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N TRAVAILde terrain dans le cadre de l’uni-

versité rurale du Maine et Perche a permis à Georges Bertin de faire surgir des chansons tradi- tionnelles trois représentations récurrentes du corps de la femme :

– La jeune vierge peu farouche qui épuise son époux.

– La mère de la femme ou femme entre deux âges qui assume la vie quotidienne.

– La vieille au corps marqué qui s’incarne dans la figure de sorcière.

La sorcière est une des figures les plus fascinantes de l’image de la femme véhiculée depuis le Moyen Âge.

Dans le bocage normand comme ailleurs, les sor- cières furent condamnées au bûcher (XVIe et XVIIe

siècle). Des lieux-dits de « sabbats ou d’esbats » sont identifiés et repérés chronologiquement avec les ren- dez-vous solaires, équinoxes ou solstices. La re-

cherche de marques sur l’hémicorps gauche des sor- cières signait alors infailliblement leur culpabilité. Le sabbat, activité profane religieuse, permettait de jouer l’idée de « mana », soit « l’invisible, le merveilleux, le spirituel et en somme l’esprit en qui toute efficacité réside et toute vie »1. Le sabbat se révèle un lieu de catharsis où la transgression de l’interdit peut se dé- clarer en groupe.

Le corps de la sorcière symbolise alors le rapport de la société à elle-même dans la mesure où le corps et l’esprit ne font qu’un.

Sa fin en fumée représente l’ambivalence et la vio- lence des sentiments éprouvés collectivement par la société écartelée entre le rejet du « provenir » : la ma- trice de la femme et son devenir : la spiritualisation du corps et sa disparition par l’action du feu.

La sorcière est au cœur de ces contradictions. La modernité (XVIIesiècle) efface et fait disparaître

le corps de la sorcière… En effet, la bourgeoisie com- mence à dissocier le corps et l’esprit. La fin de cette

stigmatisation fait disparaître également la fonction sociale des sabbats.

L

A PLACE DE LA FEMME DANS LE ROMAN MÉDIÉVAL

Denis de Rougemont a analysé la place de la femme dans un ouvrage L’Amour et l’Occident2: au

XIIesiècle,

les troubadours vont exprimer une nouvelle percep- tion de la femme qui révèle deux visions de l’amour :

– Une vision orientale où l’accomplissement éro- tique est une façon de se rapprocher de Dieu.

– Une vision occidentale où, au contraire, ce rap- prochement est impossible. L’acte amoureux passe par la reconnaissance de l’autre.

– Au XIIesiècle, nous dit Rougemont, le mariage est méprisé, la passion glorifiée à travers la relation des amants. Cette relation est source d’exaltation symbolisée par le désir du corps de la femme subli- mée.

Deux romans de l’époque exacerbent l’émergence de figures de femmes qui signent « les figures du temps » reprises et recomposées par nos contemporains.

nLe roman de Tristan et Iseult

Trois figures apparaissent dans ce récit : Iseult la reine, Iseult la blonde et Iseult aux blanches mains.

Iseult la reine, sœur du géant Morholt, est la « ma- gicienne-sorcière » qui va sauver Tristan grâce à ses breuvages et philtres, faisant ainsi découvrir un autre monde à Tristan.

C’est elle qui prépare le philtre d’amour qui pro- voque l’irréversibilité de la passion de Tristan et d’Iseult sa fille. Ils deviennent alors des héros « sur-

humains » et mythiques.

Iseult la blonde ou l’amante est la femme sublime intemporelle qui fait renoncer Tristan à son destin de chevalier héroïque. Les amants, personnages margi- naux, interrogent leur époque dans le sens où ils rom- pent avec le temps de l’institution chevaleresque pour tracer eux-mêmes leur destin particulier.

Iseult aux blanches mains ou l’épouse restée vierge sera l’instrument de l’union des deux amants dans l’autre monde.

