D’abord, la littérature que nous avons trouvée concernant la reconnaissance dans l’environnement familial envers l’identité ou l’expression de genre des personnes trans ou non-binaires concerne presque seulement les enfants et les adolescent.e.s. Les recherches synthétisées dans cette section concernent donc une population mineure, mais peuvent tout de même contribuer à comprendre la réalité d’individus adultes.
Une grande proportion des parents dont l’enfant fait l’expérience d’une variation dans l’expression de son genre acceptent cet aspect de leur enfant, mais sont aussi généralement inquiets pour le bien-être de ce dernier, ainsi qu’incertains sur la façon de faire face à cette situation (Malpas et Bosman 2014, 140). Pour les jeunes trans et non-binaires, le processus vers l’acceptation familiale peut se révéler plutôt long et complexe, ainsi que débuter par « une période de choc » ou une certaine difficulté à s’adapter à la nouvelle de la part des parents suite au dévoilement (Pullen Sansfaçon 2015, 98). En effet, être parent d’un enfant transgenre est rapporté comme demandant un certain ajustement, un travail personnel, suite à l’annonce de l’identité de genre, ainsi que l’apprentissage de ce qu’implique le fait de ne pas être cisgenre (Frappier 2018, 137).
Il semble qu’il peut aussi être complexe pour certains parents, malgré une acceptation et un soutien au niveau de la transidentité et de sa transition, d’envisager que leur enfant soit non-binaire ou que son identité de genre soit ambigüe. En effet, une partie d’entre eux aurait de la difficulté à se détacher de ce qu’on peut qualifier de parentalité neutre face à leur enfant (Frappier 2018, 137). Il peut effectivement être plus difficile pour un parent
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d’accepter une expression qui, par exemple, varie entre la féminité et la masculinité en comparaison avec celle qui ne correspond qu’à un des deux pôles binaires. Ne leur offrant pas de « cadre clair afin de penser cette identité nouvelle » (Frappier 2018, 137), la non- binarité serait donc plus floue et ne serait pas associée avec une représentation, des repères, un processus de transition ou un certain parcours social préalablement établi. La représentation de la transidentité reste donc bien souvent binaire pour plusieurs parents même si ceux-ci acceptent que leur enfant ne soit pas cisgenre.
Une partie des parents rapporte aussi avoir de la difficulté à ce que leur enfant exprime une identité non-binaire ou ambiguë dans un contexte d’interaction sociale, ne voulant pas que cela occasionne des difficultés d’intégration sociale. N’ayant pas personnellement de problème à accepter ou soutenir leur enfant, certains parents ont toutefois une crainte que celui-ci rencontre des difficultés au niveau de l’acceptation, de la reconnaissance et du soutien de son identité et/ou de son expression (Frappier 2018, 138).
Dans certains cas, les parents éprouvent des difficultés à accepter leur enfant lorsque celui- ci diverge des attentes de genre intégrées à leurs croyances personnelles ou aux valeurs de la communauté dans laquelle ils évoluent (Malpas et Bosman 2014, 141). Cela peut aussi mener à des conflits à l’intérieur de la sphère familiale, entre le parent et son enfant ou entre les parents (Pullen Sansfaçon 2015, 98; Alessandrin 2014, 42; Malpas et Bosman 2014, 141). Parfois, les parents peuvent avoir une réaction extrêmement négative à la non- conformité de genre de leur enfant, pouvant avoir des conséquences nuisibles pour l’enfant trans, voire causer une rupture relationnelle entre le parent et son enfant (Malpas et Bosman 2014, 141). La valorisation de la binarité de genre et de la pensée cisnormative se répercute dès lors dans l’environnement familial, dans l’optique où les individus dysphoriques obtiendraient moins de soutien social en comparaison avec celui reçu par leurs sœurs et frères. Le rejet familial n’est, en fait, pas rare, et est particulièrement visible au moment du dévoilement de l’identité de genre, ce qu’on qualifie aussi de coming out (Davey et al. 2014, 2977).
