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regard enthousiaste sur ny fransk grammatikk – morfologi, syntaks
og semantikk (nfg) par hans petter helland
MARIANNE HOBÆK HAFF Universitetet i Oslo
résumé
Dans cet hommage à Hans Petter Helland, j’ai examiné deux sujets traités dans sa grammaire, Ny fransk grammatikk – morfologi, syntaks og semantikk (2006). En premier lieu, j’ai étudié la comparaison entre le futur simple et le futur périphrastique, un sujet de sa thèse de doctorat, Sémantique et pragma- tique temporelles. Futur simple et futur périphrastique (1994). J’ai pu constater que, depuis 1994, Helland a modifié l’analyse sémantique de la périphrase de façon à rendre celle-ci plus compréhensible pour les étudiants. En second lieu, j’ai abordé les constructions hypothétiques, un de mes sujets favoris en matière verbale. Malgré quelques réserves, je trouve que la présentation qu’il fait est intéressante et très bonne d’un point de vue pédagogique.
[1] introduction
D’habitude une grammaire ne se lit pas comme un roman, mais se consulte sur un point précis ou permet au lecteur de s’enrichir d’informations plus vastes sur des sujets d’ordre grammatical. C’est cependant comme un roman que je l’ai lue de A à Z, et cela a pris du temps, car c’est un ouvrage de 489 pages bourrées d’analyses et remarques intéressantes. De même, il est bien écrit.
Pour honorer mon collègue, j’ai choisi d’aborder un des travaux qui doit lui être cher, à savoir Ny fransk grammatikk (2006), grammaire excellente, très ap- préciée par les enseignants et les étudiants, et sans aucun doute le texte le plus consulté parmi ses travaux. Helland souligne, dans le premier chapitre, qu’il s’agit d’une grammaire à la fois scientifique et pédagogique destinée aux étu- diants norvégiens en licence1 ou master de français, ainsi qu’à un public
[1] Ayant, dans l’ensemble, un niveau assez théorique, ce qui est honorable, j’ai pu constater, en l’utilisant à mes cours, que cette grammaire est difficile pour beaucoup d’étudiants en première année. Le manque d’un index fait aussi qu’elle est difficile à consulter. Par contre, la liste terminologique à la fin du livre est bien réussie et très utile.
norvégien ayant de bonnes connaissances en français. Il s’agit donc d’une des- cription du français langue étrangère (L2). La traduction en français du titre de ce livre correspondrait peut-être à Grammaire nouvelle du français (et pas à Nou- velle grammaire du français), car c’est la première grammaire scientifique du fran- çais destinée avant tout à des étudiants norvégiens. L’auteur a fait beaucoup de commentaires contrastifs, et cette comparaison explicite entre les deux langues rend l’apprentissage du français plus facile et plus intéressant. Il faut souligner que Helland a écrit nombre d’études contrastives français/norvégien sur diffé- rents sujets grammaticaux.2 Ceci est donc une approche qui lui est familière.
L’ouvrage de Helland pourrait, à certains égards, être considéré comme une continuation de Grammaire française en cinq volumes (1982-1985) du grand gram- mairien danois, d’envergure européenne, Knud Togeby, dont les analyses sont en partie comparatives français/langues scandinaves. Dans le texte Principes d’une grammaire française, publié en 1968 et repris dans Grammaire française tome V, il écrit : « Enfin, il sera naturel, dans une grammaire destinée avant tout aux étudiants des universités scandinaves, d’attirer de temps en temps, l’attention sur les différences entre les constructions du français et celles du scandinave » (1985 : 217). Le clivage essentiel passe, bien sûr, entre le français d’un côté et les langues scandinaves de l’autre. Je me permets, toutefois, d’ajouter que les cons- tructions « du scandinave », comme dit Togeby, ne sont pas toujours les mêmes.
Il existe, en effet, des différences grammaticales non négligeables, dans certains cas, entre le danois, le norvégien et le suédois respectivement, entre autres pour le passif (le norvégien et le danois utilisent grosso modo le passif flexionnel avec le suffixe –s à l’infinitif et au présent, alors que le suédois l’emploie dans le para- digme entier), les possessifs (le danois et le suédois possèdent uniquement le pos- sessif prénominal, alors qu’en norvégien on trouve en plus le possessif postno- minal), et dans bien d’autres cas. Nous pouvons donc conclure que Ny fransk grammatikk est la première grammaire scientifique du français destinée aux étu- diants norvégiens.
