Pie XII promulgue en 1951 un Décret de la Congrégation des Rites pour la réforme de la Vigile pascale, dont le plus grand changement est de « ramener à sa splendeur primitive la Vigile pascale et de lui rendre sa place originelle, c’est-à-dire les heures de la nuit qui précède le dimanche de la Résurrection275 ». Basée sur une ample recherche historique, afin de
275 S
ACRÉE CONGRÉGATION DES RITES, Décret Dominicae Resurrectionis, Introduction. Le P. Ferdinando Antonelli, rapporteur général de la section historique de la Sacrée Congrégation des Rites, précise : « Les rites du Samedi-Saint furent créés à l’origine pour une vigile nocturne, qui, avancée aux heures de la soirée, puis à celle de l’après-midi, finit au XIVe siècle par être fixée au matin du Samedi-Saint. Avec cette anticipation le
symbolisme de nombreux rites en arriva à perdre une grande partie de son efficacité. Par exemple, la bénédiction du feu et du cierge pascal et toutes les allusions du solennel praeconium pascal à la nuit bienheureuse et à la splendeur nocturne étaient aujourd’hui des choses privées de sens » (F. ANTONELLI, La liturgie du Samedi-Saint
retrouver la tradition liturgique primitive, en rétablissant certains éléments qui s’étaient perdus et en éliminant ou modifiant d’autres qui représentaient une déformation tardive, le but de cette « restauration » est clairement pastoral : il s’agit de favoriser l’assistance des fidèles276. Pie XII procède ensuite à une restauration liturgique semblable pour les autres jours de la Semaine sainte, ramenant les rites « aux heures mêmes où ces très saints mystères avaient eu lieu277 », c’est-à-dire l’Institution de l’Eucharistie le soir du jeudi, la célébration de la passion et de la mort du Christ aux heures de l’après-midi du vendredi. Ces modifications vont se retrouver dans la dernière version du Missel issu du concile de Trente, promulgué par Jean XXIII en 1962, avant la grande réforme liturgique qu’il va provoquer en convoquant le concile Vatican II. Cette nouvelle édition du Missel sera précédée par Le nouveau code des
rubriques du bréviaire et du Missel Romain, promulgué par le Motu proprio Rubricarum Instructum du 25 juillet 1960278.
Après la Constitution conciliaire et la première Instruction pour l’exécution de la
Constitution sur la Liturgie du 26 septembre 1964, qui a tracé les lignes essentielles de la
rénovation voulue par le Concile279 et déterminé un grand nombre de « points qui peuvent entrer en vigueur maintenant, avant la restauration des livres liturgiques280 », il fallait apporter des modifications au Missel de 1962, et ce pour le délai du 7 mars 1965, date où l’Instruction entrerait en application. Le Ritus servandus et l’Ordo Missae, promulgués le 27 janvier 1965, apportent ces modifications, tout en gardant le plan et en reproduisant les termes du Ritus de 1962, auquel ils se réfèrent constamment281. Mais très vite, ce rituel de 1965 va se retrouver dépassé, notamment par la possibilité accordée par l’Instruction Inter Oecumenici de célébrer
276 « On a cherché, ajoute encore le P. Antonelli, à mettre en relief le symbolisme primitif, si riche dans les rites
du Samedi saint, et à faire en sorte que les fidèles puissent suivre le déroulement de la fonction sacrée dans toutes ses parties, en introduisant même quelques allégements et raccourcissements, là où cela pouvait se faire sans détriment, comme c’est le cas des ‘prophéties’, qui de douze ont été réduites à quatre » (F. ANTONELLI, La
liturgie du Samedi-Saint retrouve sa place dans la nuit de Pâques, c. 343).
277 Cf. S
ACRÉE CONGRÉGATION DES RITES, Décret Maxima redemptionis nostrae mysteria du 16 novembre 1955.
278 Aimon-MarieRoguet fait remarquer qu’il s’agit toujours de « rubriques » impératives, mais le ton change
déjà quelque peu puisque des dérogations sont données, par exemple pour les choix des couleurs liturgiques si telle couleur ne s’accorde pas avec la tradition d’un peuple, la Conférence épiscopale de ce pays ou de la région peut la substituer par une autre couleur plus appropriée (cf. A.-M. ROGUET, L’arrière-plan doctrinal de la nouvelle liturgie de la messe, p. 74).
279
Cf. F. DELL’ORO, Sussidi per la celebrazione della Messa rinnovata dall’Instructio, p. 67.
280 S
ACRÉE CONGRÉGATION DES RITES et CONSEIL POUR L’APPLICATION DE LA CONSTITUTION SUR LA LITURGIE, Instruction Inter oecumenici, n° 3.
281
Substantiellement, note Annibale Bugnini, le secrétaire du Consilium, rien n’a changé. Le rite reste en latin, le canon est toujours récité à voix basse. Mais le Ritus servandus laisse tomber de nombreux détails superflus et apporte des simplifications (par exemple, on ne change plus le missel de côté). Il n’y a plus de « doubles rites » : le célébrant ne lit plus le Gloria pour son propre compte pendant que la chorale le chante. Le Notre-Père est chanté ou récité par tous. Et surtout, il introduit une distinction claire (et aussi de lieu) entre la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique. La communion des fidèles a lieu pendant la messe (cf. A. BUGNINI, Le nouvel
face au peuple282 qui rend de nombreux gestes tributaires des rubriques codifiées en 1570 (multiples baisers à l’autel, signations, génuflexions, etc.) difficiles à effectuer. Entre la liturgie du concile de Trente et celle du IIe concile du Vatican, il constitue « un rituel de transition » et en même temps, une étape indispensable283.
La modification qui concerne plus particulièrement notre étude est la pause de silence dans les oraisons, entre Oremus et Flectamus genua.