Finalement, le soutien social, qu’il soit manifesté dans un contexte privé ou public serait, de toute façon, central au bien-être des jeunes trans. On explique que, chez ces derniers, le niveau de détresse psychologique se révèle à être moins élevé que pour ceux qui ne
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bénéficient pas du soutien de la part de leurs parents. De plus, lorsqu’ils vivent dans une famille offrant un soutien parental fort, les jeunes trans ont tendance à avoir une bonne estime de soi, une meilleure santé mentale, ainsi qu’un taux d’idéation suicidaire considérablement plus bas (Pullen Sansfaçon 2015, 97).
En comparant les relations familiales avec les relations amicales et amoureuses, il a été observé que les premières se révèlent comme plus complexes. En effet, les pairs et les adultes ne faisant pas partie de la famille des jeunes LGBT leur octroient généralement plus de support que les membres de leur famille (Munoz-Plaza, Quinn, et Rounds 2002, 55). La famille du jeune trans, identifiant la personne depuis plus longtemps à son sexe assigné à la naissance que les personnes avec qui il entretien d’autres types de relations, pourrait trouver l’ajustement et le fait de donner du soutien plus difficile. Les parents peuvent particulièrement sentir une certaine responsabilité envers la dysphorie de genre ressentie par leur enfant, aspect pouvant rendre plus difficile pour eux d’être dans un état d’esprit de support absolu. On pourrait alors s’attendre à ce que les relations amicales et amoureuses, aussi appelées famille choisie, soient sélectionnées sur la base d’une perception d’amour et/ou de support, menant à un plus haut niveau d’acceptation (Davey et al. 2014, 2982).
En effet, les jeunes LGBT mentionnent que leurs ami.e.s sont les individus sur lesquels leur soutien émotionnel repose parmi les membres de leur réseau, pouvant plus facilement discuter de leurs problématiques dans ces relations, passer du temps de qualité, tout en pouvant compter sur ces personnes dans un moment de crise (Munoz-Plaza, Quinn, et Rounds 2002, 55). Ces amitiés seraient aussi considérées comme encore plus importantes dans des périodes de changement, comme lors d’un processus de transition, tout en permettant de protéger une population avec une identité non-normative du rejet ou d’un isolement (Galupo et al. 2014, 194).
Les amitiés avec des individus ne faisant pas partie de la communauté LGBT peuvent aussi se révéler avoir un impact différent pour les personnes trans que leurs relations avec d’autres gens trans. En effet, avoir des ami.e.s cisgenres et hétérosexuel.le.s peut, entre autres, aider à se normaliser et à avoir des interactions et des perspectives plus diversifiées
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(Galupo et al. 2014, 200). Ce type d’amitié permettrait aussi aux personnes LGBT de se sentir plus en sécurité en public, pouvant plus facilement se mélanger aux autres et passer inaperçu.e.s (Galupo et al. 2014, 202). Par contre, ces ami.e.s ne sont pas toujours informé.e.s ou sensibilisé.e.s aux réalités trans et ne partagent pas les expériences quotidiennes de la transidentité, ne comprenant pas donc complètement cette réalité (Galupo et al. 2014, 203).
D’un autre côté, les relations d’amitié avec d’autres personnes trans auraient, elles aussi, certains bénéfices et inconvénients. Celles-ci sont rapportées comme permettant une compréhension par l’autre de l’expérience de non-normativité qui est partagée, ainsi qu’une connaissance des diverses problématiques liées au genre et à la question des privilèges, rendant le fait de discuter de la transidentité plus évidente. D’ailleurs, ce genre de relations, en plus de pouvoir offrir du soutien par le partage de différentes ressources et de divers conseils, procurerait un sentiment de communauté. Ce groupe d’ami.e.s permet aussi plus de confort à être soi dans le monde social, ces derniers faisant preuve d’ouverture d’esprit et ne les jugeant pas (Galupo et al. 2014, 205). Toutefois, les amitiés avec d’autres personnes trans peuvent aussi mener à ce que la transidentité prédomine sur tout autre sujet de conversation, prenant trop de place dans la relation selon certains individus. De plus, Galupo indique y retrouver plus de négativité et d’instabilité émotionnelle que dans les amitiés avec des individus cisgenres (Galupo et al. 2014, 206), les ami.e.s trans ressentant plus de stress et de sentiments dépressifs, ce qui peut activer ses propres sentiments négatifs en lien avec ces problématiques (Galupo et al. 2014, 208).