Le titre du livre montre que la morphologie, la syntaxe et la sémantique en sont les composantes de base, sans que la pragmatique soit exclue quand elle sert à éclairer le processus d’interprétation. Les analyses sémantiques surtout et en partie la syntaxe constituent un grand pas en avant par rapport à d’autres gram- maires utilisées auparavant à l’université en Norvège. En ce qui concerne le cadre théorique du livre, il est d’inspiration chomskyenne (p. 26, p. 435), sans que la
[2] Par exemple : Hvidsten, Eirik & Hans Petter Helland. 2018. L'acquisition du pronom « en » en français langue étrangère. Synergies Pays Scandinaves. (13), 51-63 ; Fabricius-Hansen Cathrine, Hans Petter Helland
& Anneliese Pauline Pitz. 2017. An empirical L2 perspective on possessives: Contrasts and their possible consequences. Oslo Studies in Language (OSLa) , (9), 3-39 ; Helland, Hans Petter & Anneliese Pauline Pitz.
2014. Participles in contrast. Oslo Studies in Language, (6), 229-250.
présentation des différents sujets en soit très marquée. Comme l’écrit Helland :
« Il ne s’agit pas d’une introduction à une théorie linguistique spécifique » (p.
27).3 Il souligne qu’il a fallu être sélectif. Dans l’ensemble, il décrit le français standard écrit, tout en ajoutant parfois des phénomènes du français oral. De même, il aborde quelquefois des niveaux de langue plus informels, comme le français familier ou le français populaire.
Dans cet hommage à Hans Petter Helland, j’ai sélectionné deux sujets d’ordre verbal qui me semblent particulièrement intéressants d’un point de vue scienti- fique, contrastif ou pédagogique. Pour faire ressortir les analyses de Ny fransk grammatikk, celles-ci seront, dans une large mesure, comparées aux présenta- tions d’autres grammaires et grammairiens.
[2] le système verbal
Bien placé dans les chapitres 3 et 4, le système verbal (morphologie, temps et mode) précède les chapitres sur les noms, les déterminants et les pronoms.
Comme les adeptes de la grammaire valencielle, entre autres, je pense que c’est en grande partie le verbe qui détermine la structure de la phrase. Il semble donc normal que le verbe soit traité avant les autres classes de mots. Or, les auteurs (Riegel et al.) de l’excellent ouvrage Grammaire méthodique du français (1994/2009), par exemple, ont opté pour l’ordre inverse, en plaçant le chapitre sur le groupe nominal (déterminants, noms et pronoms) avant le groupe verbal sans expliquer pourquoi, ce qui est dommage. Helland, de son côté, effleure ce sujet (p. 58). Tou- tefois, il ne dit pas explicitement si c’est l’importance du verbe qui a déterminé l’ordre des chapitres de Ny fransk grammatikk.
La présentation et les analyses du verbe sont particulièrement intéres- santes, ce qui ne saurait étonner. Helland a, en effet, consacré sa thèse de docto- rat au verbe : Sémantique et pragmatique temporelles. Futur simple et futur périphras- tique (1994). En comparant Grammaire méthodique du français avec Ny fransk gram- matikk, on peut constater que les chapitres sur le verbe se valent, tout en étant très différents à plusieurs égards. Ny fransk grammatikk, ayant un cadre théorique certain, a une approche contrastive de même qu’un abord très pédagogique, ce qui fait qu’elle convient parfaitement aux étudiants norvégiens. Grammaire mé- thodique du français, de son côté, est destinée à un public international et s’adresse aussi bien à des étudiants qu’à des chercheurs.4 Regardons, de plus
[3] Les passages écrits en langues scandinaves ont été traduits en français par moi-même (MHH).
[4] Ajoutons que Grammaire méthodique du français (2009), ayant au total 1107 pages, est beaucoup plus volu- mineuse que Ny fransk grammatikk, qui n’en a que 489. Cette différence de taille explique que les auteurs de celle-là, puissent consacrer bien plus de place au verbe que celle-ci (204 pages vs. 79). Alors que Hel- land s’en tient plus ou moins à la théorie chomskyenne, Grammaire méthodique du français est ouverte à différentes théories, ce qui rend cette grammaire si intéressante. En ce qui concerne le verbe, par
près, deux sujets importants en matière verbale.