Ces trois archétypes de femmes – sorcière, amante et épouse –, nous renvoient à notre traitement du désir et notre rapport au temps.

nPerceval, Le Conte du Graal et le Temps

Dans Le Conte du Graal, les deux chevaliers arthu- riens, Perceval et Gauvain, à travers leur quête croi- sent également des visages féminins. Dans le récit, les deux héros se composent en miroir :

– Les mères : celle de Perceval mourra de chagrin après son départ, créant une culpabilité qui peut ex- pliquer l’origine de sa quête symbolisée par l’arché- type du Graal, la coupe de la féminité.

– Les pucelles : Perceval en rencontrera huit sur son chemin. Toutes ces jeunes filles sont belles et ont échoué dans leur tentative de séduction.

Gauvain fait hommage de sa courtoisie aux pucelles rencontrées. Il est le personnage « solaire » du roman. Puis la cousine de Perceval apparaît, qui joue le rôle de l’annonciatrice, médiatrice entre le monde de l’enfance et celui de l’adulte. Elle appartient à son en- fance tout en le guidant vers le chemin de la virilité.

tour, de la régression, du sommeil. La quête de Per- ceval est mystique, initiée par la figure de la fée- amante, porteuse du Graal.

L

ES FIGURES DU DÉSIR CHEZ

A

NDRÉ

B

RETON

Au XXesiècle, André Breton livre dans son œuvre trois

figures féminines qui correspondent à celles des ro- mans médiévaux. Ces mises en forme apparaissent dans trois romans: Poisson soluble, L’Amour fou, Arcane 17.

Les figures imaginées par le poète nous renvoient aux visages du temps :

– Les temps héroïques, ceux de la quête éperdue d’un objet de désir exprimé par la séduction : mythe du rapt des femmes.

– L’immobilité provoquée par l’amour fou. – Les temps cycliques qui nous font retrouver notre capacité à l’émerveillement.

L

ES FIGURES CONTEMPORAINES

Ces trois figures se retrouvent dans plusieurs œuvres cinématographiques ou livresques.

Dans les films d’Hitchock : The farmers’wife(1928) et encore dans Rebecca(1940).

La vieille dans Rebeccaest personnifiée par la gou- vernante qui manipule le temps présent pour défier le temps passé. La vieille, l’amante, l’épouse se retrou- vent notamment dans le roman de Tahar Ben Jelloun, L’Auberge des pauvres. Ces trois figures surgissent dans le roman comme les archétypes du roman médié- val.

F

IGURES DE LA FEMME ET VISAGES DU TEMPS

Les portes du temps ont trois entrées possibles dans la société celte: le passé, le présent, le futur. Tout comme dans les romans médiévaux et contemporains, ces portes s’incarnent d’une certaine façon dans ces trois images de femmes qui semblent des archétypes tou- jours présents dans l’imaginaire des hom-mes d’aujour- d’hui. Ces figures de femmes renvoient elles-mêmes aux trois visages de l’amour, élaborés sur trois catégo- ries de l’anthropologie symbolique de Gilbert Durand3 :

– Une dominante ordonnée au régime héroïque : La femme est la figure inversée du héros, son double nocturne. Sorcière et maudite, elle est la moi- tié « démon » de l’homme.

– Une dominante digestive et mystique :

Le corps de la femme est refuge, caverne, et s’ex- prime comme éternel féminin, à la fois nourricière et protectrice.

– Une dominante synthétique et dramatique : La femme en tant que figure dramatique qui dia- lectise les opposés.

« De nos jours, les contradictions du système tech- nique vont-elles entraîner la restauration de la civili- sation de la femme ? » (G. BERTIN).

FRANÇOISECHAVANNES,sorcière.

DEA de sciences de l’éducation NB. Résumé écrit à partir de l’intervention de G. Ber- tin, à lire dans son intégralité sur le site www.frjp.com/

WILHELM MEISTER, DE GOETHE,