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KALKKARSE

In document Fylkesmannen i Østfold (sider 103-106)

x Charge dans les adhésifs 

Au‐delà des propriétés siccatives, ce sont les propriétés de l’ocre comme charge que ces  expériences  ont  tenté  de  montrer.  Le  pouvoir  siccatif  ainsi  que  les  propriétés  colloïdales  des  oxydes  pourraient  en  faire  des  charges  potentielles.  On  a  utilisé  par  exemple  l’ocre  rouge  comme charge dans le caoutchouc (Collectif, 1999). 

Une  étude  expérimentale  a  montré  que  l’ocre  jaune  (composition  indéterminée)  peut  jouer  ce  rôle  lorsqu’elle  est  ajoutée  à  un  adhésif  à  base  de  résine  et  de  cire  (Allain  et  Rigaud,  1976 :  717).  En  présence  de  cette  charge  minérale,  les  deux  composés  organiques  forment  un  mélange homogène lorsqu’on le chauffe, ce qui n’est pas le cas lorsqu’ils sont employés seuls.  

Une autre étude menée par Wadley et al (2009) a permis de constater que cette propriété  n’est  pas  nécessairement  celle  des  oxydes  de  fer.  En  effet,  l’hématite  pure  mélangée  à  de  la  gomme  végétale  (famille  des  saccharides)  produit  un  adhésif  beaucoup  trop  cassant  pour  garantir  son  efficacité.  Au  contraire,  l’ocre  qui  a  permis  de  fabriquer  les  adhésifs  les  plus  résistants  contient  un  taux  de  silicium  élevé,  et  présente  une  granulométrie  variable.  Cette  observation conduit à différencier à nouveau les propriétés des oxydes purs, des propriétés des  mélanges.  Elle  remet  également  en  question  l’importance  de  la  présence  des  oxydes  pour  garantir  une  fonction  technique.  Par  exemple,  sans  la  présence  d’oxydes  de  fer,  cette  charge  aurait‐elle la même efficacité ? Si oui, alors il est clair que la fonction des oxydes n’est pas liée à  la fonction de l’adhésif, elle est autre.  

En résumé, il est possible de déterminer plusieurs propriétés exploitables pour l’hématite,  tandis que seule la fonction de pigment apparait associée à l’utilisation de goethite (Tableau 10).  Le  rôle  de  charge,  quant  à  lui,  apparait  davantage  associé  aux  roches  ferrugineuses  qu’aux  oxydes  seuls,  que  nous  avons  regroupés  sous  le  terme  « ocre ».  Toutefois,  dans  nombre  des  expérimentations que venons d’évoquer, le manque de connaissance des matériaux utilisés rend  difficile une conclusion définitive sur le composant actif. La question se pose d’autant plus si on  prend en compte la possibilité d’un ajout de charges d’un liant avant emploi. Au‐delà de cette  discussion  sur  les  propriétés  de  l’ocre,  il  faut  donc  s’intéresser  à  la  fonction  additive  attribuée  aux  oxydes  de  fer  dans  leur  contexte  d’utilisation.  Une  description  de  ces  contextes,  telle  que  proposée dans certaines sources ethnographiques, peut permettre d’approfondir cette question. 

   

Matériau  Propriétés physiques ou chimiques  Action  Fonction  Goethite  Couleur  et    petite  taille  des  cristaux, 

bonne  dispersion  en  suspension  colloïdale 

Pouvoir colorant  

Petite taille de cristaux  Pouvoir couvrant

Hématite  Petite taille des cristaux, dureté Pouvoir abrasif       Couleur  et    petite  taille  des  cristaux, 

bonne  dispersion  en  suspension  colloïdale 

Pouvoir colorant

Petite taille de cristaux 

 