Finalement, le soutien des ami.e.s ainsi que de la famille peut se révéler important en relation au dévoilement de la transidentité en milieu de travail. En effet, cet appui peut avoir comme impact, pour une bonne partie des personnes trans, de faciliter et d’encourager la prise de décision d’entamer leur processus de transition ouvertement en milieu de travail (Parenteau 2016, 64). Le milieu de travail se révèle en fait être une des sphères de la vie sociale où la personne trans sera la plus touchée par des inégalités et de la discrimination. En effet, suite à de l’intimidation et du harcèlement, le quart des individus trans se sont sentis poussés à changer leur emploi. De plus, 10 % des personnes trans indiquent avoir fait l’expérience de violence verbale et 6 % expliquent avoir été victimes d’agressions
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physiques au travail (Whittle et al. 2007, 15). Dans ce milieu relationnel important au quotidien, les personnes trans vivent donc beaucoup de discrimination et de stigmatisation (Parenteau 2016, 5; Dargie et al. 2014, 71), ainsi que du harcèlement et de la violence (Parenteau 2016, 71; Whittle et al. 2007, 23).
Une étude concernant les expériences d’inégalité et de discrimination de la population trans rapporte que 42 % des individus ne vivant pas en adéquation avec le genre qui les rend à l’aise se retrouvent dans cette situation due à une crainte que cela menace leur statut professionnel (Whittle et al. 2007, 15; Parenteau 2016, 13). De plus, le fait de dévoiler son identité non-binaire en milieu de travail a des effets négatifs sur l’acquisition d’une promotion (Davidson 2016, 10) et les individus non-binaires racisés sont soumis à une situation plus difficile dans le domaine professionnel, surtout ceux d’origine afro- américaine (Davidson 2016, 10).
De façon générale, le soutien social est l’un des aspects essentiels influençant le bien-être des jeunes trans et/ou non-binaires. En fait, un manque de support est souvent associé, pour les personnes trans, à un sentiment d’insécurité et d’inconfort en contexte social (Nemoto, Bödeker, et Iwamoto 2011; Parenteau 2016, 28‑29). On soulève que les personnes rapportant de la dysphorie de genre perçoivent un niveau de soutien social significativement moindre que les gens ne ressentant pas ce type de sentiment par rapport à leur genre (Davey et al. 2014, 2982). Certains résultats rapportent en effet que les personnes cisgenres lesbiennes, gais et bisexuelles (LGB) recevraient significativement plus de soutien que les personnes trans, prenant en compte la famille, les ami.e.s et l’entourage plus général (Davey et al. 2014; Parenteau 2016, 29). Il y aurait donc moins de soutien chez les personnes qui ressentent de la dysphorie de genre que chez les gens qui n’en ont pas (Davey et al. 2014, 2977). De plus, la stigmatisation dirigée vers l’identité trans viendrait perturber l’habileté à former et maintenir les liens sociaux pour la personne trans, ce qui semble guider vers un moindre soutien social de ceux-ci (Davey et al. 2014; Parenteau 2016, 29). Donc, malgré les quelques avancements légaux canadiens (Canada 2019), une relative démédicalisation de la transidentité (Frohard‐Dourlent et al. 2017, 3) et un certain intérêt de la science pour la non-binarité (Dargie et al. 2014, 60), aspects mentionnés plus haut dans ce mémoire, les mœurs et pratiques sociales semblent être plus
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conservatrices. En effet, ce mouvement vers une reconnaissance de l’identité de genre non- binaire devrait aussi se manifester à travers un processus d’éducation et de sensibilisation afin d’assurer la sécurité des individus non-binaires en rapport à la discrimination et à la violence dans l’espace social (Bear Bergman et Barker 2017, 37).