[2.1] Les deux temps du futur : le futur simple et le futur périphrastique
En comparant la description de ces deux formes telles qu’elles apparaissent dans Ny fransk grammatikk de 2006 avec les analyses de Helland des années 90 (sa thèse de 1994 et son article de 1995 Futur simple et futur périphrastique : du sens aux em- plois), on constate à quel point Helland est un bon pédagogue. En peu de place, il présente ce sujet difficile d’une manière intéressante de même que compréhen- sible pour les étudiants, en simplifiant le contenu des deux travaux très théo- riques mentionnés ci-dessus, sans trop simplifier, cependant. J’y reviendrai.
Commençons par les analyses du « jeune » Helland. Sa thèse de doctorat se divise en deux parties : la première étant la description sémantico-pragmatique du système temporel du français moderne, la deuxième partie traitant de l’op- position sémantique et pragmatique entre le futur simple et le futur périphras- tique, où les hypothèses de la première partie sont mises à l’épreuve dans la deu- xième. L’article de 1995 est, en quelque sorte, un abrégé de la deuxième partie de sa thèse. Helland se propose, entre autres, « de montrer pourquoi les deux temps du futur sont commutables dans certains contextes et non-commutables dans d’autres » (1995 : 26). Il visualise son analyse, par les deux configurations séman- tiques suivantes, entre lesquelles il y a une différence relative au « cheminement interprétatif » (1995 : 9-10).
(1) Ton père t’aidera.
P-E
Comme nous le voyons, Helland visualise la structure sémantique d’un temps morphosyntaxique simple, comme le futur simple, par la configuration entre deux paramètres initiaux qui signifient que le temps de l’événement (E) se situe après un premier paramètre temporel nommé point perspectif (P).
(2) Ton père va t’aider.
P1
ǀ P2 -E
Le futur périphrastique, qui est un temps sémantiquement et morphosyntaxi- quement complexe, à l’opposé du futur simple, demande une interprétation par deux étapes. Par l’introduction de l’auxiliaire aller, il y a un deuxième point pers- pectif (P2). Helland précise, cependant, que « malgré la différence sémantique
exemple, les auteurs recourent, entre autres, au guillaumisme (la théorie linguistique de Gustave Guil- laume).
initiale entre les deux temps du futur, il a fallu recourir à une explicitation prag- matique pour rendre compte des emplois effectifs des formes et en particulier des cas de commutabilité et non-commutabilité » (1994 : 286).
Les exemples dans (1) et (2) sont commutables, mais les spécifications prag- matiques diffèrent. Dans (2), il y a « un ensemble de circonstances préliminaires, d’où l’effet secondaire de proximité » (1995 : 18). On peut imaginer un contexte dans lequel le père a suggéré au locuteur : « Je vais bientôt aider mon fils ». C’est donc à partir du moment de l’énonciation, de ce qui s’est passé, que le locuteur raisonne. Dans (1), par contre, la configuration sémantique du futur simple fait que l’événement se situe à un moment indéterminé de l’avenir.
Suivent deux exemples où les temps du futur ne peuvent pas commu- ter (1995 : 16-17) :
(3) Tiens ! Il va pleuvoir.
(4) *Tiens ! Il pleuvra.
Le futur simple est pragmatiquement inapproprié dans le contexte de l’exemple (4). Par contre, le vocable tiens et par exemple le fait extra-linguistique d’un ciel couvert de nuages menaçants au moment de l’énonciation constituent des con- ditions idéales pour l’emploi du futur périphrastique. C’est que celui-ci exprime un fait futur déjà préparé au moment de l’énonciation.
Regardons, finalement, les exemples (5) et (6), où les deux formes du futur sont combinées avec des adverbes temporels de localisation :
(5) Je vais remonter à Paris après-demain.
P1
ǀ P2 -E ǀ
après-demain
(6) Je remonterai à Paris après-demain.
P-E ǀ
après-demain
Pour ce type d’exemples, la commutation est possible sans une grande différence de sens, qu’il s’agisse d’une détermination temporelle de proximité (tout à l’heure, bientôt, après-demain, etc.) ou d’une localisation dans un avenir lointain (l’année prochaine, dans dix ans, etc.). Cela ne peut pas surprendre. L’introduction d’un ad- verbe temporel de localisation fait que la différence de sens initial des deux
formes se « neutralise » d’un point de vue pragmatique, mais le cheminement interprétatif des deux temps du futur reste différent. Le futur périphrastique s’est donc introduit dans le pré carré du futur simple, instaurant par là une « con- currence » entre les deux temps du futur dans ce cas précis (Helland, 1995 : 19) :
(7) Il va prendre sa retraite dans dix ans.
