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En bonne saison des pluies, la crue peut atteindre 8,5 m de hauteur à Matam, assurant ainsi une bonne couverture des terres pour la culture de décrue de toute la région. De même une bonne partie des terres du Walo sert de pâturage pour le bétail durant la longue saison sèche.

3.1.2.2. Variation fluviale saisonnière

Les crues sont des évènements généralement liés à des situations météorologiques exceptionnelles [pluies longues ou intenses]. Les crues de grand bassin fluvial de plateau et de plaine se forment à la suite de pluie abondantes et longues qui provoquent un relèvement des nappes et une saturation des sols; la montée des eaux peut s’étendre sur plusieurs jours (GAUTIER et TOUCHARD, 1999). Le Sénégal peut être classé comme un fleuve alimenté par des averses tropicales (GAC et KANE, 1986 cité par BARRY et KRAUS, 2009). «Son régime hydraulique présente de deux saisons distinctes :

77 une saison de flux haut (hivernage, avec averses) de juillet-juin à novembre-octobre avec un sommet à la mi-septembre à début octobre et un flux bas pour le reste de l'année avec une baisse graduelle dans le débit fluvial jusqu'au début de la saison suivante» (SAMB, 2006 ; BARRY et KRAUS, 2009). Le régime d’écoulement du fleuve Sénégal dépend essentiellement des précipitations dans le Haut-Bassin (MICHEL, 1973 ; SY, 2008 ; BARRY et KRAUS, 2009).

SY (2013), reprenant l’analyse des apports des charges solides par le fleuve (KANE, 1985) décèle généralement trois phases. La première phase est dite « période d’érosion précoce ». Elle se produit en début de la saison des pluies (début de crue) qui s’étale sur 20 à 30 jours et se traduit par une augmentation rapide de la turbidité et du débit du fleuve. Cette phase correspond essentiellement à l’arrivée des matières en suspension apportées par le ruissellement superficiel provoqué par les premières averses. La seconde phase est d ite « période d’érosion tardive». Elle correspond au passage de la crue et peut durer 02 mois. Pendant cette phase, la charge en suspension diminue dans le cours d’eau au moment où les débits augmentent. Elle correspond à l’érosion des berges et du lit mineur du fleuve. La dernière période est dite d’ « alluvionnement ». Elle se produit en fin de crue. Elle est marquée par une diminution de la turbidité et des écoulements et se poursuit jusqu’à la fin de la crue (SY, 2013). L’autre caractéristique importante du régime du fleuve est son irrégularité interrannuelle.

3.1.2.3. L’irrégularité interannuelle du régime du fleuve

Une des caractéristiques majeures du fleuve Sénégal est l’irrégularité interannuelle de son régime (SAMB, 2006 ; KAERE, 2007 ; SY, 2010). L’écart du débit moyen annuel entre les années les plus humides et les années les plus sèches peut varier considérablement (SAMB, 2006). Les surfaces inondées sont plus ou moins vastes en fonction de la force des crues. Il a été observé des inondations d’une ampleur exceptionnelle dans toute la vallée du fleuve Sénégal lors du maximum de la crue de 1954 où un débit de l’ordre de 5800 m3/s a été observé à Bakel (NDIAYE, 2003 ; BA, 2008).

«Cette irrégularité interannuelle des crues a pendant longtemps constitué un

des principaux handicaps dans la Vallée, en ce sens qu’elle réduisait les possibilités d’une production agricole garantie dans cette zone étroite, encadrée par deux zones désertiques. En outre, la superficie des zones cultivables après la crue pouvait varier suivant l’importance, la durée et la date de la crue» (SAMB, 2006).

78 La durée des crues (occupation du lit majeur) est néanmoins tributaire de la durée de l’hivernage dans le haut bassin. Le retrait des eaux commence avec la baisse des précipitations dans le haut bassin, généralement en septembre. Cette situation entraîne rapidement la décrue à Bakel dès septembre. Cependant, en aval de la station, du fait des eaux restituées, par le lit majeur au fleuve, entre la seconde quinzaine du mois d’octobre et la première moitié de novembre, la décrue ne se fait véritablement sentir à Matam qu’en novembre avant de se poursuivre beaucoup plus rapidement (BA, 2007 ; KAERE, 2007). Pendant la période d’étiage, comprise entre novembre et juin et au cours de laquelle aucune précipitation importante n’est enregistrée, les débits du fleuve et de ses affluents diminuent progressivement (SAMB, 2006), figure 14.

Figure 14 : Les côtes Moyennes journalières à Bakel

Source : SAMB (2006)

En plus des crues qui occupent tout le lit majeur du Sénégal pendant l’hivernage, il y a des défluents du fleuve, comme le Diamel (Ballel : le 16 septembre 2016), photo 13.

