Les aptitudes individuelles peuvent influencer tout le processus de l’alimentation soit de l'approvisionnement alimentaire jusqu'aux apports, en passant par la préparation des aliments. Les environnements peuvent aussi influencer cette chaîne. Selon l'étude québécoise de Vesnaver et coll. [29] qui a étudié 30 personnes âgées entre 73 ans et 87 ans provenant de la banque de données NuAge, la capacité d'adaptation au niveau alimentaire dépend de la résilience qu'ont les personnes âgées à s'adapter. Les trois principaux défis reliés à l'alimentation sont le désintérêt pour les aliments, l'approvisionnement alimentaire et la préparation des repas. Selon leur étude, le désintérêt pour les aliments est l’obstacle le plus important, surtout chez les personnes âgées vivant seules. Il est essentiel d’avoir une motivation pour bien s’alimenter si l’on désire atteindre la résilience de s’adapter. Selon cette même étude, les deux motivations les plus importantes expliquant l’intérêt pour l’alimentation sont de manger pour la santé et pour le plaisir. Enfin, pour ce qui est de la préparation, il est nécessaire d'avoir les connaissances, des aptitudes culinaires, une condition physique adéquate, des ressources monétaires et un transport afin de s'approvisionner en aliments nécessaires à la préparation. Ces caractéristiques sont observées chez la plupart des femmes âgées interrogées. Toutefois, on remarque que les hommes ont besoin d'une autre personne pour assurer une préparation adéquate. On ne peut pas affirmer que les hommes seuls ont plus de difficultés puisque les sujets masculins ayant vécu seuls avant d'habiter dans la résidence se débrouillaient, selon eux. Pour le groupe de sujets vivant en communauté, aucun des hommes interrogés ne vivait seul. La fatigue limite aussi certaines personnes âgées à préparer les repas comme avant. Il est important de considérer que l'entrevue ne fait que prendre une photo actuelle de l'alimentation des personnes âgées, mais pour le moment, malgré quelques limitations, tous les sujets interrogés semblent avoir encore de belles motivations à s'alimenter et une certaine résilience alimentaire pour s'adapter aux changements malgré certaines conditions de santé légères.
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Par ailleurs, l'endurance et la force sont des caractéristiques physiques auxquelles les personnes âgées de notre échantillon accordent le plus d’attention. Les sujets de l'étude identifient pour la plupart prendre certaines précautions afin de limiter les possibles blessures. Les répondants semblent observer par eux-mêmes que leurs capacités physiques diminuent avec l'âge ou encore à cause d'un évènement. L'INSPQ rapporte qu'environ 57% des personnes âgées de 65 ans et plus ont une incapacité présente, mais rarement grave. D'ailleurs, près de 40% des personnes âgées de 50 à 64 ans en 2010-2011 ressentaient déjà une diminution dans leur santé physique [59].
Si on compare avec l'étude française Soutien à domicile et ergothérapie (SADEER) [62], les personnes âgées de nos deux groupes semblent mieux informées par rapport aux risques de chutes et/ou blessures que les sujets français. Dans cette étude, 160 visites ont été faites à domicile, 139 appels à deux mois et 126 contacts à six mois. L'âge moyen de ces sujets était 82,6 ans, dont 82% avaient plus de 80 ans. On rapporte que plus des trois quarts des sujets considèrent avoir un domicile adapté à leurs besoins alors qu'environ 90% des domiciles visités par les intervenants recevaient des recommandations afin de limiter la présence de risques pour la personne résidente et selon sa condition. Or, les personnes âgées interrogées dans notre étude semblent plutôt comprendre les risques et déclarent elles-mêmes prendre des précautions. Toutes les personnes âgées de la résidence pour personnes âgées Le Grand Manoir ont accès à la plupart des adaptations de logement nécessaires à leur condition. Pour les personnes âgées vivant en communauté, il ne nous a pas été possible de vérifier l'état des domiciles, mais quelques personnes vivent avec leurs enfants et limitent leurs activités selon leurs capacités physiques.
Alors que les résultats du programme SADEER démontrent qu'il y a un grand défi à relever pour sensibiliser les personnes âgées aux risques domiciliaires (e.g. chute dans l'escalier ou dans le bain), les entrevues complétées avec les sujets de nos deux groupes à l'étude démontrent qu'une certaine considération des risques est présente. Il se pourrait que de la prévention et de la sensibilisation faites par les professionnels de la santé en réadaptation aient porté fruit auprès des personnes âgées de Lanaudière. Les personnes âgées interrogées semblent tout de même en bonne ou meilleure forme physique que l'échantillon de sujet utilisé
dans l'étude SADEER: les personnes âgées interrogées déclaraient avoir de la difficulté dans les activités de la vie quotidienne telle qu'utiliser les escaliers, sortir de chez soi, se laver, faire le ménage, s'habiller, se lever, s'asseoir et faire les courses.
L'autonomie dans les activités de la vie quotidienne et de la vie domestique peut aussi influencer la capacité à faire son épicerie. Tel que rapporté par Johnson et coll. [111], il y aurait un lien entre la difficulté de faire ses courses, l'équilibre de la personne (forme physique) ainsi que sa confiance en elle (à ne pas chuter, par exemple). Ainsi, certaines personnes se privent de sortir par peur de chuter, mais diminuent par le fait même leurs capacités fonctionnelles à se déplacer. C'est un cercle vicieux. Cela ne semble toutefois pas le cas des sujets interrogés dans nos deux groupes. En effet, les sujets prennent le temps de sortir magasiner leurs achats alimentaires dans les deux groupes. Magasiner semble être une activité appréciée, peu importe le groupe de sujets interrogés.