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2.2.1.Modèle périphérique

Malgré tous les progrès de la science, notamment de la neuro-imagerie, l’étiologie des acouphènes reste à ce jour imparfaitement expliquée. Ceci explique la grande variété de modèles physiopathologiques existant encore à l’heure actuelle.[2]

Ces modèles font des acouphènes le symptôme d’une anomalie du capteur auditif périphérique que ce soit une lésion ciliaire, un trouble pressionnel de l’oreille interne, un problème au niveau du nerf auditif…etc. A ces lésions, nous rajouterons toutes les anomalies purement extra-auditives (syndrome algodystrophique de l’ATM, anomalie de la statique cervicale, troubles endocriniens ou métaboliques).

Cependant, ce modèle ne parvient pas à tout expliquer. Notamment la persistance des acouphènes après une surdité totale, voire une amputation cochléaire [2].

2.2.2.Modèle neurophysiologique de Jastreboff

Il s’agit d’un modèle central qui explique la persistance de l’acouphène et la gêne qui en résulte. Il s’appuie sur un dysfonctionnement cérébral, acquis et auto-entretenu, initié par un processus pathologique complexe associant lésion du système auditif et stress. Dans ce modèle, l’activation chronique des circuits limbiques (émotion et mémoire), et du système nerveux autonome (stress et focalisation attentionelle) expliquerait la persistance de la perception consciente et inconfortable des acouphènes chez certains patients.

2.2.3.Modèle de la douleur chronique

Les caractéristiques des acouphènes les rapprochent de celles de la douleur. En effet cette dernière se définit comme « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable décrite en terme de dommage tissulaire réel ou potentiel  ». Il existe donc une grande similitude entre les situations d’acouphènes et de douleur. Dans chacun de ces cas, la notion d’intégration centrale et de modulation par différents systèmes de contrôle explique les perturbations additionnelles occasionnées, tels que la perte d’attention, les troubles émotionnels et psychologiques. Ces perturbations suivent des mécanismes analogues à ceux décrits dans les douleurs chroniques neurales ou post-amputation. Cette hypothèse est confortée par la persistance des acouphènes après destruction totale de l’organe auditif. De plus, il explique l’association courante des acouphènes avec l’hyperacousie (hypersensibilité douloureuse aux sons) équivalente à l’allodynie dans les syndromes douloureux neuropathiques.

2.2.4.Acouphènes et troubles psycho-pathologiques

Les acouphènes ne sont pas un syndrome psychiatrique. Ceci est prouvé par le lien quasi-constant entre l’apparition d’acouphènes et la présence d’un trouble auditif. Ajoutons à cela que les acouphènes, dans de nombreux cas, disparaissent de manière brutale après une lésion cérébrale focale. Cependant, les acouphènes peuvent générer, au même titre que les douleurs chroniques, des conséquences psychologiques. Il peuvent conduire à des stratégies d’évitement ou d’anticipation, voire à des réaction phobiques. Ceci explique pourquoi les thérapies cognitivo-comportementales sont largement proposées.

2.2.5. Une nouvelle perspective : Les acouphènes selon un modèle dit écologique

Une nouvelle approche de 2014, propose les acouphènes selon un modèle écologique . Dans le cas présent, le modèle écologique est voué à 2

étudier la perception auditive en prenant les fondements neurophysiologiques et psychoacoustiques (événement acoustique), et en les replaçant dans le contexte des perceptions individuelles de l’individu. L’interaction entre les sons, l’environnement et le contexte social est également pris en compte. Les acouphènes représentent la perception d’un objet auditif alors que ni cet objet, ni son événement acoustique, n’ont de réalité propre [24].

Cette approche prend son fondement dans le fait que nous associons systématiquement un son à un objet. Par exemple si une personne entend une ambulance, il dira « j’entends une ambulance » et non pas « j’entends une fréquence de 960Hz et 770Hz en alternance de 1,3s ». Le son est donc automatiquement associé à l’objet. Cependant cette perception est grandement liée au contexte dans lequel l’individu se trouve.

Les « vrais » sons, sont liés à un objet identifiable, ou une source, au contraire des acouphènes. Le sujet atteint va rechercher la source de ce son, et ne va incriminer ses acouphènes qu’en l’absence d’objet ou source, identifiable [25]. Les acouphènes feraient donc partie d’un schéma écologique impliquant l’individu, l’environnement et le contexte social.

