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Un premier axe des finalités et des ambiances oppose le capital littéraire au capital économique. Un second axe des concurrences oppose les autres salons parisiens ou en régions à la filière livre en ligne, toutes deux en croissance. Le Salon de Paris, qu’on place au centre du graphe, est un nœud de tensions entre des mouvements contradictoires, entre différents types de concurrences.

(F. Barbe, 2010)

257 Alain Beuve-Méry, La Salon du Livre joue son avenir, Le Monde, 6 mars 2009. 258 Ibid. Librairies en lignes Amazon Sites des éditeurs Livres d’occasion En ligne Babelio Liseuses Apple Blogs Littéraires

La direction du Salon évoque son possible déplacement au Grand Palais, le lieu initial auréolé de nostalgie et de capital littéraire, mais de surface beaucoup plus réduite (20 000 m², deux fois moins qu’à la Porte de Versailles) et donc forcément lié à un changement de stratégie, l’arrêt de la manifestation ou sa poursuite sur le site actuel. Même si la solution choisie est de « réactiver la vitrine du marché » que constitue le Salon à la Porte de Versailles (selon Jean- Daniel Compain, le directeur de Reed Expositions259) avec une forte dynamique événementielle et une durée raccourcie, nous ne sommes donc pas les seuls à éprouver des difficultés avec ce salon. Mais elles sont différentes de celles des organisateurs. Nous ressentons un malaise, car, dans notre regard d’acteur- géographe, le Salon du Livre devient très vite un non-lieu (Augé, 1992). Nous y trouvons dans cet immense environnement gardienné, bruyant, agité et saturé toutes les formes de surabondance (événementielle, spatiale, commerciale) caractéristiques de la surmodernité. Le communiqué de presse de bilan de l’édition 2012 ne contient presque que des chiffres : 190 000 visiteurs (+ 5 %), 30 000 professionnels, 40 pays, 20 auteurs japonais, 18 auteurs moscovites, 2 000 auteurs, plus de 500 rencontres avec le public, 36 500 jeunes avec une augmentation de plus de 30 % tant pour les scolaires que pour les étudiants260.

Il y a dans notre perception du non-lieu une grande part de subjectivité, nous en sommes conscients. Et il n’est pas facile d’expliquer cette perception et encore plus de l’objectiver, d’autant qu’en 2010, la très grande majorité des exposant régionaux que nous côtoyons longuement et avec qui nous échangeons, ainsi que les libraires qui facturent les livres des éditeurs présents et vendent ceux des éditeurs représentés, semblent exprimer un autre sentiment. Certes, il y a des variantes marquées, dont certaines sont vraiment critiques, des postures, des styles et des âges. Sur la vingtaine d’éditeurs accueillis dans l’espace régional, seize sont des « anciens » (Artisans Voyageurs, Le Bord de la vie, Capricci éditions, Cénomane, D’Orbestier, L’Escarbille, Gulf Stream, Joca Seria, Joseph K, MEET, Le Petit Jaunais, Le Petit véhicule, Le Polygraphe, Revue 303, Siloë, Soc et Foc, CDL édition) et se retrouvent. Seuls quatre éditeurs (À la criée, le Centre vendéen de recherches historiques, Monographic et les éditions du Temps) n’ont pas participé à l’édition 2009, à l’édition 2008 ou aux deux. Les « anciens » semblent dans la répétition du même, des habitudes existent, ont été prises, les agendas sont déjà calés. Malgré l’absence d’un véritable événementiel sur l’espace de la Région, l’ennui de l’éditeur assis derrière sa table est jugulé par avance. C’est un rendez-vous annuel : ni stress, ni enthousiasme exagéré. Les rares « nouveaux » sont dans la réalisation et l’attente de quelque chose. Une découverte. Et si l’anonymat global du Salon est certain, l’espace régional Pays de la Loire réussit une captation temporaire des visiteurs qui en sont originaires et recrée une « bulle pays de la Loire » et même « une bulle nantaise » (12 maisons sur les 20 présentes) d’interconnaissance. Les élus chargés de la culture ne sont pas les derniers à faire le tour des stands. Les personnels de la Région (des femmes, fonctionnaires territoriales ou contractuelles), organisatrices concrètes et médiatrices, sont également à la manœuvre. L’espace régional Pays de la Loire existe et fonctionne.

259 Ibid.

260 http://lb7.reedexpo.fr/Data/kmreed_sdl/block/F_2c78caf46707a6aa687547ad3c403cfa4f69ace43a31f. pdf

Pourquoi monter ?

La Région des Pays de la Loire participe au Salon du Livre de Paris depuis 1995. Une demande des éditeurs régionaux, relayée par la direction de la Communication qui l’impute alors sur son budget. Mais les premiers essais paraissent insatisfaisants aux éditeurs : c’était un stand à la gloire de la Région nous explique sans détour Christine Marzelière, l’actuelle chargée de mission Livre à la Région. Il y a en effet un double décalage. La politique régionale du livre en Pays de la Loire est alors très en retard par rapport à celle des autres arts (spectacle vivant, arts plastiques, cinéma). La présence au Salon est acquise avant que la Région ne développe ses propres outils et sa propre politique dans le domaine. La Région semble vouloir monter à Paris autant que les éditeurs, mais peut-être pas pour les mêmes raisons. En 1995, la Région met donc ses outils publics en place : première participation au Salon du Livre et premier numéro de la revue Encres de Loire261, en partie consacré à Julien Gracq, le géographe-écrivain installé depuis des années, en bord de Loire, à Saint-Florent le Vieil, sa ville natale. Signe de continuité dans l’appréciation des valeurs patrimoniales, la Région pilote aujourd’hui la patrimonialisation de sa maison, en partenariat avec l'État, le Conseil général du Maine-et-Loire et la commune de Saint-Florent-le-Vieil, un coût supplémentaire qui s’inscrira à terme dans un budget à moyens constants – document 69.

CREATION DE LA MAISON DE JULIEN GRACQ A ST FLORENT LE VIEIL