2. Building a CAN Bus Research Platform
2.3. SoC Detection Device
2.3.6. Altera Cyclone V FPGA
Dans le cadre d’un projet de recherche, monté en partenariat avec l’équipe en charge de CALM, nous avons eu accès, entre 2015 et 2017, aux enregistrements des formulaires d’inscriptions et à leurs évolutions successives38
. 38. Données anonymisées par
les membres de l’association. L’inscription se déroule comme suit : lorsque l’on se connecte sur la plateforme CALM, il convient d’abord d’indiquer si l’on est un futur accueillant ou un futur accueilli, le système nous dirige ensuite vers un formulaire dédié (Figure 6.10). L’inscription est individuelle autant pour les accueillis que pour les accueillants, même si pour ces derniers, on sous-entend plus généralement la notion de foyer (une famille, un couple, voire une personne seule. . .). Ces formulaires s’appuient sur la technologie gratuite Google Forms39
et se présentent comme une 39. Application Web permettant
de créer et de partager à la volée des formulaires en lignehttps: //docs.google.com/forms/u/0/.
suite de questions appelant des réponses ouvertes (d’expression libre) ou fermées (à choix multiples ou listés).
Figure 6.10: Premières ques- tions du formulaire accueillants
Dans les faits, le formulaire des accueillis n’a jamais été réellement mis en place, si ce n’est durant quelques jours, au début de l’automne 2015. Durant ce court laps de temps, le service est assailli et croule rapidement sous plusieurs centaines d’inscriptions. Aussi, faute de pouvoir gérer la demande, le formulaire est quasi-immédiatement fermé, l’équipe de CALM proposant plutôt aux futurs accueillis de se déplacer dans les locaux de l’association pour les rencontrer directement. En revanche, le formulaire des accueillants reste lui accessible et fait l’objet de mises à jour régulières par l’association. Nous dénombrons, ainsi, 4 versions successives : 1) avant juin 2015 2) de juin 2015 à novembre 2016 3) de novembre 2016 à juin 2017 1) après juin 2017.
Version 1
Avant Juin 2015 Juin 2015 – Novembre 2016Version 2 Novembre 2016 – Juin 2017Version 3 Après Juin 2017Version 4
Avec enfants? Code postal Motivation / Pourquoi Calm?
Parlez nous de vous Partage de réseau / métier?
Temps d'accueil Type d'espace Autres informations Avec enfants? Capacité d'accueil Code postal Enseignement métier / partage réseau
Motivation / Pourquoi Calm?
Parlez nous de vous
Taille Temps d'accueil Type d'espace Autres informations Avec enfants? Capacité d'accueil Code postal Enseignement métier Motivation / Pourquoi Calm?
Parlez nous de vous Partage réseau
Taille Temps d'accueil
Type d'espace
A partir de quelle date pouvez-vous accueillir?
Accessible par les transports en communs?
Accueillir une personne seule / un couple Autres informations
Avec enfants? Avez-vous des animaux?
Capacité d'accueil
Code postal Combien d'enfants avez vous? Combien de chambre pouvez-vous mettre à disposition? Comment avez-vous entendu parler de CALM?
Dans quel domaine d'activité travaillez vous? Date de naissance
Décrivez nous l'accessibilité de votre logement Enseignement métier
Homme / Femme Motivations / qu'attendez vous de cette expérience?
Parlez nous de vous Partage réseau
Quelles langues parlez vous?
Temps d'accueil
Ville du logement Vos centres d'intérêts Votre situation Votre situation professionnelle
Figure 6.11: Évolution de la structure du questionnaire des accueillants Partant de là, notre première tâche, lorsque nous entrons en possession
de ces archives, consiste à les nettoyer, à les structurer et à les uniformi- ser40
. En effet, il est courant que, d’une version à l’autre, la formulation 40. Travail réalisé en collaboration avec E. Barnoud, S. Dahan, M. Garnier, T. Glasser, N. Leclerc, K. Nguyen, C. Ruppli, M. Verstraete, étudiants à Télécom ParisTech.
d’une question puisse évoluer. Certaines apparaissent, d’autres dispa- raissent. Par exemple, la question de l’âge d’un accueillant est ramenée, progressivement, à sa date de naissance. Or, si l’information finale reste la même, la donnée à traiter, soit par un humain, soit par un script auto- matique, est différente. Il nous faut donc : ou bien transformer les âges en date, ou bien faire l’opération inverse afin de mener, comme nous l’envisageons maintenant, une analyse longitudinale de l’ensemble de
ces inscriptions. Pour ce faire, nous développons une première chaîne semi-automatique d’unification des données (Figure 6.12).
versions 1 … 3 t1 t2 t3 .py version unifiée script python
Figure 6.12: Unification des différentes versions d’une même base de données
Mais avant de plonger dans l’exploration de l’archive maintenant nettoyée, commençons par observer l’évolution de sa structure au cours du temps, telle que nous l’expose la Figure 6.11. Contrairement à l’his- torique des sections d’un forum (Figure 5.20) qui peut être révélateur de grandes ruptures ou de grands changements, la structure du for- mulaire CALM s’inscrit plutôt dans une forme de continuité. Il n’y a pas d’apparition de nouvelles questions à proprement parler, mais, une tendance générale à la fragmentation et la spécialisation de questions ouvertes (Parlez nous de vous, Type d’espace. . .) en une suite de champs plus restreints (Quelles langues parlez vous ?, Combien de chambres pouvez vous mettre à disposition ?. . .).