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Photo 13 : Le Ballel à hauteur de Tiguéré Yéné, en période de crue

Le Ballel Diamel qui se détache du Sénégal au niveau du village éponyme à un kilomètre au nord de la ville de Matam est le plus important défluent. Il se prolonge sur des dizaines de kilomètres jusqu’aux environs de Diorbivol et répand ses crues sur une bonne partie du Daande Mayo. Mais au sud un autre défluent ceinture la commune de Matam, quoi que moins puissant : c’est le Dioulol appelé aussi Thiangol Navel (photo 14).

Photo 14 : Vue du Djoulol en février 2005, saison sèche

Source : BA (2007)

La photo 14 montre le Dioulol. Elle est prise en saison sèche mais pendant l’hivernage les eaux ceinturent le quartier de Navel et tout le côté sud de la commune. Souvent, les crues inondent la ville à partir de ce défluent. Pendant l’hivernage, le trop plein d’eaux de Diamel et

80 de Dioulol et les eaux de ruissellement venant du Ferlo vont s’étaler dans une vaste cuvette de décantation. La cuvette devient une zone d’épandage pour former le Kollangal Matam- Ourossogui (BA, 2007).

Cependant, le déficit constaté depuis la fin des années 1960 a grandement affecté le fleuve (BA, 2007 ; SY, 2010). Et pour étudier les débits et le cours du fleuve l’échelle limnométriques sur la station de Matam a été installée en 1903 (figure 15).

Figure 15 : Comparaison des débits maximums entre Bakel (amont) et Matam

Source : KAERE (2007)

La même courbe de tarage est utilisée pour toutes les transformations de hauteur, depuis 1903. Les jaugeages sont souvent actualisés pour contrôler la validité de la courbe. Ils sont effectués aussi bien en période de crue qu’en période de décrue (KAERE, 2004).

Néanmoins, avec la mise en service des barrages de Diama et de Manantali, le potentiel en eau de surface s’est renforcé du fait de l’action de régulation des barrages (SENE, 2009). Toutefois, cette régulation n’éradique pas définitivement la menace des inondations causées par des crues (BA, 2007). Dans le département de Ranérou Ferlo, le potentiel en eau de surface est très limité. L’essentiel des eaux superficielles se trouve dans la partie septentrionale du département (SENE, 2009). La Région de Matam héberge de ressources souterraines considérables.

81 3.2. Les eaux souterraines

Les eaux souterraines sont dans l’ensemble abondantes (SENE, 2009). La découverte de la nappe du Maestrichtien (en 1938) et son exploitation par les ouvrages hydrauliques représenteront un tournant très important dans la gestion des ressources pastorales du Sénégal septentrional (DIOP, 1989). Pour satisfaire les besoins en eau de la population, face à l’insuffisance d’eau de surface qui réponde aux normes d’usage, le Sénégal s’appuie sur l’exploitation des ressources en eau souterraine. Une politique hydraulique villageoise est mise en œuvre à cet effet. Ces ressources en eaux souterraines s’identifient par leur appartenance aux différents aquifères. Elles ne sont disponibles qu’à partir d’installations artificielles. Elles sont regroupées en deux catégories majeures : les eaux d’infiltration et les eaux de nappe.

3.2.1. Les eaux d’infiltration

Les eaux d’infiltration pénètrent à travers les pores du sol. Elles sont entraînées en profondeur par la gravité. Ces eaux peuvent être retenues par les pores capillaires (eaux de rétention capillaire) ou descendre à travers les pores et vides non capillaires (eaux de percolation) et atteindre ainsi la nappe phréatique (BA, 2008). Les eaux d'infiltration sont piégées par les couches non saturées et seraient reprises par l'évaporation ou resteraient en attente des apports complémentaires des années suivantes, et ne finiront par aboutir à une recharge de la nappe qu'en cas de bonnes précipitations prolongées (SIGHOMNOU, 2004). Cette ressource en transition atteint les nappes.

3.2.2. Les eaux de nappe

Les nappes dont les eaux sont disponibles dans la région sont la nappe profonde et la nappe phréatique.

3.2.2.1. La nappe profonde

La nappe du Maastrichtien dont la profondeur peut atteindre parfois 300 mètres est captée par les forages (SENE, 2009). Elle couvre les 4/5 du territoire national avec une potentialité de 500000 m3/jour. Elle est, au niveau national, la nappe la plus utilisée avec des forages atteignant parfois 400 m. Du fait de sa profondeur, cette nappe n’est accessible que par forage. Elle se situe à moins de 90 m dans la commune de Matam et assure l’essentiel du ravitaillement en eau potable pour les besoins des populations. Dans le département de Ranérou, elle est la seule source d’eau souterraine (carte 7).

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