L’étude de l’individu passe par l’Adaptation Level Theory (ALT). Il s’agit d’une théorie récemment avancée, pour expliquer la relation entre la mémoire, la personnalité, l’attention et les acouphènes [26]. Cette théorie, ancienne, a été crée par Helson en 1947 [24]. Elle vise à expliquer et quantifier la différence de perception selon le contexte. Pour une catégorie de stimuli, notre perception va être influencée par les stimuli de la même catégorie, déjà perçus et mémorisés, ceci en prenant en compte l’influence du contexte et du milieu, ainsi que des jugements déjà appliqués. Par exemple une pièce de monnaie de 113g nous paraîtra lourde. Cependant, pour une batte de baseball, cette sensation n’apparaît qu’à partir de 1,13kg [27]. Il y a donc un niveau d’adaptation.

L'objet d'étude du modèle écologique est la relation qui s'établit entre les multiples 2

systèmes qui composent une niche écologique. Selon ce point de vue, le comportement d'un individu doit être étudié en tenant compte de l'influence réciproque des multiples systèmes qui composent son environnement écologique et des caractéristiques de l'individu lui-même.

Si l’acouphène est plus faible que le niveau d’adaptation qui découle de l’ALT, alors il sera perçu comme silencieux. Au contraire, s’il est plus fort que le niveau d’adaptation, alors il sera perçu comme intense. L’ampleur de l’acouphène serai donc fonction de trois éléments : le signal de l’acouphène, le contexte et les facteurs résiduels ou sociaux.

L’environnement consiste en des situations (environnement social, domicile…etc) qui ont pour résultats différents états d’excitation (stress, joie, anxiété…). Il en résulte différents sons de fond, qui varient au cours d’une même journée. Cela conduit à différentes perceptions auditives, et donc à différentes associations et réponses émotionnelles. L’environnement va donc influencer le confort [28], les performances cognitives [29], voire même la santé [30]. L’acouphène sera perçu différemment selon l’environnement sonore (chambre silencieuse, boite de nuit…). Le principe de ALT est de pouvoir prédire ces changements. Cela explique pourquoi les patients atteints d’acouphène ont des conduites d’évitement vis à vis de certaines situations ou activités

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Fig 9 : The ecological model of tinnitus d’après Grant D. Searchfield [25]

Tous nos sens participent à la perception d’un objet. Si une fois les signaux intégrés, l’objet identifié ne demande aucune réaction, alors la prise de conscience du signal est atténuée. C’est ce qui nous permet de nous concentrer sur certaines choses, et de ne pas porter attention à tout ce qui se passe autour de nous.

Chez une personne saine, l’audition nous alerte de la présence d’un objet, puis la vision le confirme, et enfin le sens tactile va le plus souvent permettre une interaction. Or chez le sujet atteint d’acouphènes, la vision ne peut confirmer l’objet, car il n’existe pas. Ceci conduit à une réaction anormale, ou du moins peu commune pour une personnes normale. Burton et son équipe ont observé une corrélation négative entre les cortex auditif et visuel chez les patients présentant des acouphènes. Ceci est sûrement dû au fait que la vision ne peut vérifier ce que l’appareil auditif perçoit. Il existe quelques preuves préliminaires montrant que ce mécanisme peut conduire à une sensation douloureuse. De plus, ceci pourrait conduire à la persistance du phénomène acouphènique. Ceci expliquerait pourquoi la concentration sur l’environnement réel participe à la diminution des acouphènes. Il y a donc une continuité entre l’audition et la vision. Voila pourquoi la plupart des patients rapportent qu’ils sont moins sujets à leur maladie lorsqu’ils sont occupés.

Etudions maintenant les facteurs sociaux. Les acouphènes sont une expérience personnelle et environnementale. Cependant cette expérience peut être grandement influencée par les comportements et les acquis sociaux. Encore une fois, nous retrouvons ici les réactions de l’entourage (conjoint, amis …) ainsi que celles des professionnels de la santé, induisant des réactions positives, mais aussi, bien souvent, négatives. Les normes sociales, comportementales et religieuses peuvent aussi participer aux phénomènes d’acouphènes.

Les preuves d’un tel modèle sont encore à ce jour insuffisantes. Il ne constitue dès lors qu’une piste concernant de nouvelles approches complémentaires à l’approche classique neuro-physiologique.