(8) Il prendra sa retraite dans dix ans.
Quand le procès a une localisation spécifique, le futur périphrastique peut rem- placer le futur simple comme le passé composé peut se substituer au passé simple.
Il va de soi que cette description des deux temps du futur, même un peu sim- plifiée, serait beaucoup trop difficile pour des étudiants norvégiens en licence, ce que Helland a bien compris. Il a donc baissé le niveau théorique dans Ny fransk grammatikk tout en gardant les éléments essentiels. Une question importante est de savoir s’il faut attribuer au futur périphrastique un seul sens de base ou plu- sieurs. Helland semble avoir changé d’avis là-dessus. Dans les deux travaux des années 1990, il souligne son credo d’alors :
Nous partirons également du principe selon lequel le sens d’un temps verbal possède ‘un noyau dur’ qui servira à expliquer son em- ploi contextuel. Il s’ensuit que malgré la diversité des manifestations recensées, les différents emplois contextuels d’une forme donnée se- ront subsumés sous le même noyau selon la formule ‘une forme - un sens’.
(Helland 1994 : 8) Dans sa grammaire (2006 : 116), Helland écrit que le futur périphrastique a deux sens et domaines d’emploi clairement séparés, liés à la morphologie complexe de celui-ci. Il distingue donc le futur périphrastique 1, qui correspond aux exemples (2) et (3) et le futur périphrastique 2, correspondant à l’exemple (5). Je lui ai con- tacté à ce propos et il m’a répondu qu’il pensait maintenant que son credo des années 1990, une forme - un sens, était un peu programmatique et que la formule une forme - deux sens convenait mieux d’un point de vue pédagogique du moins.
Helland ajoute, cependant, ne pas avoir abandonné complètement l’analyse de sa thèse. Il sera intéressant d’assister à la solution finale de ce problème.
Helland a rendu sa présentation intéressante pour les étudiants en introdui- sant l’existence de deux parallèles dont les quatre formes sont enchevêtrées. Pre- mièrement entre le futur périphrastique et le futur simple, et deuxièmement entre le passé composé et le passé simple. À ma connaissance, il n’y a que deux autres grammaires à avoir présenté ces deux parallèles ensemble, rendant ainsi
une partie du système verbal plus claire, la première étant Grammaire française de Togeby. Je me permets d’en citer un passage assez long :
Le futur est vu sous l’aspect du présent, mais sans contact direct avec lui : Il mourra. La périphrase je vais + infinitif, du fait même qu’elle contient le présent du verbe aller, établit un contact entre le présent et le futur et désigne un futur préparé dans le présent : il va mourir.
Je vais + infinitif est ainsi un futur composé, qui s’oppose directement au passé composé, lequel indique un passé en contact avec le présent (§1047). De même que le passé composé a supplanté le passé simple dans la langue de la conversation, je vais + infinitif tend à s’y substi- tuer au futur simple, mais c’est un procès qui est loin d’être accompli (Bauche, Le langage populaire, 1928 : 107). Une statistique du français parlé a enregistré 1443 futurs et 795 je vais + infinitifs (Gougenheim et al., L’Élaboration du français élémentaire, 1956 : 206).
(Grammaire française, tome II, § 1027) Je dois ajouter que Togeby avait présente ces deux parallèles ensemble de la même manière, dans Fransk grammatik (1965 : §579), qui se compose d’un seul vo- lume écrit en danois, et qui est considérée par la suite comme une version pro- visoire.5
L’autre grammaire à présenter ces deux parallèles, c’est La grammaire d’au- jourd’hui. Guide alphabétique de linguistique française de Arrivé, M., F. Gadet & M.
Galmiche. 1986. « On remarquera que la relation entre il va arriver et il arrivera est comparable à celle qui s’observe entre il est arrivé et il arriva » (p. 90).
