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3.2.1.1. Une approche psychosociale et développementale de l’identité

Contrairement aux théories psychanalytiques postulant que l’essentiel du développement se réalise au cours de l’enfance sans qu’aucune évolution majeure ne soit rencontrée à la suite de cette période, Erikson (1968) conçoit le développement comme une véritable quête d’identité (Bardou & Oubrayrie-Roussel, 2014). L’identité est ainsi étudiée sous l’angle d’une approche psychosociale et développementale selon laquelle le développement est la résultante des interactions entre le Moi du sujet et les opportunités et attentes véhiculées par la société (Bariaud & Lehalle, 2011 ; Cohen-Scali & Guichard, 2008). Par-là même, Erikson (1968) met l’accent sur les aspects sociaux et, notamment, sur l’importance de considérer la place et le rôle occupés par les différents milieux de vie au sein desquels chacun se développe et évolue (Ford & Lerner, 1992). Selon cette acception, l’identité suppose ainsi de considérer des dimensions à la fois personnelle et sociale relatives à la construction de soi.

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Mettre l’accent sur le caractère relationnel du concept même d’identité permet aussi de ne pas la considérer seulement comme résultant d’un « ensemble fixe de caractéristiques, mais à des identificateurs dont la pertinence dépend des relations personne-contexte dans une situation spécifique » (Kunnen & Bosma, 2006, p. 185). En ce sens, l’identité s’entend comme une co- construction entre la personne et ses différents milieux de vie à partir des interactions qu’ils entretiennent et des influences mutuelles qui en découlent. Les transactions qui se jouent entre eux permettent aussi d’illustrer la nature relationnelle de l’identité (Kunnen & Bosma, 2006 ; Sameroff, 1982).

3.2.1.2. Identité : structure hiérarchique composée de trois entités en interaction Dans ce cadre, l’identité est également pensée comme une structure hiérarchique composée de trois entités qui interagissent à savoir, l’identité du Moi (ou Ego identity), l’identité sociale (ou identité de groupe) et l’identité personnelle.

D’un point de vue subjectif, l’identité du Moi est comprise comme « un processus de synthèse du Moi assurant un sentiment de continuité du caractère personnel » (Cohen-Scali & Guichard, 2008, p. 322). Suivant la théorie de l’identité sociale telle que développée par Tajfel et Turner (1979 ; 1986), l’identité sociale dans la théorie eriksonienne rend compte de l’intégration par l’individu des caractéristiques des groupes sociaux et culturels auxquels il appartient (Schwartz & Pantin, 2006). Enfin, l’identité personnelle, située au carrefour entre Soi et le contexte, correspond à l’ensemble des éléments permettant à chacun de se différencier des autres qui l’entourent notamment au travers de ses buts, de ses valeurs et de ses croyances (Cohen-Scali & Guichard, 2008).

Partant de là, Erikson (1968) décrit trois composantes essentielles de l’identité que sont l’intégrité, définie comme le fait de se sentir semblable au travers des diverses expériences vécues (sentiment d’unité intérieure), la continuité qui renvoie au fait de se sentir similaire à soi-même dans le temps (sentiment de continuité temporelle) et l’interactivité, décrite comme le sentiment de reconnaissance de soi relativement aux autres significatifs présents dans les milieux de vie (Coslin, 2002).

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3.2.1.3. Identité : dynamique dialectique

La définition de ces trois composantes permet alors de considérer le concept de sentiment d’identité comme sous-tendu par l’équilibre existant entre l’unité et le changement, ainsi qu’entre Soi et le contexte (Kunnen & Bosma, 2006). Cet équilibre impliqué dans la formation de l’identité renvoie dès lors à une certaine dynamique dialectique (Tap, 1988) s’illustrant sous forme de deux processus. Le premier, d’assimilation (adaptation aux autres) et le second, de différenciation (différenciation par rapport aux autres) (op. cit.). Une autre dialectique existe également entre identité objective et identité subjective par laquelle le sentiment d’identité peut devenir signifiant (Kunnen & Bosma, 2006 ; Van der Werff, 1985).