À travers l’évolution du formulaire, ce sont les descripteurs avec lesquels sont qualifiés les accueillants, en base de données, qui se transforment et se rationalisent : d’un point de vue d’informaticien, il est ainsi plus simple de gérer à grande échelle un paramètre clai- rement défini et quantifiable (l’âge, un nombre de chambre, une liste de langues. . .), qu’un champ d’expression libre, d’où il faudra extraire une information potentiellement mal formulée, voire inexploitable. La Figure 6.11 traduit, de fait, une évolution d’ingénierie, pensée pour amé- liorer la gestion et l’exploitation des données d’inscription. Aussi, cette discrétisation d’un individu en un ensemble de descripteurs normés sous-tend ce que A. Rouvroy et T. Berne nomment gouvernementalité algorithmique, soit :
« un certain type de rationalité (a)normative ou (a)politique reposant sur la récolte, l’agrégation et l’analyse automatisée de données en quantité massive de manière à modéliser, anticiper et affecter par avance les comportements possibles » — (Rouvroy et Berns, 2013, p.11)
La gouvernementalité algorithmique est une stratégie de rationalisa- tion et de transcription du réel sous forme de données numériques exploitables par les systèmes informatiques. L’incertitude générée par les comportements humains est effacée (ici les champs d’expression libre) au profit d’une information spontanée et objective, qu’il n’est plus nécessaire de discuter. Aussi pourquoi l’association Singa a-t-elle souhaité rationaliser à ce point les modalités de gestion de ses données d’inscriptions ? Pourquoi modéliser le profil des familles d’accueillants ?
Né du hackathon41
Réfugiés Connectés co-organisé par Singa et par 41. Évènement de courte durée réunis-
sant développeurs, experts in- dustriels et associatifs pour par- ticiper au développement d’un projet collaboratif (Lobbé, 2018)
le Diasporas Lab en février 2015, le programme CALM est, dans un premier temps, géré par des personnes qui ne se considèrent pas comme des développeurs informatiques (Figure 6.11, versions 1 & 2). Par le choix d’une infrastructure technologique simple et accessible (Google
Forms et feuilles de calcul Excel), servant de base à une mise en relation manuelle des couples accueillants/accueillis42
, l’association favorise 42. Les membres de l’association fouillent à la main les inscriptions dans leur base de données pour détecter de bons candidats à l’accueil
d’abord un travail humain, qualitatif et fondé sur l’expérience acquise par son équipe. Chaque médiation est l’objet d’une discussion singulière entre familles et réfugiés.
Cependant, quelques mois plus tard (Figure 6.11, versions 3 & 4), devant faire face à une augmentation des inscriptions au programme, Singa décide de recruter un développeur pour CALM. Au cours d’entre- tiens organisés avec ce dernier, nous apprenons qu’il travaille alors sur la conception d’un système de « matching automatisé » des accueillants et des accueillis, pour épauler, voire remplacer, à terme, le travail fasti- dieux des membres de l’association. En favorisant des questions précises et non bruitées dans les formulaires, il pense dégager « une trentaine de paramètres » décrivant finement le profil des accueillants. La base de données sera, de fait, adaptée à un futur traitement algorithmique. Son système de suggestion automatisé proposera alors « un sous-ensemble qualifié de familles d’accueillants qui, une fois validé par l’accueilli, seront à même de discuter ensemble « dans un salon en ligne privé, hébergé sur la plateforme ». Ce faisant, le développeur pousse au maximum la logique d’automatisation de la mise en relation, avec une médiation devenue purement algorithmique, supposée neutre ou juste, car rendue invisible et sans intermédiaire humain. L’incertitude disparait.
Mais la collaboration entre le développeur et l’association n’aboutit pas : la mise en production du système est annulée, incapables de faire converger leurs visions respectives de l’outil. En effet, Singa comprend rapidement que la mise en relation humaine des réfugiés et des familles doit rester au cœur de leur savoir-faire. Elle ne doit pas être déléguée à une machine, car cette expertise est vecteur de confiance et de liens entre les deux parties.
En cela, Singa et CALM font office d’exception dans le paysage des innovations sociales et solidaires, émergeant à mesure que la crise des réfugiés s’aggrave. Ils sont ainsi nombreux43
, dans la veine de 43. Dans un rapport encore non publié, D. Diminescu et L. Macias recensent l’apparition de 82 applications mobiles d’aide aux réfugiés sur cette période. l’initiative Techfugees44
à se lancer, par altruisme ou par simple oppor-
44. https://techfugees.com/
tunisme, dans la création de toutes sortes d’applications et de services automatisés à destination des personnes réfugiées : diffusion d’infor- mations, appels d’urgence, aide à la navigation, traduction. . . Pour D. Diminescu, l’année 2015 doit être considérée comme un véritable moment technophorique, où l’on voit exploser l’intérêt pour ce type d’innovations.
Mais nous tenons à souligner que cette forme de solutionisme techno- logique (Morozov, 2013) ouvre une brèche potentiellement dangereuse, qui nous oblige à interroger les modalités de gestion, de traitement et de protection des données numériques personnelles des populations réfugiées. En effet, ces multiples applications ont accès à des informa-