Il est nécessaire, à mon avis, d’aborder le terme même de ‘futur proche’ que Helland déconseille. Examinons la présentation de cette notion dans plusieurs grammaires de français moderne, y compris Ny fransk grammatikk, bien sûr. Il importe aussi d’étudier la question de savoir si la périphrase appartient au fran- çais standard ou non selon les grammairiens. Nous allons passer en revue quelques grammaires selon l’année de leur publication :
Mauger, G. 1968. Grammaire pratique du français d’aujourd’hui (p. 235) : Dans le F.P. (français parlé) d’aujourd’hui, la périphrase je vais + in- finitif remplace souvent le futur, même s’il ne s’agit pas d’un fait très
[5] Togeby est mort dans un accident de voiture en 1974. Dès qu’il avait terminé la version danoise de sa grammaire, qu’il tenait pour une publication provisoire, il a commencé l’élaboration de la version fran- çaise Grammaire française afin d’y introduire, dans une large mesure, des progrès réalisés par la linguis- tique entre-temps. Après sa mort subite, ce sont ses trois collèges qui se sont chargés de terminer le grand travail qu’il avait laissé incomplet, à savoir Magnus Berg, Ghani Merad et Ebbe Spang-Hanssen, devenus les éditeurs des cinq volumes.
proche : Elle va se marier dans trois ans. C’est que le Français, en par- lant, tend à actualiser les faits qu’il évoque. […]. Mais la distinction des deux formes est loin d’avoir totalement disparu, et il importe de la maintenir.
Ce qu’il faut retenir, c’est que Mauger limite l’emploi du futur périphrastique au français parlé, qu’il ne l’a pas nommé « futur proche », que cette forme sert à actualiser les faits évoqués et qu’il est important de garder la distinction entre celle-ci et le futur, selon lui.
Baylon, C. & P. Fabre. 1973. Grammaire systématique de la langue française. « Dans la langue familière, la périphrase aller + infinitif tend à prendre la place du futur I (simple). Les deux formes sont cependant distinctes, la première servant plus précisément à exprimer un futur proche » (p.126). Retenons que Baylon et Fabre cantonne la périphrase dans la langue familière, soutenant aussi qu’elle exprime un fait proche.
Togeby, K. 1982. Grammaire française, volume II, §1023 et §1024. Comme nous l’avons vu dans le long passage cité ci-dessus, le futur périphrastique se substi- tue, selon Togeby, au futur (simple) dans la langue de la conversation. Togeby a un emploi curieux du terme de futur proche, parce que celui-ci n’apparaît que dans le titre de plusieurs paragraphes, alors que dans le texte même il se sert de périphrase. Ensuite, il pourrait sembler contradictoire d’utiliser le terme de futur proche pour des faits assez lointains. Togeby s’explique, cependant : « La péri- phrase étant liée au présent, souvent elle s’en rapproche, en effet, plus que le futur, mais elle peut aussi indiquer des faits assez lointains, à condition qu’ils soient en contacts avec le présent, préparés dans l’actualité » (§ 1027). C’est donc la préparation du procès futur lointain au moment de l’énonciation qui fait que la périphrase peut s’employer dans ce cas.
Arrivé, M., F. Gadet & M. Galmiche. 1986. La grammaire d’aujourd’hui. Guide al- phabétique de linguistique française (p. 90) :
Certains linguistes ajoutent aller à la liste des auxiliaires. Aller sert en effet à construire une périphrase verbale (dès lors considérée comme forme compo- sée) marquant en principe le futur proche, mais très fréquemment utilisée dans l’usage quotidien comme pur et simple substitut du futur : il va arriver la semaine prochaine/ il arrivera la semaine prochaine.
Cette description n’est pas facile à comprendre. Selon les auteurs, l’emploi pre- mier de la périphrase est d’exprimer le futur proche, mais dans l’usage quotidien il se substitue souvent au futur simple. Cependant, quel est le niveau de langue quand la périphrase exprime le futur proche ? Il est intéressant de noter que les
deux exemples donnés comportent des adverbes temporels de localisation.
Comme Helland l’a montré, il s’agit aussi bien d’adverbes de proximité que d’ad- verbes exprimant un avenir lointain, par exemple tout à l’heure et dans dix ans.
Selon Helland, c’est, dans ce cas précis, que la périphrase s’est introduite dans le pré carré du futur simple. Une autre différence entre les deux présentations, c’est que Helland ne limite pas cet emploi à l’usage quotidien. La description de Helland me semble la plus claire.
Nølke, H. 1997. Fransk grammatik og sprogproduktion. Ce temps s’emploie pour marquer que quelque chose va arriver dans l’avenir tout en étant préparé au mo- ment de l’énonciation (§152b) (traduit en français par MHH) :
Cette forme verbale est souvent appelée « futur proche », ce qui est un terme à éviter, car ce qui est décisif pour le choix de celle-ci ou du futur, c’est la préparation ou non du procès futur au moment de l’énonciation. On dit par exemple Marie va se marier dans x ans quel que soit le nombre d’années en question, pourvu que ce fait futur soit préparé au moment présent d’une façon ou d’une autre.