Le sentiment d’identité permet aussi d’appréhender le développement identitaire selon l’interaction entre deux dynamiques que sont la synthèse et la confusion identitaire. La synthèse identitaire correspond à « la reprise d’identifications passées et présentes dans un ensemble plus large d’idéaux relatifs à soi et déterminés par soi, elle correspond à une inscription de son présent dans un futur anticipé » (Cohen-Scali & Guichard, 2008, p. 321). La confusion identitaire renvoie à « l’incapacité à développer un tel ensemble cohérent d’idéaux sur lequel construire son identité adulte » (op. cit., p. 321). En d’autres termes, le sentiment d’identité du sujet rend compte du sentiment d’unité et de continuité ressentie entre ce qu’il a été, ce qu’il est et ce qu’il deviendra, en tenant compte de « ce qu’il pense être et ce qu’il sait que les autres perçoivent et attendent de lui » (Bardou & Oubrayrie-Roussel, 2014, p. 55).

3.2.1.4. Identité : processus développemental

Au cours de son développement, pensé par la théorie eriksonienne comme une longue quête d’identité (Erikson, 1968), toute personne se doit d’accomplir un certain nombre de tâches propres à chaque période développementale donnée. Chacune de ces tâches est posée comme un dilemme auquel la personne fait face et susceptible de provoquer une crise devant être surmontée afin que le développement puisse se poursuivre de façon optimale (Cannard, 2015). L’identité est donc considérée comme un véritable processus prenant sa source dans l’enfance et poursuivant son cours tout au long du développement de l’individu (Bardou & Oubrayrie-Roussel, 2014). Huit périodes développementales sont d’ailleurs distinguées, chacune caractérisée par une certaine crise psychosociale devant être dépassée (Erikson, 1978) :

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La période de l’enfance comprend quatre périodes qui renvoient aux quatre stades organisationnels de la libido tels que développés par Freud (1915, 1923) : le stade oral (formation d’un sentiment de confiance/méfiance), le stade anal (formation d’un sentiment d’autonomie), le stade phallique (formation des imaginaires de rôles) et le stade de latence (formation d’un sentiment de compétence/incompétence) (Erikson, 1980).

Les quatre autres périodes sont perçues comme fortement sociales (Cannard, 2015).

La période de l’adolescence renvoie à l’équilibre recherché entre identification et différenciation. Pour se développer, l’adolescent a nécessairement besoin de conserver son intégrité tout en s’accommodant aux attentes et exigences véhiculées par la société, par sa famille et même encore, par son groupe de pairs. L’adolescence est ainsi perçue comme une période de confusion entrainant des conflits, propices à l’expérimentation de rôles nouveaux. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est qualifiée de véritable moratoire psychosocial, permettant à l’adolescent de se tester et d’être testé afin de parvenir à un sentiment d’identité malgré la présence de sentiments de confusion identitaire. Ce phénomène est d’ailleurs autrement appelé crise d’identité de l’adolescence (Cannard, 2015).

La période du jeune âge adulte se définit par le conflit intimité-isolement, marqué par le développement des relations d’intimité et d’affiliation à l’autre, liées à la sexualité, que chacun construit (intimité) ou non (isolement). Cette période est également marquée par l’engagement et la concrétisation de véritables choix de vie dans différents domaines, notamment professionnel et social (op. cit.).

La période de l’âge adulte est une période au cours de laquelle le désir de transmission à l’autre domine ou, à l’inverse, est absent auquel cas, l’individu est sujet à une certaine stagnation (op. cit.).

La période de l’adulte âgé est relative au sens que chacun donne à sa vie vécue. Ce sens peut s’inscrire sur un versant positif, caractérisé par un sentiment d’intégrité, ou plus négatif, caractérisé par le désespoir inhérent au non-sens de sa propre existence (Cohen-Scali & Guichard, 2008).

La théorie eriksonnienne a finalement permis d’appréhender la formation de l’identité dans son aspect dynamique, s’inscrivant dans une perspective de développement tout au long de la vie et comme résultant des interactions entre Soi et le contexte. Les multiples crises psychosociales que chacun traverse, vise aussi l’établissement progressif de la confiance en soi, construite au gré des

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choix effectués et des actions réalisées au cours de sa vie, toujours en lien avec les relations de confiance établies avec les autres significatifs présents dans ses différents milieux de vie. Au regard de l’importance d’une telle théorie, une opérationnalisation de ses différents aspects est rapidement apparue nécessaire.