Pouvoir couvrant

Adsorption  d’eau  et  de  molécules  organiques  Pouvoir siccatif Tableau 10 – Synthèse des propriétés, actions et fonctions strictement imputables à l’hématite et à la  goethite, après discussion des hypothèses proposées par les sources archéologiques.   Notes : La fonction de charge n’est pas liée aux oxydes ou hydroxydes seuls mais dépend de la granulométrie  du mélange. Tout ce qui concerne la fonction de film protecteur sur une surface est susceptible d’être  renforcée par l’action des argiles. En cas de mélanges avec d’autres minéraux, la fonction n’est plus celle de  pigment, mais de matière colorante.            Conservateur siccatif Pigment  Pigment  Siccatif  Abrasif  Film protecteur

c. Fonction et valeur de l’ocre : point de vue de l’ethnographie  

Une  revue  critique  des  sources  ethnographiques  citées  dans  la  littérature  archéologique  est utile à deux niveaux. Tout d’abord, il s’agit de discuter des différentes hypothèses qui ont été  proposées comme relevant du domaine utilitaire. A quel point, dans le contexte de l’utilisation,  les propriétés des ocres et des oxydes de fer sont mises à profit ? D’autres motivations sont‐elles  évoquées, comme des superstitions ou des croyances, pouvant être plus ou moins reliées à une  signification symbolique ?  Ensuite, il est intéressant de discuter de la position selon laquelle l’utilisation de matières  colorantes  relève  toujours  de  la  sphère  symbolique  à  un  certain  niveau,  quelle  que  soit  le  contexte d’utilisation (voir chapitre I.2.2). La question essentielle dans ce cas est de savoir dans  quelle mesure l’utilisation de l’ocre comme matière colorante est associée à des considérations  d’ordre : 1) symbolique, ayant un sens donné au travers d’une base « mythologique » commune,  et  donc  strictement  définie  par  conventions  sociales ;  2)  iconique  ou  indexique,  ayant  une 

signification  mais  non  d’ordre  symbolique13  (signalisation,  indication) ;  3)  esthétique,  relevant 

d’une pratique prisée et valorisée dans le contexte culturel mais sans signification explicite14 (lié 

à  l’attrait  pour  la  couleur,  la  symétrie,  ce  qui  brille,  etc.)  4)  ou  enfin  « utilitaire »,  c’est  à  dire  répondant à un besoin purement matériel. Pour cela, nous avons séparé les exemples en trois  ensembles :  ceux  relevant  de  l’utilisation  comme  matière  colorante,  dans  la  peinture  ou  la  teinture ; ceux relevant d’un emploi en contexte funéraire ; ceux relevant d’activités autres. 

 

Cette distinction entre différents « types » de considérations peut paraître restrictive. En  un  sens,  les  comportements  humains  sont  souvent  difficiles  à  catégoriser  de  manière  aussi  formelle.  Nous  avons  vu  toutefois  la  nécessité  d’aborder  ces  questionnements.  Nous  nous  proposons  ici  de  reprendre  quelques  exemples  ethnographiques,  parmi  les  plus  souvent  cités  dans  la  littérature,  afin  d’initier  une  réflexion  plus  vaste  sur  la  manière  de  décrire  des  comportements  complexes,  en  dépassant  la  simple  opposition  entre  « utilitaire »  et  « symbolique ».      13 Une utilisation iconique ou indexique de l’ocre, dans le cas de représentations graphiques par exemple, peut  être  associé à un « style », c'est‐à‐dire selon la définition de J. Sackett (1982 ; 1986), un choix dans la forme qui ne dépend pas  de contraintes liées à la matière première ou de contraintes techniques. Toutefois P. Chase (1990) montre que ce style n’est  pas nécessairement symbolique. Il peut procéder d’un choix arbitraire (par exemple la fourchette à 3 ou 4 dents selon les  cultures), mais non nécessairement liée à un sens défini par conventions sociales (le nombre de dents sur une fourchette  n’a pas se signification). Il est alors indexique.  14

  De  même  que  précédemment,  l’aspect  esthétique  lié  à  la  notion  de  décor  n’a  pas  nécessairement  valeur  symbolique. Il peut y avoir un lien avec des conventions sociales, mais aucun sens n’est attribué à la pratique. 

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