Comme Helland, Nølke est donc d’avis qu’il faut éviter le terme de futur proche.
De même, il ne dit rien du niveau de langue de la périphrase.
Riegel, M., J.-C. Pellat & R. Rioul. 2009. Grammaire méthodique du français (p.
553) :
Aller au présent + infinitif marque ‘le futur proche’ ou l’imminence d’un procès. D’auxiliaire d’aspect, il devient un auxiliaire de temps, très fréquent à l’oral : Le train va partir. Ce « futur périphrastique » maintient plus nettement le lien avec le présent de l’énonciation, et il présente la réalisation du procès comme plus assurée et plus proche que le futur, qui laisse substituer un doute.
Nous remarquons les termes « futur proche » et « très fréquent à l’oral ».
Helland, H.P. 2006. Ny fransk grammatikk. Helland déconseille le concept de fu- tur proche, il dit même qu’il faut l’éviter. La raison principale en est que le futur périphrastique a élargi son domaine d’emploi par l’intrusion dans celui du futur simple. La forme périphrastique peut donc dénoter un avenir lointain aussi, comme je l’ai déjà mentionné.
Après ce petit survol de plusieurs grammaires selon lesquelles cette péri- phrase appartient plus ou moins au français parlé/familier/quotidien, on peut se demander s’il existe des résultats chiffrés récents en ce qui concerne le niveau de langue ou son appartenance au français parlé et/ou français écrit. Helland (2006) n’aborde pas ce problème, ce qui est dommage.
Helland travaille depuis quelque temps sur une refonte de sa grammaire, qui va sortir en version française. Voilà pourquoi je me permets de lui donner un petit conseil amical. Il faudrait, à mon avis, ajouter, dans le même paragraphe, un passage sur une question importante pour les étudiants : aller verbe auxiliaire ou verbe de mouvement ? Les exemples suivants, par exemple, sont ambigus : Je vais le voir ou Elle va travailler. Togeby, qui a étudié cette question en détail au § 1024, renvoie à Leiv Flydal (1943), linguiste norvégien d’envergure européenne.
[2.2] Le futur et le conditionnel : les constructions hypothétiques
Helland examine ce sujet passionnant dans les paragraphes consacrés au futur, au conditionnel présent et au conditionnel passé respectivement (p. 114, 121, 122-123), en présentant les trois schémas principaux que l’on trouve dans la plu- part des grammaires du français moderne :
(i) Si + le présent, le futur (le présent ou l’impératif) (ii) Si + l’imparfait, le conditionnel présent
(iii) Si + le plus-que-parfait, le conditionnel passé
Dans le processus d’interprétation de ces constructions, il faut tenir compte du temps verbal utilisé à la fois dans la subordonnée (la protase) et dans la princi- pale (l’apodose), du type de verbe (télique /atélique) dans la subordonnée et dans la principale. Il est également nécessaire de prendre en compte la présence éven- tuelle d’un adverbe temporel ainsi que le contexte linguistique et non-linguis- tique (cf. Hobæk Haff, M. 1990, 2013).
(i) Si + le présent, le futur simple (p. 114)
Selon Helland, il s’agit, dans cette construction, d’une hypothèse où la condition dans la subordonnée se rapporte au futur :
(9) Si je trouve quelque chose de beau, je ne vous le dirai pas. (Dutourd, Pluche ou l’amour de l’art, 1967 : 60)
Cependant, en regardant ses exemples, on se rend compte qu’ils ont tous un verbe télique dans la protase (mourir, trouver, s’en aller), ce qui a pour consé- quence que le procès au présent porte sur l’avenir. Si, par contre, le verbe est atélique, la subordonnée exprime une hypothèse qui se rapporte soit au présent, soit à l’avenir. Quoi qu’il en soit, la réalisation de cette hypothèse est considérée comme probable :
(10) Si tu as peur, on ira sans toi. (Chevallier, L’Envers de Clochemerle, 1966 : 279)
(11) Si vous êtes réellement malade, faites le bilan de ce que vous avez bu la veille et tirez-en les conclusions qui s’imposent. (Figaro litt. 15.07.1968) (12) Si vous avez besoin de ce livre, je vous le donnerai.
