas, 1957]. Édition online,

<www.ksarforum.com>.

RAFFESTIN, Claude. 1977. « Paysage et territorialité ». Cahiers de géographie du Québec, 2153-54:

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— . 1982. « Remarques sur les notions d’espace, de territoire et de territorialité ». Espaces et Sociétés, 41: 167-171.

— . 1986. « Écogenèse territoriale et territorialité ». Dans AURIAC & BRUNET (dir.) 1986: 175-185.

RICŒUR, Paul. 1983-1985. Temps et récit, 3 vol. Éd. du Seuil, Paris.

© Laurence Denooz, Université de Lorraine, Nancy / France

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