Dans les exemples (10) et (11), où le verbe de la protase est atélique, l’hypothèse porte sur le moment présent. Dans (12), par contre, le verbe avoir peut être in- terprété comme atélique ou télique, et l’hypothèse porte soit sur le moment pré- sent soit sur l’avenir. J’ajoute que Helland n’est pas seul à dire que la protase de ce schéma concerne l’avenir, les auteurs de Fransk grammatik og sprogproduktion et de Fransk grammatik de Pedersen, J. & E. Spang-Hanssen, C. Vikner (1980) en font de même.
(ii) Si + l’imparfait, le conditionnel présent
Selon la plupart des grammaires, dont Ny fransk grammatikk, ce schéma permet deux interprétations différentes, soit l’irréel du présent, soit le potentiel. Dans les exemples (13) et (14), il s’agit de l’irréalité liée au présent. Cette hypothèse est donc complétement irréalisable.
(13) Si j’étais plus jeune, je vous accompagnerais.
(14) Si vos parents vivaient encore, ils seraient très déçus.
Ce système marque, en deuxième lieu, une hypothèse qui porte sur l’avenir. Si la réalisation de celle-ci est considérée comme possible, elle n’est pas donnée comme probable. C’est ce qui est appelé le potentiel :
(15) Si, demain, je recevais sa réponse, je vous la transmettrais.
Comparons (15) et (16) :
(16) Si, demain, je reçois sa réponse, je vous la transmettrai.
Dans les deux cas, il s’agit d’une hypothèse sur l’avenir, le verbe de la protase étant télique. Ces exemples se distinguent, cependant, par le degré de probabilité de l’hypothèse, la probabilité étant forte dans (16), où nous avons affaire au schéma si + le présent, le futur, et faible dans (15), où il s’agit du schéma si + l’impar- fait, le conditionnel présent.
Si + l’imparfait, le conditionnel présent peut donner lieu à une troisième interpré- tation, à savoir la possibilité (par défaut d’information) d’un procès en cours.
C’est Robert Martin (1971 : 131) qui présente cette analyse intéressante que je
n’ai vue nulle part ailleurs. Il donne comme exemple :
(17) S’il était là – je ne sais pas s’il est là ou non – nous serions sauvés.
Pour formuler une hypothèse réalisable qui porte sur le présent, on a donc, semble-t-il, le choix entre deux constructions, qui ne se distinguent que par le degré de probabilité, comme le montrent les exemples (18) et (19) :
(18) S’il est là, nous serons sauvés.
(19) S’il était là, nous serions sauvés.
Le rapport entre (18) et (19) nous rappelle celui qui existe entre (15) et (16). Dans les deux cas, la construction si + le présent, le futur simple traduit une probabilité forte, et le schéma si + l’imparfait, le conditionnel présent une probabilité faible. Si, dans cet ordre d’idées, le verbe de la protase est atélique, l’hypothèse porte sur le présent. Si, par contre, ce verbe est télique, l’hypothèse porte sur l’avenir. C’est grâce à Martin que j’ai découvert ce parallèle intéressant. La présentation de cette troisième interprétation du deuxième schéma serait sans doute trop diffi- cile pour les étudiants en licence, ce dont Helland est certainement d’accord, mais pour le niveau de maîtrise, elle pourrait peut-être convenir.
Comme le remarque l’auteur de Ny fransk grammatikk, beaucoup des exemples du schéma si + l’imparfait, le conditionnel présent sont ambigus : s’agit-il du poten- tiel ou de l’irréel du présent ? Ce qui me frappe en regardant les exemples de Helland, c’est qu’ils ont presque tous un verbe atélique dans la protase. Dans plu- sieurs cas, ce sont des adverbes temporels qui lèvent l’ambiguïté. Soit les exemples (20), (21) et (22) :
(20) Si, un jour, j’avais de l’argent, j’achèterais tous ces vieux trucs.
(21) Si, en ce moment, j’avais de l’argent, j’achèterais tous ces vieux trucs.
(22) Si j’avais de l’argent, j’achèterais tous ces vieux trucs.
Pour interpréter ces énoncés, il faut tenir compte à la fois du type de verbe (té- lique/atélique) et de la présence éventuelle d’un adverbe temporel. Si le verbe de la protase est atélique, il peut en principe s’agir de l’irréel du présent ou du potentiel. Dans (20) et (21), ce sont les adverbes un jour et en ce moment qui sont décisifs pour l’interprétation, l’exemple (20) en faveur du potentiel et l’exemple (21) en faveur de l’irréel du présent. L’exemple (22), de son côté, est ambigu. C’est qu’il n’y a pas d’adverbe temporel pour y lever l’ambiguïté. Si le verbe de la pro- tase est télique, l’hypothèse porte sur l’avenir :
(23) Si elle retournait, elle aurait une surprise.
(24) Si je recevais sa réponse, je vous la transmettrais.
(25) Si, demain, je recevais sa réponse, je vous la transmettrais.
Dans (25), non seulement le verbe de la conditionnelle est télique, mais l’adverbe demain fait aussi que l’hypothèse se rapporte à l’avenir. En mentionnant l’impor- tance que constitue ici la distinction télique/atélique, Helland rendrait l’inter- prétation plus facile pour les étudiants.
(iii) Si + le plus-que-parfait, le conditionnel passé
Ce système hypothétique exprime, selon la quasi-totalité des grammaires du français moderne que j’ai consultées, l’irréel du passé, c’est-à-dire une hypothèse sur le passé qui ne s’est pas réalisée et qui est donc irréalisable.
(26) Si j’avais eu le temps hier, je t’aurais aidé.
(27) Si Pierre était rentré, il nous aurait aidé.
Helland se prononce, cependant, d’une manière moins catégorique. Selon lui, ce schéma exprime l’irréel, le plus souvent l’irréel du passé.
À ma connaissance, il n’y a qu’une exception, à savoir La grammaire pratique du français de Mauger (1968). Il soutient que ce schéma peut aussi exprimer l’ir- réel du présent. Soit l’exemple (28) :
(28) Si j’avais eu vingt ans de moins, je vous aurais accompagné (maintenant et demain). Mauger, § 517
La possibilité d’avoir un ‘irréel de l’avenir’ est évoquée par Robert Martin (1971 : 131) : « Cette valeur d’irréalité obtenue au moyen du COND passé, peut, par transposition, se rapporter à l’avenir (s’il avait pu venir demain, nous serions sortis ensemble – mais je sais qu’il n’est pas libre de venir) … ». Le cadre de cet article ne me permet pas de continuer cette analyse ici.
Malgré quelques réticences de ma part, la présentation des constructions hy- pothétiques dans Ny fransk grammatikk est, dans l’ensemble, très bonne d’un point de vue pédagogique.
[3] conclusion
Pour honorer un de mes meilleurs collègues, j’ai choisi d’aborder sa grammaire excellente, qui, sans aucun doute, est le texte le plus consulté parmi ses travaux.
Personnellement, je ne l’ai pas seulement consulté, je l’ai lu d’un bout à l’autre, et ce avec enthousiasme. Hans Petter dit, dans le premier chapitre, que c’est une grammaire scientifique et pédagogique à la fois. Et il tient parole. Le niveau théo- rique est élevé, sans être trop élevé, et il est hors de doute que cette grammaire
est écrite par un pédagogue. L’auteur explique bien, écrit bien et compare, dans une large mesure, le français et le norvégien. Cette approche contrastive facilite l’apprentissage de la langue étrangère et rend l’enseignement plus intéressant.
J’ai étudié deux sujets du système verbal. Premièrement, il s’agit d’une com- paraison entre le futur simple et le futur périphrastique, sujet de sa thèse de doc- torat (1994), donc une de ses spécialités. J’ai découvert que Helland a changé son credo de 1994 en ce qui concerne le sens du futur périphrastique. À l’époque il défendait la formule ‘une forme - un sens’, autrement dit, une forme verbale n’a qu’un sens de base, un noyau dur, à partir duquel on peut expliquer son sens contextuel. Dans sa grammaire (2006), par contre, il soutient que le futur péri- phrastique a deux sens et domaines d’emploi séparés, ce qui, selon lui, convient mieux d’un point de vue pédagogique. Deuxièmement j’ai examiné un sujet qui me passionne, à savoir les constructions hypothétiques, où il faut tenir compte de l’emploi des temps, du type de verbe utilisé surtout dans la protase, des ad- verbes temporels et du contexte linguistique et extra-linguistique pour interpré- ter un exemple.
Tout en ayant quelques réserves relatives à ses textes, que j’ai exprimées, j’ap- précie beaucoup l’homme érudit et le bon pédagogue qui est à l’origine de Ny fransk grammatikk.
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coordonnées Marianne Hobæk Haff Université d’Oslo